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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 09:26

 

                                                                                                

  

 

 

Hitchcock a traversé la galaxie cinéma en laissant derrière lui une œuvre considérable qui a profondément marqué le 7ème art. Tout au long de sa carrière, il n'a cessé d'innover, de prendre des risques, de faire preuve d'une ingéniosité sans limites qui lui a permis de relever les défis les plus difficiles. Il n'a pratiquement jamais renoncé à une idée pour cause de trop grande difficulté. Sa parfaite maîtrise de toutes les techniques liées à son art lui a toujours indiqué la voie à suivre.
Voici un inventaire non exhaustif de certaines de ses plus grandes inventions, trouvailles ou ingéniosités dont la plupart restent bien des années après totalement actuelles.

 

 

 

                    

 

                                                                                        

 

 

 

 

Meurtre et Mary : deux films pour un seul. 
 
Le cinéma parlant n'étant encore qu'à ses débuts au moment du tournage de Meurtre, la technique était rudimentaire. La post-synchronisation restait à inventer et de ce fait le doublage n'existait pas. Un film ne pouvait s'exporter dans un pays de langue différente, c'est donc ainsi que pour permettre à son film tourné en anglais de connaître une carrière en Allemagne qui était alors une place forte du cinéma, Hitchcock a mutualisé une bonne partie des plans et n'a tourné avec des acteurs de langue allemande que les scènes avec dialogues, utilisant les mêmes plans muets pour les deux versions. Meurtre est donc devenu un deuxième film, intitulé Mary et diffusé en langue allemande. Nora Baring a été remplacée par Olga
Tschechowa et Sir John Menier par Alfred Abel, le méchant n'étant plus joué par Esme Percy mais par Ekkehard Arendt.

 

                                        

 

 

 

 

L'Homme qui en savait trop : auto-remake. 
 
Bien que la première version de L'Homme qui en savait trop sortie en 1934 a été un succès dont Hitchcock a toujours parlé avec une certaine fierté, il a très vite après son arrivée à Hollywood, envisagé d'en tourner un remake. Il aimait l'intrigue et pensait pouvoir en tirer plus en étoffant l'histoire, fort des moyens supérieurs dont il disposait. Ce fut donc chose faite avec ce remake. C'est rarissime qu'un metteur en scène tourne une nouvelle version d'un film qu'il a déjà réalisé plusieurs années auparavant mais Hitchcock a prouvé à de nombreuses reprises qu'il n'était pas un cinéaste comme les autres…

 

                                                     

 

fleche (10) Pour en savoir plus : Les films qui ont fait sa légende (2)

 

 

 

Le Rideau déchiré : c'est très difficile de tuer un homme. 
 
Pour son cinquantième film, Hitchcock a encore réussi à faire preuve d'originalité. Il a voulu montrer combien il pouvait être long et difficile de tuer un homme lorsque les circonstances ne s'y prêtent pas et en ne pouvant utiliser que les seuls moyens disponibles. Lorsque le Professeur Armstrong se trouve chez le couple de fermiers complices de son organisation est démasqué par Gromek son "aimable guide", il n'a d'autre solution que de s'en débarrasser de manière radicale. Le seul problème est la façon d'y parvenir. Alors que Gromek est sur le point de téléphoner pour dénoncer Armstrong, la femme lance dans sa direction une casserole pleine mais rate sa cible, le mettant en fureur. Un de ses acolytes se trouve dehors, ce qui rend impossible l'utilisation de son revolver récupéré par la fermière. Armstrong tente alors de l'étrangler puis la femme lui plante un couteau à la base du cou mais celui-ci se casse (on notera au passage le clin d'œil malicieux d'Hitchcock à la camelote supposée être produite dans les pays de l'Est). Bien que blessé, Gromek super entraîné résiste et finit par prendre le dessus sur Armstrong. Pour tenter d'inverser la tendance, la femme lui donne de grands coups de pelle dans les jambes ce qui le fait tomber mais malgré tout il ne lâche pas et Armstrong suffoque sous l'emprise de son adversaire. En désespoir de cause, la fermière parvient à grand-peine à tirer Gromek sur le sol pour lui mettre la tête dans le four afin de l'asphyxier avec le gaz. Ce n'est qu'après tous ces efforts qu'ils parviendront à se débarrasser de cet adversaire plutôt coriace.

 

     

 

 

 

 

Les apparitions : où se cache Hitchcock ?

Parmi toutes les particularités qui émaillent la carrière d'Hitchcock, la plus célèbre d'entre toutes est le petit jeu qui consistait à le repérer dans ses films. Ces apparitions sont encore aujourd'hui un centre d'intérêt majeur pour bien des cinéphiles. Tout d'abord dans un but économique au début de sa carrière, il faisait alors office de figurant, cette pratique est peu à peu devenue un attrait pour le public mais aussi une contrainte pour le cinéaste. A chaque nouveau film, les spectateurs cherchaient avec attention où ils pouvaient repérer la silhouette si particulière d'Hitchcock. S'il s'est prêté avec plaisir à ce petit jeu qu'il avait lui-même instauré, le réalisateur y a progressivement vu une contrainte qui pouvait également devenir un casse-tête. Il l'a maintenue malgré tout jusqu'à son dernier film car les spectateurs n'auraient pas compris qu'il ne maintienne pas cette tradition. Il est le seul cinéaste à avoir ainsi participé de façon systématique à ses films, son apparence reconnaissable entre toutes et son goût prononcé pour les blagues y sont sans doute pour beaucoup.

 

                    

 

 

fleche (10) Voir toutes ses apparitions détaillées : Les apparitions en images

 

 

 

 

Les séries TV : le succès du grand au petit écran.
 
Alors qu'il surfait sur une série de succès sur grand écran, Hitchcock s'est laissé convaincre par son ami et producteur Lew Wasserman que ce succès était facilement transposable à la télévision compte tenu de la notoriété sans cesse grandissante du metteur en scène. C'est ainsi que naquit la série "Alfred Hitchcock présente" dont le 1er épisode a été diffusé le 2 octobre 1955. Une des trouvailles a été de faire présenter par Hitch lui-même la totalité des épisodes grâce à des petits sketches drôles et bien écrits, même s'il n'a réalisé personnellement que 17 de ces 270 téléfilms. Cette série a très vite reçu l'adhésion du public et son succès ne s'est jamais démenti, à tel point qu'après 7 années de diffusion, le format passa d'une demi-heure à une heure sous le titre de "The Alfred Hitchcock hour". En plus de ses propres séries télévisées, Hitchcock a également fait 2 "piges" pour d'autres séries : Pris au piège pour la série "Suspision" (Soupçon) ainsi que Incident au carrefour pour le compte de "Ford Startime". Aucun metteur en scène n’osait à cette époque  se risquer à brouiller son image en "s'abaissant" à tourner pour la télévision. Hitchcock a été un précurseur car la frontière entre cinéma et télévision était souvent infranchissable. Il a été suivi par la suite par de prestigieux homologues, citons entre autres : Lars Von Trier (The Kingdom), Michael Mann (Deux flics à Miami) ou encore David Lynch (Twin Peaks)… Une fois encore, Hitchcock n’a pas hésité à prendre des risques, somme toute limités dans ce cas, mais il y a largement trouvé son compte puisque ce succès sur petit écran a profondément contribué à sa célébrité et à sa fortune…

 

                                  

 

fleche (10) Voir tous ses téléfilms détaillés : Hitchcock à la télévision

 

 

 

 

 

                                                                                  

 

 

 

Les Cheveux d'or : le son par l'image.
 

Aux débuts de la carrière d'Hitchcock et pour ce qui est son premier film vraiment personnel, le cinéma n'était pas encore parlant aussi, afin de simuler le bruit des pas effectués par le mystérieux locataire, le metteur en scène eut l'idée de faire construire un plafond en verre sur lequel Ivor Novello faisait les 100 pas, accentuant son côté obscur. De cette manière, le spectateur comprenait tout de suite les raisons du regard inquiet des propriétaires.
Il faut bien se remettre dans le contexte de l'époque pour juger de la performance. Le cinéma n'avait que quelques années d'existence et les effets spéciaux n'en étaient encore qu'à leurs balbutiements.

 

                             

 

 

 

 

Jeune et innocent, Les Enchaînés, Frenzy : des travellings vertigineux.
 

Jeune et innocent tourné en 1937 et Les Enchaînés, neuf ans plus tard, comportent un plan pratiquement similaire, du moins dans la technique. Il s'agit d'un travelling impressionnant qui dans chacun des cas survole toute l'assemblée pour se focaliser sur un détail déterminant pour l'intrigue. Le mouvement de caméra est limpide et sans la moindre coupure, une véritable prouesse compte tenu de la distance.
Dans Jeune et innocent, la caméra part de la table où se trouvent Erica et le vieux Will, passe au dessus de tous les clients de la salle de bal puis s'approche progressivement du batteur de l'orchestre, grimé en Noir comme tous ses collègues. La mise au point s'effectue sur les yeux du musicien qui se mettent soudain à être pris de clignements qui le trahissent.
Dans Les Enchaînés, la mécanique est la même, partant de l'escalier de la maison, la caméra survole le hall fourmillant d'invités pour aller se focaliser sur la paume de la main d'Alicia qui renferme la clé permettant d'accéder à la cave maintenue jalousement fermée par Sebastian.

Pour Frenzy, son avant-dernier film, Hitchcock a cette fois effectué la démarche inverse avec un travelling arrière. La caméra part du corps de la femme étranglée pour descendre les escaliers et se retrouver dans la rue. Là encore, aucune coupure, les murs et la portes s'étant dérobés comme par magie.

 

fleche (10) Pour en savoir plus : Les films qui ont fait sa légende (1)

 

fleche (10) Pour en savoir plus : Les films qui ont fait sa légende (2)

 

 

 

 

Correspondant 17 : un crash spectaculaire.
 

Hitchcock a toujours aimé être un précurseur en matière d'effets spéciaux. Dans Correspondant 17 tourné en 1940 (il est important là encore de se placer dans le contexte), la scène du crash de l'avion à la fin du film a demandé pas mal d'ingéniosité. L'action était filmée depuis l'intérieur du cockpit, ce qui a augmenté la difficulté. Lorsque l'avion est censé plonger dans la mer, un immense film en plastique transparent est déchiré par les machinistes, libérant par la même occasion la grande quantité d'eau retenue derrière. De ce fait, l'illusion de l'envahissement par l'eau est parfaitement rendue, comme si l'avion avait véritablement sombré et était submergé.

 

                         

 

 

 

 

Lifeboat : caméra embarquée.
 

Lifeboat a été un défi majeur dans l'œuvre d'Hitchcock. Même si le film n'a pas eu le succès espéré et est aujourd'hui tombé dans l'oubli, il n'en demeure pas moins une formidable réalisation qui a engendré des conditions de tournage dantesques.
Le parti pris était en effet de situer tout le film à bord d'un simple canot de sauvetage rempli de 8 passagers et sans que jamais la caméra n'en sorte.
On imagine aisément les contraintes liées à cet espace restreint, le tournage s'étant déroulé dans un grand bassin avec les images du décor projetées en arrière plan.
Bien que le film soit surtout axé sur les relations entre les différents personnages, on ne peut rester insensible aux prouesses déployées pour retranscrire ce lieu unique à l'écran. Le résultat est tout à fait convainquant mais les critiques de l'époque ont totalement occulté cet aspect technique pour ne retenir que le caractère supposé polémique du sujet. La méconnaissance du public pour ce film amplifiée par le mépris des télévisions pour le faire découvrir y trouve une partie de son origine.

 

                                

 

 

 

 

Le Faux coupable : vrai et faux réunis.
 

Ce plan qui permet de révéler la vraie identité du coupable des vols au sujet desquels Manny Ballestrero est injustement accusé, est une formidable trouvaille qui nous permet de comprendre en quelques secondes les raisons ayant conduit à la confusion. La ressemblance est en effet saisissante entre les 2 hommes dont les visages présentent les mêmes caractéristiques. La superposition progressive du visage de Daniell le vrai coupable qui vient se caler sur celui de Manny Ballestrero est une parfaite réussite.

 

fleche (10) Pour en savoir plus : Les films qui ont fait sa légende (2)

 

 

 

 

 

                                                                                

 

 

 

Chantage : le cinéma qui parle.
 

Sorti tout d'abord en version muette, Chantage est peu après devenu le 1er film parlant anglais. Une bonne partie des scènes, bien que filmées à l'origine entièrement sous forme muette ont été retournées en y incluant le son qui venait de faire son apparition dans le cinéma. Hitchcock avait anticipé cette arrivée qui était imminente et de nombreux plans ont de ce fait pu être conservés. Malgré quelques soucis liés à l'accent autrichien très prononcé de l'actrice vedette Anny Ondra, qui a nécessité son doublage en direct (par Joan Barry qui interprétera plus tard le rôle féminin dans Jeune et innocent) pendant qu'elle mimait les dialogues en play-back, le résultat est convainquant.

 

                                                         

 

 

 

 

La Maison du Dr Edwardes : le 1er film psy.
 

Alors sous contrat avec David Selznick, Hitchcock a été fortement incité par ce dernier à réaliser un film ayant un lien avec la psychanalyse. Selznick suivait une psychothérapie depuis plusieurs mois et était passionné par le sujet, il réussit donc à persuader Hitchcock. Le résultat n'est pas totalement convainquant mais La Maison du Dr Edwardes restera malgré tout comme le 1er film ayant pour sujet le milieu de la psychanalyse. On y voit un médecin psychiatre interprété par Ingrid Bergman tomber amoureuse et percer le secret des névroses dont souffre un homme (Gregory Peck) se faisant passer lui-même pour un médecin.

 

 

                                          

 

 

 

 

 

Le Crime était presque parfait : la 3D naissante.
 

Au début des années cinquante, le cinéma a commencé à souffrir de la concurrence de la télévision qui entrait dans un nombre de foyers toujours plus important. L'industrie cinématographique a donc essayé de réagir en proposant du neuf, susceptible de faire revenir les spectateurs dans les salles. C'est ainsi qu'un nouveau procédé a été mis au point de façon à diffuser une image en 3D qui permettait de restituer le relief sur l'écran. Pour ce faire, deux images étaient projetées simultanément, ce qui nécessitait donc l'utilisation d'une caméra spéciale pour le tournage. Par ailleurs pour la diffusion, les deux projecteurs étaient mobilisés en même temps, ce qui rendait indispensable un entracte au milieu du film pour permettre de changer les bobines. Le problème majeur de cette technique était qu'elle rendait indispensable au spectateur l'utilisation de lunettes bicolores fournies avec l'achat du billet mais qui avaient l'immense inconvénient de donner de violentes migraines. Au final, cette technique est très vite passée de mode et peu d'exploitants ont pris la peine de proposer la diffusion du film en 3D. Le tournage laissa un très mauvais souvenir à Hitchcock en raison notamment des difficultés liées aux contraintes de déplacement de l'énorme caméra qui, de plus, nécessitait des scènes statiques avec une action limitée.

 

                                                                            

 

fleche (10) Pour en savoir plus : Les films qui ont fait sa légende (1)

 

 

 

 

Psychose : un triomphe low cost.
 

Hitchcock tenait absolument à réaliser ce film malgré le refus des producteurs de le financer. Passant outre cette défection, le réalisateur a décidé de monter seul le projet en assumant tous les risques d'un éventuel échec. Sa fortune personnelle était conséquente après plusieurs succès très lucratifs mais malgré tout il n'avait bien entendu pas les moyens d'une "major" et a donc trouvé un accord avec Paramount qui distribuerait le film. Ce dernier a dû se faire avec un budget réduit fixé à 800 000 $, bien loin des 4,2 millions qu'a couté La Mort aux trousses son film précédent. De ce fait, le tournage s'est effectué avec la technique et les moyens des téléfilms de la série "Alfred Hitchcock présente" qui remportait un gros succès sur le petit écran. Vera Miles sous contrat mais sous employée en raison de la rancœur cultivée par Hitchcock suite aux déboires liés à Sueurs froides a été enrôlée, autant qu'elle travaille en compensation du salaire qui de toute façon lui était versé. Le challenge d'Hitchcock était de faire mieux que les nombreux films de série B qui florissaient à l'époque, des nanars à moindre coût mais qui rapportaient de substantiels bénéfices. Le résultat a été obtenu plus qu'espéré, Hitchcock a décroché le jackpot car Psychose a été un triomphe mondial qui a multiplié la mise initiale plus qu'on ne peut l'imaginer. Il est peut-être le film le plus rentable de toute l'histoire cinématographique.

 

 

                                                                                                                    

                                                             

 

fleche (10) Pour en savoir plus : Les films qui ont fait sa légende (2)

 

 

 

 

Hitchcock : plus qu'un nom, une marque !
 

Hitchcock a toujours eu un sens très affûté de la publicité. Il n'hésitait jamais à user de tous les moyens pour promouvoir ses films ou entretenir son image auprès du public. Il a été, et de loin, le réalisateur le plus célèbre et reconnu de sa génération. Il est donc logique, bien qu'exceptionnel, que cette image si familière soit déclinée en ce qui ne s'appelait pas encore des "produits dérivés" mais qui y ressemblait trait pour trait. Conscient que son nom était synonyme de suspense et d'angoisse, Hitchcock a tout naturellement cédé aux sirènes du marketing et a donc "loué" son nom afin qu'il serve de tremplin à des revues, des recueils de nouvelles plus ou moins macabres, des livres pour adolescents, des disques d’histoires de fantôme et même des jeux de société ! Plus de 20 ans après sa mort, un jeu vidéo a même été édité et a connu un grand succès ! Le point commun de tous ces articles était leur rapport avec le suspense, le mystère ou l'angoisse. Bien entendu, le nom d'Hitchcock était toujours mis en avant et bien visible, souvent accompagné de son profil si reconnaissable. Le succès ne s'est pas démenti durant de très longues années et certains livres sont toujours disponibles. Ne nous y trompons pas, Hitchcock n'a jamais écrit la moindre ligne de toutes les histoires parues, tout au plus avait-il un droit de regard sur la publication et sur le choix de ce qu'il voulait voir associé à son nom. C'était une fois encore une manière de profiter de sa notoriété pour faire gonfler son compte en banque avec des royalties loin d'être négligeables. Cette célébrité sans égale pour un réalisateur de films, surtout à cette époque où la médiatisation n'avait rien à voir avec ce qu'elle est aujourd'hui, fait elle aussi d'Hitchcock un cas à part.

 

 

                                                     

 

 

 

 

 

 

                                                                                          

 

 

 

 

Soupçons : une idée lumineuse.
 

Lorsque Johnny Aysgath monte un verre de lait à son épouse alitée, Hitchcock tenait absolument à ce que l'attention du spectateur soit focalisée sur ce fameux verre. Il était susceptible d'être empoisonné et devait donc paraître très inquiétant. Le cinéaste eut donc l'idée lumineuse, c'est le cas de le dire, de placer directement à l'intérieur du verre une petite lampe qui le rendait d'une blancheur éclatante. Le contraste avec la pénombre régnant dans les escaliers qui mènent à la chambre à coucher ne peut qu'attirer l'œil et renforcer l'attrait du spectateur.

 

 

                                                                                           

 

fleche (10) Pour en savoir plus : Les films qui ont fait sa légende (1)

 

 

 

 

Les Enchaînés : un baiser en pointillés.
 

Lors du tournage des Enchaînés en 1945, la censure américaine est intraitable sur tout ce qui peut porter atteinte aux bonnes mœurs de l'époque. Il n'était pas concevable de voir un couple s'embrasser à l'écran durant une longue période. La limite tolérée par le très puritain code Hayes est de ne pas montrer de baisers excessifs ou lascifs.
Pourtant si l'on regarde la scène durant laquelle Cary Grant et Ingrid Bergman s'enlacent et s'embrassent sur le balcon de l'appartement, on peut remarquer qu’elle dure 2 minutes 30. Ce vieux renard d'Hitchcock, rompu aux joutes avec les censeurs inflexibles, a malicieusement déjoué le piège en filmant une multitude de baisers et d’enlacements ne durant que quelques secondes mais qui, cumulés les uns aux autres donnent l'illusion d'un baiser ininterrompu et très sensuel.

 

 

                                                 

 

fleche (10) Pour en savoir plus : Les films qui ont fait sa légende (1)

 

 

 

 

La Corde : une scène ininterrompue.
 

De tous les défis techniques relevés par Hitchcock au cours de sa carrière, La Corde est sans doute le plus insensé. Vouloir tourner un film dans la continuité, sans interruption dans l'action relevait de la gageure. Comme il était prévisible, les difficultés ont été immenses car chaque plan durait le temps d'une bobine de film soit dix minutes, filmées sans aucun raccord. Au total huit plans raccordés de façon invisible en utilisant un élément statique pour la transition entre eux ont été montés.
Les impératifs pour que tout soit crédible étaient innombrables.
Le tournage nécessita un décor spécial dont tous les éléments, murs compris, étaient escamotables dans le plus grand silence. Une ville était entièrement reconstituée en arrière plan ainsi que tous les éclairages et les mouvements des nuages qui évoluaient suivant le changement de la luminosité.
Tous ces impératifs techniques compliquèrent singulièrement les mouvements de caméra et surtout le jeu des acteurs et leurs déplacements. Tout était préparé dans les moindres détails et longuement répété mais il suffisait d'une petite erreur de texte, d'un bruit inattendu ou d'un accessoire non remis à sa place pour que toute la scène soit inutilisable et bonne à retourner… Les nerfs des acteurs ont donc été mis à rude épreuve, seul Hitchcock en bon Britannique conservait son flegme habituel.
Le résultat a été techniquement une parfaite réussite dont on ne mesure pas vraiment la difficulté en voyant le film. Hélas, le succès très mitigé n'a pas récompensé l'immense talent d'Hitchcock qui avait su comme toujours, planifier et surmonter les pires écueils.

 

 

                       

 

 

 

 

La Mort aux trousses : la naissance du film d'action.
 

Ce film est l'aboutissement de ce qu'Hitchcock avait déjà réalisé avec Les 39 marches en 1935 puis Cinquième colonne en 1942. Un concentré d'actions qui s'enchaînent à un rythme soutenu sans que l'attention du spectateur ne se relâche. Rien d'autre que le film d'action dans toute sa substance. La Mort aux trousses n'est bien entendu pas le premier film à inclure de l'action dans son intrigue mais il est le premier à orchestrer toute l'histoire autour des péripéties du héros. Il a ouvert la voie à tous les blockbusters qui aujourd'hui encore remplissent les salles obscures, à commencer par le plus célèbre de tous : la série des "James Bond".

 

                                     

 

fleche (10) Pour en savoir plus : Les films qui ont fait sa légende (2)

 

                                                                                                                

 

 

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18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 11:21

 

        

                                                                                                                          


Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'acteur le plus souvent employé par Alfred Hitchcock au long de ses 53 films est… Alfred Hitchcock lui-même !
On le retrouve en effet dans bon nombre de ses longs métrages et dans un téléfilm sous différentes formes.
Il ne s'agit bien entendu pas de rôles au sens strict du terme, mais d'apparitions muettes (cameos en anglais) très fugaces, tout d'abord destinées à "meubler l'écran" en prenant la place d'un figurant, pour petit à petit devenir un jeu que les spectateurs attendaient avec impatience, pour finir par devenir une contrainte pour le metteur en scène à la fin de sa carrière.

Cette particularité toute personnelle a pourtant largement contribué à son succès puis à sa légende (voir Hitchcock cet OVNI).
On dénombre selon les sources entre 42 et 45 apparitions, certaines n'étant pas confirmées (Numéro 17, L'Homme qui en savait trop (1934) et la seconde de La Mort aux trousses).
Sur les 23 films de la période anglaise (de 1926 à 1939), on en répertorie 10 certaines et 2 sujettes à caution, en revanche tous les films de la période américaine (de 1940 à 1976) comportent au moins une silhouette du Maître.
Il est possible que certaines aient été tournées et non intégrées au montage ou que d'autres, trop lointaines ou perdues au milieu de la foule, passent inaperçues malgré toute l'attention portée par certains cinéphiles à la recherche de nouvelles découvertes...
Vous trouverez également quelques supputations sur d'autres apparitions plus ou moins probables mais non confirmées.
 
Voici en photos un tour d'horizon aussi complet que possible :

 
 
LES APPARITIONS CONNUES :
 
 
 
 
            1926-apparition-Hitchcock_The-Lodger-copie-1.jpg    1929-apparition Hitchcock Chantage    1927-apparition Hitchcock The Ring

 
        1929-apparition Hitchcock Chantage   1930-apparition Hitchcock Meurtre   1932-apparition Hitchcock-Numero 17  


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Numéro 17 : non confirmée, mais il semble bien que le passager d'abord visible de dos, un chapeau melon sur la tête et qui se retourne vers la caméra, soit Hitchcock, si ce n'est pas le cas, la ressemblance est assez frappante.
Certaines sources signalent qu'il ferait partie de la foule regardant le naufrage, il n'est cependant pas possible de le reconnaître formellement.

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L'Homme qui en savait trop : non confirmée, il est possible que cette silhouette si caractéristique soit celle du Maître, sans certitude toutefois.


  1935-apparition Hitchcock Les 39 marches    1936-apparition Hitchcock Agent secret   
    1938-apparition Hitchcock Une femme disparait

 
    1940-apparition Hitchcock Rebecca     1940-apparition Hitchcock Correspondant 17     1941-apparition Hitchcock Joies matrimoniales     1941-apparition Hitchcock Soupçons



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Joies matrimoniales : la petite histoire retiendra que c'est Carole Lombard elle-même, héroïne du film et amie proche d'Hitchcock qui a tourné cette apparition.



   1942-apparition Hitchcock 5e colonne     1943-apparition Hitchcock L'ombre d'un doute     1944-apparition Hitchcock Lifeboat     1945-apparition Hitchcock La maison du Dr Edwardes


   
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Lifeboat : l'apparition ayant demandé le plus de réflexion à Hitchcock mais c'est aussi la plus originale de toutes.
Ne pouvant pas apparaître physiquement dans ce huis clos pour des raisons de vraisemblance, il avait dans un premier temps envisagé de se mettre en scène sous la forme d'un cadavre flottant à la surface de l'eau, mais y a renoncé devant la peur de se noyer.
C'est alors qu'il a eu l'idée géniale de se représenter dans une publicité pour un produit de régime "avant-après", sur un journal trouvé par un passager au fond du canot de sauvetage.
Les studios ont précisé avoir reçu de nombreuses demandes de renseignements sur ce miraculeux produit de régime "Reduco" émanant de personnes ignorant qu'il ne s'agissait que d'une invention du Maître.


     1946-apparition Hitchcock Enchaines      1947-apparition Hitchcock Le Proces Paradine s      1948-apparition Hitchcock Corde

                                 
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La Corde : dans un premier temps, seule l'enseigne lumineuse que l'on peut apercevoir au travers des baies vitrées et représentant le fameux profil reconnaissable entre tous, devait tenir lieu de traditionnelle apparition. Il s'est avéré que celle-ci était à peine visible et difficilement repérable, il a donc été finalement décidé de tourner une nouvelle scène se situant tout au début du film et représentant Hitchcock marchant sur le trottoir en compagnie d'une femme.

   1949-apparition Hitchcock Les amants Capricorne      1950-apparition Hitchcock Le Grand alibi     



   1953-apparition Hitchcock La loi du silence     1954-apparition Hitchcock Le crime était presque parfait     1954-apparition Hitchcock Fenetre sur cour     1955-apparition Hitchcock La main au collet



   1955-apparition Hitchcock Mais qui a tué Harry     1956-apparition Hitchcock L'homme qui en savait trop 2     1957-apparition Hitchcock Le faux coupable     1958-apparition Hitchcock Sueurs froides



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Le Faux coupable : Hitchcock avait tout d'abord tourné sa traditionnelle apparition dans le café où Henry fonda prend son petit déjeuner (voir la photo ci-après). Il est revenu sur sa décision car l'histoire s'inspirant de personnages et de faits ayant réellement existés, il ne voulait pas déformer la vérité en apparaissant alors qu'il ne faisait pas partie de l'intrigue.
Il s'est alors mis en scène au tout début du film, pour préciser qu'il s'agit d'une histoire vraie.



   1959-apparition Hitchcock La mort aux trousses       1960-apparition Hitchcock Psychose       1963-apparition Hitchcock Les oiseaux

 
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La Mort aux trousses : outre l'apparition très visible du passager qui court après son bus alors que celui-ci lui ferme les portes au nez, il semble bien qu'Hitchcock apparaisse sur le parvis du bâtiment de l'ONU.
Il n'avait en effet pas eu l'autorisation de tourner en ce lieu et a dû filmer la scène en cachette, la caméra étant dissimulée dans une camionnette garée à proximité.
Il semble faire un pied de nez au personnel du service de sécurité (que l'on aperçoit à sa droite), au moment où Cary Grant arrive en haut des marches.

signalisation (1) Existe-t-il une apparition mystère en plus de celles-ci ? Voir en fin d'article...

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Les Oiseaux : Hitchcock promène en laisse 2 griffons d'Ecosse blancs, qui ne sont autres que ses propres chiens, Geoffrey et Stanley.



                                 1964-apparition Hitchcock Marnie           1966-apparition Hitchcock Le rideau déchiré            1969-apparition Hitchcock L'étau




   1972-apparition Hitchcock Frenzy     1976-apparition Hitchcock Complot de famille                 1959 apparition Hitchcock téléfilm Le Plongeon



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Complot de famille : pour son dernier film, le petit jeu des apparitions avait depuis longtemps cessé d'amuser Hitchcock, c'était même devenu un casse-tête et une contrainte.
Il avait envisagé d'apparaître sur la dernière image, lorsque Blanche Tyler fait un clin d'œil à la caméra, ce devait être lui qui faisait ce clin d'œil mais il ne souhaitait pas être vu directement à l'image car alors sous traitement à base de cortisone pour ses gros problèmes de santé, il était très bouffi.
Il s'est alors imaginé derrière la porte vitrée du bureau d'enregistrement des naissances et décès, de façon à ce qu'on reconnaisse facilement son profil parfaitement identifiable, sans être vu clairement.


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Le plongeon : seule et unique apparition concernant un téléfilm de sa série Alfred Hitchcock présente dans cet épisode qu'il a lui-même réalisé. Il faut toutefois avoir l'œil pour arriver à le débusquer...



 
 
FAUSSES PISTES :




Certaines photos sont souvent présentées comme reproduisant des apparitions d'Hitchcock dans ses films.
Il s'agit en fait pour 4 films (Rebecca, Lifeboat, Les Amants du Capricorne et Fenêtre sur cour) de photos publicitaires destinées à appâter le public tant les apparitions du Maîtres étaient attendues par ses fans.
Ces prises de vue n'apparaissent pas à l'écran et ne reflètent donc pas la stricte réalité.
Pour Le Faux coupable, comme on l'a vu, cette scène a bien été tournée mais en fin de compte non intégrée au montage pour les raisons invoquées.
 


 
 
 1940-Rebecca fausse apparition1943-Lifeboat fausse apparition 1949-Les amants du Capricorne fausse apparition1954 Fenetre sur cour fausse apparition1957-Faux coupable apparition coupée 
 
 
 
SUPPUTATIONS :




De nombreux fans d'Hitchcock scrutent chacun de ses films à la loupe avec l'espoir d'y dénicher de nouvelles apparitions du Maître jusqu'ici inconnues.
Cela donne lieu à des spéculations parfois plausibles et parfois tout à fait fantaisistes car un examen attentif permet d'emblée d'écarter certaines hypothèses, ce n'est clairement pas Hitchcock qui passe devant la caméra ou est planté au fond du décor !
Quelques rares cas laissent malgré tout planer le doute, est-ce bien lui ou pas ? mystère… Il y a hélas fort à parier que ce doute ne sera jamais levé car il n'existe aucune liste "officielle" et exhaustive de ses cameos.
 
Voici quelques exemples :
 
 
 
 
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Downhill (36e minute) : on pourrait presque croire de prime abord que de dos, c'est Hitchcock qui dirige l'orchestre mais lorsque dans la scène précédente on voit l'acteur de face (1), le doute n'est plus permis. On remarque également que dans Les Cheveux d'or (2), pourtant tourné pratiquement à la même époque, il n'a pas encore de calvitie naissante.
 
 
 
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Laquelle des trois ? (71e minute) : certaines sources prétendent que le personnage en pardessus clair devant la meute de chiens et qui garde la tête baissée est Hitchcock. Rien ne permet de l'affirmer, la scène étant bien trop lointaine et comme on n'aperçoit jamais même une petite partie du visage, on peut prétendre tout et son contraire.
 
 
 
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Quatre de l'espionnage (45e minute) : Hitchcock est-il l'homme qui boit une bière derrière Madeleine Carroll ? Bien qu'aucun autre cameo ne soit répertorié dans ce film, il n'est pas certain du tout que ce soit lui…
 
 
 
 
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Soupçons (4e minute) : On pourrait penser que l'homme en veste et casquette claires qui promène un cheval est Hitchcock mais on ne le voit pas de face et une apparition existant déjà dans ce film, il semble surprenant qu'il y en ait une autre. On ne peut toutefois exclure avec certitude cette option reprise par plusieurs sources.
 
 
 
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Correspondant 17 (47e minute) : A mon sens l'apparition mystère la plus troublante et la plus probable tant la physionomie et le profil semblent proches de ceux d'Hitchcock mais là encore, une apparition existe par ailleurs et de façon irréfutable, on peut donc douter qu'une seconde soit présente, à moins que, à l'instar de ce qu'il a fait dans La Corde, Hitchcock craignant que cette apparition passe inaperçue, ne décide d'en tourner une autre bien plus visible…
 
 
 
 

L'APPARITION MYSTÈRE :
 
 

1959-La mort aux trousses apparition mystère Hitchcock 1


Farce du Maître ou ressemblance fortuite ?

                       
Pour connaître la réponse, cliquez sur cette vignette fleche.1251      
 
 
 
 

                                                                                                    
LES APPARITIONS EN "GUEST STAR" :
 
Hitchcock n'est pas seulement apparu dans ses propres film, des réalisateurs lui vouant une certaine admiration l'ont imité et lui ont rendu hommage...
 
 
                                                                                                                       
 
 
 
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L'Année dernière à Marienbad :
S'inspirant de la façon du cinéaste de s'immiscer furtivement dans ses films, Alain Resnais, alors jeune réalisateur pourtant pas spécialement connu pour vouer une admiration particulière à Hitchcock a fait apparaître son fantôme en lévitation dans le hall de l'hôtel dans son film "L'Année dernière à Marienbad" en 1961. L'image apparaît dans la pénombre (je l'ai éclaircie afin de la rendre plus visible) et il s'agit en fait d'une silhouette en carton mais qui fait parfaitement illusion.
 
 
                                                                           
 
 
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Muriel ou le temps d'un retour :
Jugeant sans doute le clin d'œil amusant, il a récidivé en 1963 pour son film suivant "Muriel ou le temps d'un retour". Si, sur le plan éloigné la silhouette caractéristique du Maître bien que facilement reconnaissable, peut laisser croire à une coïncidence, le plan rapproché nous faisant découvrir le visage ne laisse aucun doute quant à l'identité représentée par le mannequin de cuisinier se trouvant devant le restaurant : il s'agit bel et bien d'Hitchcock !
 
 
 
                                                                                                                                
 
 
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Psychose II :
Enfin, en 1983 pour la suite de Psychose, logiquement intitulée Psychose II, Richard Franklin le réalisateur a rendu hommage à son glorieux prédécesseur (décédé en 1980) en faisant apparaître en projection sur un mur, l'ombre de son profil caractéristique et rendu célèbre grâce notamment au générique de sa série télévisée "Alfred Hitchcock présente".
 
 
 
 
FRIANDISE :
 
En bonus, je ne résiste pas à l'envie de vous mettre un lien vers un astucieux montage réalisé par Fabrice Mathieu à partir des apparitions d'Hitchcock. Très très bien fait, un bel hommage au Maître du suspense. Merci au concepteur !
 
                                                                              C'est ici :                                                                                                         
                                                                                                          fleche.1251    Master of suspense 
 
 
 

 
                                                                                                             
 


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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 22:04


Actrices favorites Hitchcock titre
 
Alfred Hitchcock était réputé pour son goût prononcé pour les belles actrices qui ont, pour la plupart d'entre elles, contribué au succès de ses films.
Il a dit un jour à François Truffaut qu'il n'aurait pas pu tourner un film avec Marilyn Monroe ou Brigitte Bardot car leurs intentions étaient trop clairement affichées, elles portaient, selon lui, le sexe sur leur figure. Il leur préférait les beautés froides qui "passent pour des femmes de la bonne société en public et vous arrachent votre braguette si vous vous trouvez seul avec elles dans un taxi".
Le meilleur exemple se trouve dans La Main au collet, quand Grace Kelly belle indifférente et austère est raccompagnée jusqu'à sa chambre d'hôtel par Cary Grant et au moment de le quitter, sans que rien ne le laisse présager, l'embrasse fougueusement.
Nul doute que les frustrations du réalisateur étaient nombreuses et il reportait son affection, voire son surcroît d'amour sur les actrices répondant à ses critères de beauté et les façonnait à sa manière.
Parmi les plus célèbres, qui ont plus ou moins fait l'objet de fascination, citons Ingrid Bergman, Grace Kelly ou Tippi Hedren, mais il y en a eu beaucoup d'autres, ne répondant pas forcément au stéréotype convenu des héroïnes hitchcockiennes, blondes et froides.

Je vous propose une promenade en charmante compagnie.
 
 
 
 

 

 

 

 


Madeleine Carroll   Carole Lombard regard
(1906-1987)
 

 
Les 39 Marches (1935) : Pamela
(The 39 steps)

Quatre de l'espionnage
(1936) : Elsa Carrington
(Secret agent)

Madeleine Caroll et Hitchcock
 
Incontestablement la première actrice qui a envoûté le metteur en scène qui n'en était encore qu'à ses débuts. Elle avait été remarquée quelques années auparavant par son épouse et fidèle collaboratrice Alma Reville sur le tournage d'un film et il avait souhaité travailler avec elle. Elle s'est donc retrouvée à l'affiche de deux films successifs en 1935 et 1936 pour le plus grand plaisir d'Hitchcock, mais non sans avoir émis quelques réticences avant d'accepter.
Actrice pétillante et pleine de charme, au caractère bien trempé, Madeleine Carroll provoquait chez Hitchcock, dont les frustrations étaient nombreuses, une fascination réelle. Tour à tour Pamela dans Les 39 marches et Elsa dans Quatre de l'espionnage, elle donne la réplique à Robert Donat dans le premier film et à Robert Gieglud dans le second avec le même bonheur.
Son talent était éclatant mais Hitchcock lui demandait avant tout d'être elle-même et de ne pas chercher à s'inventer un personnage.
Elle a été la première actrice répondant au stéréotype hitchcockien, blonde et récalcitrante, froide et distinguée.
Ce sera la seule comédienne de la période anglaise, qui prend fin en 1939, à avoir vraiment compté pour le réalisateur.
Née en 1906 et morte en 1987, elle a arrêté sa carrière prématurément peu après la seconde guerre mondiale.
 
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Joan Fontaine   Joan Fontaine regard
(1917-2013)


Rebecca (1940) : Mme De Winter

Soupçons (1941) : Lina Mac Kinlaw
(Suspicion)


Hitchcock et Joan Fontaine
Joan Fontaine a été choisie parmi une quantité impressionnante de candidates pour interpréter, dans Rebecca, le rôle de la nouvelle Mme de Winter, dont le prénom n'est jamais cité dans le film.
Pour cette première réalisation américaine d'Hitchcock, après bien des essais, quatre actrices restaient en concurrence : Margaret Sullavan, Anne Baxter, Olivia de Havilland et Joan Fontaine, sœur de cette dernière qui avait été l'héroïne de Autant en emporte le vent et s'est donc effacée pour laisser la place.
Le producteur David O. Selznick réussit à imposer Joan Fontaine et finalement Hitchcock ne regretta pas ce choix.
L'actrice dégageait en effet une profonde sensibilité et une fragilité qui firent merveille, aussi bien dans Rebecca que dans Soupçons qu'elle tourna l'année suivante. Elle a d'ailleurs été nommée pour chacun des films comme meilleure actrice aux oscars et l'a obtenu pour le rôle de Lina Mac Kinlaw dans Soupçons qu'elle interprétait aux côtés de Cary Grant.
Parfaite dans les interprétations d'épouse soumise et aveuglément amoureuse, persécutée par la terrible Mme Danvers dans Rebecca et en proie à de profonds doutes sur l'honnêteté de son époux dans Soupçons.
Joan Fontaine a été une actrice importante pour Hitchcock, même s'il n'a jamais ressenti d'attirance particulière envers elle. Il appréciait la qualité de son travail et sa bonne collaboration.
Née au Japon, de parents Anglais, sa carrière a marqué le pas au milieu des années soixante, avant de redémarrer quelques années plus tard grâce à la télévision.
 
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Carole Lombard   Carole Lombard regard    
(1908-1942)

Joies matrimoniales (1941) : Ann Smith-Kransheimer
(Mr and Mrs Smith)


Carole Lombard et Hitchcock
La famille Hitchcock fraîchement arrivée à Hollywood en 1939 fait la connaissance de Carole Lombard et de son époux Clark Gable et rapidement une amitié se noue entre eux. Les dîners chez les uns ou chez les autres sont fréquents, Hitchcock appréciant tout particulièrement l'humour corrosif et assez macabre de l'actrice, point commun qu'il partageait avec elle.
Carole Lombard a donc, tout naturellement demandé à Hitchcock de travailler avec elle, ce qu'il accepta bien volontiers.
C'est d'ailleurs l'unique raison qui le poussa à tourner ce film, tout à fait à part dans sa filmographie puisque Joies matrimoniales est une comédie typiquement américaine, très légère et diamétralement opposée aux thrillers qu'il réalisait habituellement.
Il s'agit de l'histoire d'un couple qui découvre que suite à une bévue administrative leur mariage n'est pas valide, toute l'intrigue se résumant ainsi : et si c'était à refaire ? Après une séparation et quelques tensions, le couple découvrira finalement qu'il en est toujours un, tant administrativement qu'amoureusement.
Le film est bien enlevé, souvent drôle et même si Hitchcock a toujours prétendu ne l'avoir tourné que pour faire plaisir à son amie, il semble bien qu'il a, en fait, souhaité réellement réaliser ce type de comédie. Il était en tout cas très content du scénario que l'on doit à Norman Krasna.
L'ambiance tout au long du tournage a été des plus joyeuses, Carole Lombard partageant avec son metteur en scène le goût des farces et des plaisanteries.
Hitchcock ayant affirmé peu avant le film que selon lui "les acteurs sont du bétail", Carole Lombard lui a répondu de la plus drôle des manières, en faisant construire sur le plateau un enclos à trois compartiments dans lesquels elle avait fait enfermer trois jeunes vaches portant chacune une pancarte au nom des acteurs principaux du film : elle-même, Robert Montgomery, son époux dans le film et Gene Raymond, le collègue de David Smith et accessoirement avocat de son (ex)épouse.
Promise à une belle carrière, Carole Lombard est malheureusement disparue prématurément, en janvier 1942 à l'âge de 34 ans dans un accident d'avion, ce qui attrista profondément Hitchcock.
 
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Teresa Wright   Teresa Wright regard
(1918-2005)

L'Ombre d'un doute (1943) : Charlie Newton
(Shadow of a doubt)


Hitchcock et Teresa Wright
La carrière de Teresa Wright a démarré sur les chapeaux de roue puisque ses trois premiers films lui valurent autant de nominations aux oscars en 1941 et 1942, elle a d'ailleurs obtenu la récompense pour son second rôle dans Mrs Miniver de William Wyler. C'est donc tout naturellement qu'Hitchcock a fait appel à elle pour tenir le rôle de Charlie Newton, la nièce du dangereux tueur des "veuves joyeuses" comme l'a surnommé la police qui le pourchasse. L'oncle se prénomme également Charlie et sa jeune nièce, en proie au mal être dans sa petite ville de province, reporte son affection sur lui et pense qu'il va résoudre tous les problèmes de la famille. Elle découvre toutefois sa vraie nature et fait alors tout pour qu'il parte.
Parfaite représentation de la jeune fille américaine issue de la classe moyenne, Teresa Wright tient là, à 24 ans, un rôle magnifique qu'elle interprète avec talent.
Elle fut rapidement impressionnée par le professionnalisme du metteur en scène et affirma que lorsqu'il lui a raconté le film en détail, elle croyait l'avoir vu tant il en avait une idée précise et racontait son déroulement avec passion.
Il faut dire que L'Ombre d'un doute est sans doute le film le plus personnel d'Hitchcock et est resté à jamais son préféré.
Le réalisateur estimait beaucoup sa vedette féminine et était très satisfait de son travail, la jugeant très consciencieuse.
Elle ne répondait pas aux critères habituels de la beauté hitchcockienne, mais son rôle particulier n'en faisait pas une femme amoureuse au sens charnel du terme et elle dégageait un charme indéniable qu'Hitchcock a su filmer au mieux.
Ils se revirent régulièrement par la suite, même s'ils n'eurent pas l'occasion de faire un nouveau film ensemble.
La carrière de Teresa Wright s'essouffla quelque peu dès les années cinquante et elle joua principalement dans des séries télévisées.
 
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Ingrid Bergman   Ingrid Bergman regard
(1915-1982)


La Maison du Dr Edwardes (1945) : Dr Constance Petersen
(Spellbound)


Les Enchaînés (1946) : Alicia Huberman
(Notorious)

Les Amants du Capricorne (1949) : Lady Henrietta Flusky
(Under Capricorn)
 
Ingrid Bergman et Hitchcock
Alors que Greta Garbo était pressentie au départ pour jouer dans La Maison du Dr Edwardes, c'est finalement Ingrid Bergman qui a décroché le rôle principal féminin. C'est le début d'une fructueuse collaboration avec Alfred Hitchcock puisqu'ils ont tourné trois films ensemble. Actrice suédoise, orpheline à 12 ans, elle a entamé sa brillante carrière à 20 ans et en a 29 lorsqu'elle démarre son premier tournage avec Hitchcock.
Le réalisateur appréciait son côté scandinave, sa beauté froide et son regard intense.
Elle interprète le Dr Constance Petersen dans La Maison du Dr Edwardes, médecin psychiatre qui tombe amoureuse d'un faux confrère (Gregory Peck) avant de découvrir qu'il n'est pas le dangereux psychopathe qu'il paraît mais au contraire un malade qu'elle parviendra à guérir. Sa prestance et son jeu subtil ont convaincu Hitchcock qui ne tardera pas à en faire son actrice fétiche du moment, mêlant admiration et attirance.
Son rôle suivant dans Les Enchaînés, aux côtés de Cary Grant lui vaudra un grand succès, cette histoire d'espionnage dans les milieux nazis où elle va jusqu'à se sacrifier en épousant un traître (Claude Rains) pour mieux le confondre est un des films majeurs d'Hitchcock. La quintessence de son œuvre selon François Truffaut. Elle est parfaite dans ce film, sa beauté et son interprétation en nuances font mouche.
Hitchcock a toujours prétendu que ce n'est que pour faire plaisir à son actrice qu'il a accepté de tourner ce qui devait être leur dernière collaboration, à savoir Les Amants du Capricorne. Il prisait peu les films en costumes mais en a quand même retardé le tournage, réalisant entre-temps La Corde, Ingrid n'étant pas libre. Elle n'a pas hésité à jouer sans fard dans ce film, incarnant une femme en proie aux problèmes d'alcool, rongée par le remords et manipulée par une gouvernante jalouse.
Le tournage fut assez difficile, Ingrid supportant mal les longues scènes filmées sans interruption (un peu dans le style de La Corde), les conflits avec son metteur en scène étaient fréquents.
Peu après ce film, elle a rencontré Roberto Rossellini, célèbre cinéaste italien, en est tombée amoureuse et l'a suivi en Europe, abandonnant son mari et sa fille Pia. Cette liaison fit scandale et jeta l'opprobre sur la célèbre actrice qui eu trois autres enfants, dont Isabella devenue également actrice sous son vrai nom. Jusqu'en 1955, elle n'a tourné que cinq films, tous sous la direction de son époux.
Hitchcock, qui ne pouvait supporter qu'on l'abandonne, lui en a beaucoup voulu, même s'ils ont continué à entretenir des relations épisodiques.
Ingrid Bergman qui a eu une belle carrière, elle a notamment remporté 3 oscars, est morte en 1982 des suites d'une longue maladie, 67 ans jour pour jour après sa naissance.
 
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Grace Kelly   Grace Kelly regard 2
(1929-1982)

Le Crime était presque parfait (1954) : Margot Wendice
(Dial M for murder)

Fenêtre sur cour (1954) : Lisa Fremont
(Rear window)

La Main au collet (1955) : Frances Stevens
(To catch a thief)
Grace Kelly et Hitchcock
 
De toutes les actrices qui ont tourné sous la direction d'Alfred Hitchcock, Grace Kelly est sans conteste celle qu'il a le plus appréciée.
Il l'a enrôlée pour jouer dans Le Crime était presque parfait, alors qu'elle n'était encore qu'une inconnue qui n'avait tourné que dans trois films et différents rôles pour la télévision.
Il a réussi à tirer le meilleur parti de ses qualités d'actrice et a toujours su magnifier sa beauté pour la faire devenir l'impératrice du glamour, icône de son époque.
Profitant de sa superbe photogénie, Hitchcock savait, en collaboration avec Edith Head sa costumière attitrée, la faire paraître belle et froide, l'exacte représentation de ce qu'il considérait comme le summum de la beauté féminine.
A ces critères physiques s'ajoutaient une grande complicité entre les deux êtres et de cordiales relations qui ont fait dire à Hitchcock de Grace qu'elle était l'actrice la plus coopérative de toutes.
Avant de devenir la Princesse Grace de Monaco par son mariage avec le Prince Rainier en 1956, elle avait tourné trois films successifs pour Hitchcock : elle a incarné Margot dans Le Crime était presque parfait, en 1954, elle interprétait une riche épouse adultère que son mari tente de faire assassiner par un tueur sans scrupules, rémunéré pour cette tâche mais qui finira assassiné par sa victime, poignardé par une paire de ciseaux. Le film décrit la machination du mari qui tente de faire accabler son épouse afin de détourner les soupçons.
Grace est parfaite dans cette descente aux enfers, ses toilettes de plus en plus sombres au fur et à mesure que l'étau se referme sur elle n'enlèvent rien à son charme et ajoutent au dramatique.
C'est elle qui a d'ailleurs suggéré que Margot se présente en léger déshabillé lorsqu'elle se lève quand le téléphone sonne, jugeant la robe prévue peu crédible pour une femme qui sort du lit en pleine nuit.
Durant tout le tournage, Hitchcock ne cessa de lui parler de son film suivant qu'il était en train de préparer avant même de lui dire qu'il l'avait choisie pour en être l'héroïne. Elle a dû se décider en une après-midi, sans lire le scénario et alors qu'elle était retenue pour jouer dans Sur les quais d'Elia Kazan.
Ce film était Fenêtre sur cour, qu'il réalisa la même année et dans lequel Grace Kelly incarne Lisa Fremont, jeune femme travaillant dans la mode et éprise de Jeff le photographe immobilisé dans son fauteuil roulant. Le rôle permet là encore d'admirer la prestance mais aussi la qualité de l'interprétation de Grace dans une personnalité plus profonde encore. Ce film qui connut un grand succès, permit de la révéler complètement au public et de faire d'elle définitivement une star.
Son dernier film avec Hitchcock, La Main au collet, en 1955, est plus léger et nul doute qu'il a surtout servi à magnifier Grace avec des toilettes somptueuses, l'apogée étant atteinte lors de la scène du bal masqué avant le déroulement final. Sûrement le long métrage le moins accompli de la trilogie mais un agréable divertissement qui nous fait admirer les paysages de la Côte d'Azur.
Après avoir volé vers d'autres cieux, rappelons que Grace et Rainier se sont rencontré
s lors du tournage de ce dernier film et se sont mariés peu après mettant un terme à sa carrière, Hitchcock rêvait de faire à nouveau tourner son actrice favorite dans Pas de printemps pour Marnie, en 1963, le rôle ayant été écrit en pensant à elle.
Grace avait accepté la proposition et devait faire son come-back, mais au dernier moment elle dut renoncer devant la pression de son entourage qui jugeait qu'une Princesse ne pouvait se compromettre au cinéma. Hitchcock y renonça donc, la mort dans l'âme et confia le rôle à Tippi Hedren, sa nouvelle égérie qui venait de tourner dans Les Oiseaux.
Malgré tout, les rapports entre la belle et son mentor sont restés cordiaux jusqu'à la mort du réalisateur en 1980, Grace ayant participé avec bonheur à la cérémonie hommage de l'American Film Institute en 1979.
Victime d'un terrible accident de la route alors qu'elle roulait avec sa fille la princesse Stéphanie, Grace devait succomber à ses blessures le 14 septembre 1982 laissant à jamais le souvenir d'avoir incarné dans les films d'Hitchcock le talent, la beauté et l'élégance. Terrible ironie du sort, elle a eu son accident sur la corniche, à l'endroit où elle tournait avec Cary Grant en 1955 une célèbre scène de La Main au collet, lorsqu'elle est au volant du superbe cabriolet Sunbeam bleu. Le destin a parfois de bien cruelles coïncidences...

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Doris Day   Doris Day regard
(née en 1924)


L'Homme qui en savait trop (2ème version, 1956) : Dot Mac Kenna
(The Man who knew too much)
 
 Doris Day et Hitchcock

Hitchcock souhaitait depuis plusieurs années tourner un film avec Doris Day. Il passait outre sa réputation d'actrice qui chante (ce qu'elle fera pourtant dans le film) et la considérait comme une actrice à part entière.
Elle joue sans doute le meilleur rôle de sa carrière dans la seconde version de L'Homme qui en savait trop, interprétant une ex-chanteuse ayant arrêté sa carrière pour suivre son mari médecin (James Stewart).
Pendant des vacances au Maroc, leur fils est enlevé par des espions, le garçon servant de moyen de pression pour forcer le couple au silence, un meurtre devant être commis et Ben Mac Kenna ayant reçu un message l'avisant de ce forfait de la part d'un agent français juste avant de mourir.
Doris Day est parfaite en rôle de mère de famille anéantie de douleur lorsque son époux lui annonce l'enlèvement de leur fils. Elle est touchante et pleine de vérité dans cette scène et avouera s'être inspirée de son propre instinct de mère de famille pour l'interprétation. Une seule prise a été nécessaire tant elle l'a jouée juste du premier coup.
Elle avait pourtant failli arrêter le tournage, reprochant à Hitchcock de ne lui donner aucune directive et aucun commentaire sur son jeu. Il lui précisa que s'il ne disait rien, c'était tout simplement parce qu'il n'y avait rien à ajouter et qu'elle devait continuer ainsi. Le réalisateur se montrera d'ailleurs satisfait du travail de Doris Day et elle n'est pas étrangère, loin s'en faut, à la réussite du film, d'autant plus que James Stewart, grand acteur hitchcockien, est comme toujours impeccable en Américain moyen.
Après des débuts au music-hall, Doris Day née en 1924, a entamé une carrière de comédienne, habituée aux rôles légers et aux comédies musicales. Sa carrière a connu son apogée au moment de L'Homme qui en savait trop, déclinant par la suite. Elle y a mis fin en 1968, se contentant par la suite d'interpréter des chansons dans certaines séries. C'est elle qui chantait le titre "Que sera sera" dans le film, chanson qui sera un très grand succès international.
 
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Vera Miles   Vera Miles regard
(née en 1929)

Le Faux coupable (1957) : Rose Balestrero
(The Wrong man)

Psychose (1960) : Leila Crane
(Psycho)

C'est lui (téléfilm 1955 ) : Elsa Spann
(Revenge)

Incident au carrefo
ur (téléfilm 1960) : Jean Medwick
(Incident at the corner)
 
Vera Miles et Hitchcock 
Vera Miles restera sans doute à jamais la plus grosse déception occasionnée à Hitchcock par une de ses actrices. Il misait beaucoup sur elle et voulait en faire une nouvelle Grace Kelly.
Sa beauté le fascinait et il aimait la métamorphoser, essentiellement dans Le Faux coupable, où elle sombre peu à peu dans une profonde dépression la conduisant au bord de la folie. Elle est excellente dans cette interprétation et Hitchcock en fin connaisseur avait vu en elle une future grande actrice.
Il lui réservait le rôle féminin principal de Sueurs froides, mais malheureusement elle tomba enceinte juste avant le tournage, ce qui mit le réalisateur dans une colère noire et le contraignit à la remplacer, à son corps défendant, par Kim Novak. Il lui en tint rigueur jusqu'à la fin de sa vie, même s'il lui donna malgré tout l'occasion de tourner dans Psychose, où elle tient le rôle de Leila Crane, la sœur de Marion assassinée sous la douche, et qui entreprend de la retrouver n'ayant plus de nouvelles. C'était une façon de tenir un rôle féminin important après la disparition de la star principale dès le premier tiers du film et puis Vera Miles étant sous contrat, autant la rémunérer pour quelque chose.
Vera Miles avait travaillé une première fois pour Hitchcock en 1955, en tenant un rôle dans le premier téléfilm de la série Alfred Hitchcock présente : C'est lui. Elle interprétait une femme sortant de dépression et qui est victime d'une attaque par un inconnu alors qu'elle était partie se reposer avec son mari. Elle croit reconnaître son agresseur dans la rue, son époux le tue et en repartant, elle croit de nouveau le voir, sous les traits d'un autre homme, signifiant qu'elle a perdu la tête. Un rôle prémonitoire de ce que sera celui de Rose dans Le Faux coupable.
Dernière apparition de Vera Miles en 1960, dans un téléfilm d'une heure réalisé par Hitchcock pour la série Ford Star Time : Incident au carrefour. Elle joue une fille qui s'emploie à faire innocenter son père, accusé à tort d'être trop familier avec les petites filles et renvoyé. Il s'agit en fait d'une sordide histoire de vengeance montée de toutes pièces.
 
Vera-Miles-1957.jpg

 
 projecteur3  Voir également dans Friand'Hitch le comparatif "Carlotta Miles ou Carlotta Novak ?"

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Kim Novak   Kim Novak regard
(née en 1933)


 
Sueurs froides (1958) : Madeleine Elster et Judy Barton
(Vertigo)
 
Kim Novak et Hitchcock
Jusqu'à la fin de ses jours, Hitchcock a toujours eu la dent dure envers Kim Novak. Il n'a jamais analysé objectivement le travail de son actrice et lui tenait rigueur de leur relation tendue durant le tournage. Actrice par défaut en raison, comme on l'a déjà vu, de la défection de Vera Miles, elle lui a été plus ou moins imposée et il a dû faire avec.
Cette attitude négative, même si les torts ont pu être partagés, ne repose sur rien de tangible car l'actrice Kim Novak était excellente dans Sueurs froides. Le rôle était difficile à tenir car il était double, l'histoire d'une femme se faisant passer pour une autre afin de satisfaire la machination d'un mari avide. Qu'elle incarne la classieuse Madeleine ou la vulgaire Judy, sa prestation sonne juste.
Sublime de beauté mystérieuse, mise en valeur par un cadrage laissant souvent découvrir son profil parfait lorsqu'elle tient le rôle de Madeleine qui fait succomber Scottie (James Stewart) sous son charme, elle sait, une fois redevenue la simple Judy, sans classe et sans prestance, se laisser métamorphoser pour redevenir l'objet des fantasmes morbides de l'amoureux éperdu. On la redécouvre alors telle qu'au début, la chrysalide étant redevenue papillon par amour.
Kim Novak dont la carrière n'a jamais décollé, incarne ici, à 24 ans, à coup sûr LE rôle de sa carrière.
 
Kim-Novak-1958.jpg
 
 
 
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Eva Marie Saint   Eva Marie Saint regard

(née en 1924)

La Mort aux trousses (1959) : Eve Kendall
(North by northwest)
 
Hitchcock et Eva Marie Saint-copie-1
Au tout début du projet, La Mort aux trousses devait être une coproduction italienne et Sophia Loren a été pressentie pour tenir le rôle d'Eve Kendall. Alors que le montage a échoué, les producteurs ont voulu imposer Cyd Charisse pour remplacer l'actrice italienne, mais Hitchcock tenait absolument à confier le rôle à Eva Marie Saint et il a fini, comme souvent, par obtenir gain de cause.
Il la trouvait, en effet, très séduisante et parfaitement conforme à l'idée qu'il se faisait de cette espionne peu farouche et assez sexy. Il savait avec précision quelle attitude elle devait adopter dans telle situation, ou de quelle façon elle devait regarder Roger Thornhill (Cary Grant) selon la scène.
Il faut reconnaître qu'Hitchcock ne s'est pas trompé, le physique d'Eva Marie Saint superbement habillé selon les souhaits du cinéaste, se prête admirablement au personnage. Il l'a façonnée exactement comme il le voulait et était d'ailleurs assez fier de sa réussite, estimant avoir tiré le meilleur de cette actrice dont la carrière, hormis quelques films prestigieux (Sur les quais et Exodus notamment) a été limitée. Comme dans bien des cas, elle doit à Hitchcock un de ses plus grands rôles et sans doute son plus grand succès. Elle avait 34 ans au moment du tournage et Hitchcock avait beaucoup d'affection pour elle mais n'a jamais manifesté, contrairement à beaucoup d'autres de ses actrices, d'attirance physique envers elle.
 
 
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Tippi Hedren   Tippi Hedren regard

(née en 1931)

Les Oiseaux (1963) : Melanie Daniels
(The Birds)

Pas de printemps pour Marnie (1964) : Marnie Edgar
(Marnie)
 
Tippi Hedren et Hitchcock
 
Aperçue par Hitchcock dans une publicité télévisée, Tippi Hedren également mannequin, a tout de suite plu au metteur en scène qui, dès le lendemain a demandé à ses assistants de la convoquer sans rien dévoiler de l'identité de leur mandataire. Semblant être l'actrice parfaite pour ce rôle, Hitchcock lui fit tourner des essais filmés fort coûteux, en costume et dans les décors des personnages féminins apparus dans Rebecca, Les Enchaînés et La Main au collet. Elle a été embauchée sans savoir dans quel film elle allait jouer.
Si elle avait eu idée des conditions particulièrement difficiles du tournage des Oiseaux, peut-être aurait-elle refusé, bien que cela ne soit pas certain, être une héroïne d'Hitchcock pouvant représenter un formidable tremplin pour une actrice qui faisait là sa première apparition au cinéma.
Son personnage de Melanie extrêmement sophistiqué au début, bascule peu à peu dans la simplicité, au fur et à mesure de la dégradation de la situation. Tippi Hedren, qu'une fois encore Hitchcock façonnait comme il le voulait, réalise une performance extraordinaire dont elle ne sortira pas intacte, en raison des conditions dantesques du tournage de la scène d'attaque par les oiseaux dans la chambre, en fin de film. L'emploi d'oiseaux mécaniques, envisagé au départ, s'étant révélé impossible, la pauvre actrice a dû subir durant cinq jours les assauts d'oiseaux vivants jetés sur elle par des assistants sur le plateau. Complètement épuisée et mal en point psychologiquement, elle dut être hospitalisée et a été remplacée par une doublure pour les quelques plans manquants. Malgré ces déboires, le succès du film l'a catapultée sur le devant de la scène et en a fait le symbole de la blonde hitchcockienne.
Son deuxième film, Pas de printemps pour Marnie, dont elle interprète le rôle principal en raison du refus de dernière minute de Grace Kelly, lui vaut encore d'incarner une femme tourmentée, mais cette fois en raison des traumatismes de son enfance. Elle est parfaitement crédible en kleptomane névrosée et frigide, se refusant à celui qu'elle a épousé contre son gré, Mark Rutland (Sean Connery). Sa fragilité qui, dans un style différent, s'apparente un peu à celle de Joan Fontaine, sert merveilleusement son personnage, son visage traduit parfaitement les absences, les doutes ou les craintes qu'elle ressent.
Les relations entre le réalisateur et son actrice pour laquelle il avait visiblement beaucoup de désir refoulé, se sont considérablement dégradées au fil du tournage et ils ont fini, semble-t-il par la faute d'Hitchcock, par ne plus s'adresser la parole que par l'intermédiaire d'une tierce personne. A partir de ce moment Hitchcock rejeta totalement son actrice et n'en parla plus qu'en termes désagréables.
Par dessus tout cela, le film ne fut pas un succès et sonna le déclin du metteur en scène qui, après avoir engagé, métamorphosé et porté au sommet toutes les actrices qu'il a souhaité, rencontré des triomphes avec nombre de ses films, dut se contenter par la suite d'actrices imposées par les producteurs ou faisant partie de second choix.
Tippi Hedren restera à jamais l'ultime actrice hitchcockienne, faisant partie d'une caste reconnue, enviée, adulée, créée de toutes pièces par un réalisateur torturé par des pulsions et des fantasmes refoulés sa vie durant.
Marquée pour toujours comme "la chose" d'Hitchcock, Tippi Hedren n'a pas eu la carrière formidable qu'espérait le réalisateur. Sa fille Melanie (son prénom dans Les Oiseaux) qu'elle a eu avec l'acteur Peter Griffith en 1957 est également actrice sous son vrai nom (Melanie Griffith).
 
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mais il y a aussi celles qui ont moins compté mais qu'on aime malgré tout...


 
Anny Ondra 
(1902-1987)

The Manxman (1929) : Kate
 
Chantage (1929) : Alice White
(Blackmail)
 

                                                                            
La charmante Anny Ondra était une grande vedette du cinéma muet et à ce titre Alfred Hitchcock l'a engagée pour deux films successifs.
Tout d'abord dans The Manxman en 1929, elle partageait l'affiche avec Ivor Novello, autre grande star, et tenait le rôle de sa fiancée Kate.
La même année pour Chantage son film suivant, elle incarnait Alice la jeune femme meurtrière de son violeur. Le film a été tourné en version muette mais avant qu'il ne soit finalisé, le son en prise directe est arrivé et a bouleversé l'avenir du cinéma. Hitchcock a donc entrepris de remodeler son film et de retourner certaines scènes en y ajoutant le son. Un gros problème allait toutefois sérieusement compliquer les choses car Anny Ondra était d'origine autrichienne et avait un accent assez prononcé ce qui rendait peu crédible son rôle de jeune fille londonienne. Le réalisateur a donc dû user d'un subterfuge pour contourner la difficulté, Anny Ondra a joué en play-back pendant que hors champs de la caméra une actrice anglaise (Joan Barry qui allait tenir la vedette d'un autre film d'Hitchcock, A l'est de Shanghai en 1932) parlait en direct en suivant le mouvement de ses lèvres. Il faut reconnaître que le procédé fonctionne plutôt bien et qu'il faut vraiment le savoir pour s'en rendre compte.
La carrière anglaise d'Anny Ondra a donc pris fin avec l'arrivée du cinéma parlant mais elle toutefois continué à tourner essentiellement en Allemagne. Sa collaboration avec Hitchcock n'a de ce fait pas eu de suite mais sans ce bouleversement elle aurait peut-être pu devenir une actrice essentielle.
                                                                  
                                                    Anny Ondra                      Hitchcock et Anny Ondra
   
 
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Margaret Lockwood 
(1911-1990)


Une Femme disparaît (1938) : Iris Henderson
(The Lady vanishes)
 
 
Actrice pétillante et très gracieuse, son rôle de jeune fille de caractère dans le film à succès Une Femme disparaît a contribué à sa notoriété.
Bien que n'entrant pas dans les canons types de la beauté hitchcockienne, elle a malgré tout beaucoup plu au cinéaste et le tournage s'est déroulé dans la bonne humeur et sans accrocs. Elle est particulièrement à son aise dans ce rôle de jeune femme dynamique qui se mue en enquêtrice pour retrouver une vieille dame disparue dans un train.
 
                                                                                        Margaret Lockwood                                      Hitchcock et Margaret Lockwood
 
 
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Tallulah Bankhead 
(1902-1968)

 
Lifeboat (1944) : Constance Porter
 
Très grande actrice de théâtre, reconnue et appréciée, Tallulah Bankhead avait une personnalité affirmée et atypique, elle menait une vie libérée et sans tabou.
Le film qui constituera sa seule participation avec Hitchcock, se déroulait entièrement dans un canot de sauvetage et elle a souffert des conditions de tournage très difficiles au point d'être atteinte d'une pneumonie. En effet les scènes étant exclusivement tournées en studio dans un grand bassin, les acteurs travaillaient dans des conditions très humides et alternant la chaleur des projecteurs et le froid provoqué par les immenses ventilateurs en action.
Elle interprète une journaliste sophistiquée et froide victime d'un naufrage, insensible aux malheurs des autres mais qui peu à peu prend conscience de la réalité et devient proche et solidaire de ses compagnons d'infortune. Son apparence physique évoluant au fur et à mesure du déroulement de l'action traduit très bien cette métamorphose. Elle joue juste et Hitchcock a apprécié son travail même si leurs relations sont restées assez distantes.

 
                                                                                        Tallulah Bankhead                                          Hitchcock et Tallulah Bankhead

 
 
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Marlène Dietrich 
(1901-1992)

 

Le Grand alibi (1950) : Charlotte Inwood
(Stage fright)
 
Grande star reconnue et adulée, Marlène Dietrich suscitait une véritable fascination chez Hitchcock au point que, chose rarissime chez lui, il la laissait décider seule des tenues qu'elle voulait porter pour chaque scène, de son maquillage et même de l'éclairage qu'en grande professionnelle elle savait le meilleur pour mettre en valeur sa beauté et gommer ses petits défauts physiques. Son aura illuminait le plateau au point de froisser l'autre actrice féminine du film, Jane Wyman censée tenir la vedette mais qui souffrait de son manque de reconnaissance.
Le rôle de femme fatale et manipulatrice tenu par Marlène dans Le Grand alibi a permis au réalisateur sous le charme et à sa star d'entretenir des relations amicales et l'humour n'était jamais absent de leurs propos.
 
                                                            Marlene Dietrich                          Hitchcock et Marlene Dietrich

 
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Anne Baxter 
(1923-1985)
 

La Loi du silence (1953) : Ruth Grandfort
(I confess)
 
Pour incarner le rôle de Ruth Grandfort la vedette féminine du film, Anita Björk, actrice suédoise très en vogue avait été plébiscitée par Hitchcock et engagée par la production mais, en arrivant à Hollywood, elle amenait dans ses bagages un amant et un enfant illégitime... s'en était trop pour le producteur Jack Warner qui ne voulait pas que se reproduisent les ennuis connus avec Ingrid Bergman pour les mêmes raisons et qui la congédia donc à quelques jours du début du tournage.
Le nouveau choix d'Hitchcock se porta sur Anne Baxter, actrice qu'il connaissait et appréciait depuis plusieurs années et qui était également sous contrat.
Elle avait fait partie du dernier carré des prétendantes au rôle féminin de Mme De Winter dans Rebecca en 1940 et elle avait été toute proche de décrocher le gros lot.
Elle joue assez juste et fait bien passer les tourments de cette femme toujours amoureuse du beau jeune homme qu'elle a connu avant qu'il ne devienne prêtre (Montgomery Clift) et qui est injustement accusé de meurtre.
Elle a entretenu sa vie durant des relations amicales avec le cinéaste et ils se sont régulièrement vus en dehors des plateaux, l'estime étant parfaitement réciproque.
 
                                                          Anne Baxter                         Anne Baxter et Hitchcock
 
 
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Shirley MacLaine 
(née en 1934)

 
Mais qui a tué Harry ? (1955) : Jennifer Rogers
(The Trouble with Harry)
 
Repérée par les collaborateurs d'Hitchcock dans une pièce de théâtre, la toute jeune Shirley MacLaine (à peine 20 ans lors du tournage) a fait l'unanimité et le réalisateur a apprécié son manque d'expérience lui permettant de la modeler à sa façon comme il aimait à le faire.
Cela n'a pas été sans créer certaines tensions avec le jeune mari de l'actrice, leur mariage a eu lieu peu avant, au point que ce dernier a été interdit de plateau.

Shirley MacLaine joue là son premier rôle pour le cinéma, celui d'une jeune veuve dont le cadavre du mari est bien encombrant dans Mais qui a tué Harry ? Sa frimousse peu commune et son caractère enjoué ont plu au metteur en scène et il est vrai qu'elle est très craquante dans ce rôle même si elle est très éloignée des actrices stéréotypées que l'on a l'habitude de voir dans les films du cinéaste.
 
                                                          Shirley MacLaine                          Shirley MacLaine et Hitchcock
 
 
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Janet Leigh 
(1927-2004)

 
Psychose (1960) : Marion Crane
(Psycho)
 
Psychose est décidément un film peu ordinaire. Succès phénoménal bien que tourné avec les moyens et dans les conditions d'un téléfilm, Alfred Hitchcock s'est permis en plus de faire mourir la star en tête d'affiche après un tiers du film, chose jamais vue jusque là.
Il avait réussi à convaincre Janet Leigh que malgré son statut de grande vedette, il était indispensable pour l'histoire qu'elle disparaisse rapidement. Cela ajoutait en effet à la stupeur du spectateur qui n'aurait jamais pu imaginer que la star meure si rapidement. Très désireuse de tourner avec Hitchcock, Janet Leigh a accepté sans problème et n'a pas eu à le regretter, même si finalement Vera Miles est plus présente qu'elle à l'écran.
Son visage apeuré lors de la scène du meurtre sous la douche, l'une des plus célèbres de l'histoire du 7ème Art est resté à jamais gravé dans la mémoire de millions de cinéphiles.
Même s'il n'a jamais ressenti la même fascination pour Janet Leigh que pour bien d'autres actrices qui ont tourné pour lui, Hitchcock la traitait avec tous les égards. Il a notamment suivi avec un soin tout particulier le déroulement du tournage de la très exigeante scène du meurtre sous la douche, faisant bien attention qu'elle ne souffre pas trop d'être sous l'eau pendant les sept jours qu'ont duré les prises de vue. Janet Leigh était remplacée par une doublure lorsque c'était possible.
Malheureusement pour elle et à l'instar de son partenaire Anthony Perkins, ce rôle la desservira au bout du compte tant les autres cinéastes auront du mal à l'imaginer ailleurs que dans une douche... Sa carrière s'en trouvera considérablement freinée.
 
                                                         Janet Leigh                             Janet Leigh et Hitchcock
 
 
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3 mai 2007 4 03 /05 /mai /2007 21:48

 

Titre les acteurs essentiels

 

Comme on l'a vu, Alfred Hitchcock prenait un soin tout particulier à choisir ses actrices, ce qui ne veut pas dire qu'il prenait à la légère la distribution masculine de ses films. Dans ce domaine, il s'en tenait souvent à des valeurs sûres, c'est pour cette raison que James Stewart et Cary Grant, deux acteurs dont il connaissait parfaitement les qualités et qu'il appréciait, ont tourné chacun à quatre reprises pour le Maître. Bien qu'appréciés tous les deux, ils n'étaient toutefois pas interchangeables et chacun campait un type de personnage bien défini. James Stewart incarnait à merveille un homme ordinaire, sensible et parfois dépassé alors que Cary Grant interprétait des rôles de séducteur avec un aspect plus physique. D'autres grands noms ont aussi contribué à faire de l'oeuvre d'Hitchcock ce qu'elle est, riche, homogène et éternelle...

Il est constant que lorsqu'il a travaillé avec des acteurs qui lui ont été imposés, le résultat final est moins convainquant car plus que tout autre metteur en scène, Hitchcock SAVAIT quel acteur correspondait au personnage tel qu'il voulait le voir à l'écran.

 

Voici une petite revue des acteurs qui ont le plus compté pour le réalisateur :

 

 

 



Robert Donat  Donat regard

  (1905-1958)

   
 
Les 39 Marches (1935) : Richard Hannay
(The 39 steps)

 


Robert Donat et Hitchcock

 
 
Hitchcock qui avait vu et admiré Robert Donat dans ses précédents rôles a tenu à l'engager pour interpréter Richard Hannay, le héros du film Les 39 marches qui allait devenir un très grand succès du cinéma anglais. Il appréciait son charme et considérait qu'il faisait un très beau couple aux côtés de Madeleine Carroll.
Donat accepta avec joie ce rôle mais ne tarda pas, tout comme Madeleine Carroll, à découvrir le plaisir un peu malsain que le cinéaste avait à faire des farces pas toujours de très bon goût.
En effet, dès le premier jour du tournage, et alors que les deux héros ne se connaissaient pas, devait se tourner la scène durant laquelle ils s'échappent tous les 2, attachés par des menottes. Hitchcock prit un malin plaisir à disparaître durant toute la journée avec la clé et à les laisser ainsi, ne les délivrant qu'en soirée avec un large sourire. La blague a été modérément appréciée par les deux protagonistes…
Malgré tout Robert Donat n'a pas eu de rancune envers Hitchcock et cet incident ne l'a pas empêché d'être parfait dans ce thriller échevelé mêlant action et humour avec le même bonheur. Il campe un couple très bien assorti avec la délicieuse Madeleine Carroll adulée par le réalisateur.
Hitchcock avait également pensé à Robert Donat pour tenir un rôle dans son film suivant Quatre de l'espionnage, mais le projet n'a pas abouti pour différentes raisons.
Donat eut malheureusement une carrière courte en raison de graves problèmes de santé. Il est décédé à l'âge de 53 ans.
 
Robert Donat Les 39 marches
 

 

 

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Cary Grant  Grant regard

  (1904-1986)

 
Soupçons (1941) : Johnnie Aysgarth
(Suspicion)
   
Les Enchaînés (1946) : Devlin
(Notorious)
   
La Main au collet (1955) : John Robie dit "Le Chat"
(To catch a thief)
   
La Mort aux trousses (1959) : Roger Thornhill
(North by Northwest)
 
Cary Grant et Hitchcock
 
 
Cary Grant est avec James Stewart l'acteur favori d'Hitchcock. Les deux hommes se connaissaient bien et s'appréciaient et Hitchcock qui avait en horreur les choses non prévues, savait exactement à quoi s'attendre avec le jeu d'acteur de Cary Grant. Il représentait le type même du séducteur plutôt athlétique et il lui a toujours confié des rôles en rapport avec son physique et sa personnalité. Seul bémol à leur longue collaboration, le côté "star" de Grant qui avait des exigences financières et matérielles qui déplaisaient fortement au cinéaste. Malgré tout, son dégoût des affrontements et le fait qu'il savait tout ce que Grant pouvait apporter à la réussite d'un film fit que jamais Hitchcock ne trouva à redire sur la façon de travailler de son acteur.
Dès 1941, il l'engage pour le rôle de Johnnie Aysgarth dans Soupçons, homme légèrement malhonnête mais qui en aucun cas n'a cherché à se débarrasser de sa femme comme on peut le penser.
Dans Les Enchaînés en 1946, Cary Grant tient sans doute son meilleur rôle dans un film du Maître. Il joue en compagnie d'Ingrid Bergman et campe le personnage de Devlin, agent des Services spéciaux amoureux sans pouvoir le dire de celle qu'il jette dans les bras d'un ancien nazi, pour pouvoir permettre son arrestation.
Hitchcock pense à nouveau à Cary Grant pour incarner Rupert Cadell dans son film suivant La Corde en 1948 mais le personnage ne plaît pas beaucoup à l'acteur qui finalement déclinera l'offre.
On le retrouvera dans La Main au collet en 1955, agréable et léger divertissement dont le but essentiel est de mettre en valeur la magnifique Grace Kelly à chaque fois qu'elle apparaît à l'écran. L'histoire est prétexte à découvrir les superbes paysages de l'arrière pays provençal et Cary Grant incarne un ancien cambrioleur que tout semble accuser mais qui parvient à confondre le vrai coupable.
Bien que sa carrière cinématographique soit mise un peu au second plan, Grant accepte malgré tout de tenir le rôle (pourtant espéré par James Stewart) de Roger Thornhill dans La Mort aux trousses. Il joue un publicitaire pris pour un agent secret imaginaire créé de toutes pièces par les Services spéciaux. Dans ce road-movie palpitant de bout en bout, il tient un rôle physique qui l'emmène aux quatre coins des Etats-Unis dans le but de sauver sa vie et de conquérir celle qu'il aime tout en permettant l'arrestation des gangsters. Ce grand succès public a comblé Cary Grant qui avait pris soin de négocier une participation aux bénéfices. Ce sera sa dernière apparition dans un film d'Hitchcock et il mettra un terme à sa carrière en 1966.
 
 
Cary Grant Hitchcock
   
 

projecteur3  Voir également dans Portraits de méchants l'étude concernant son rôle dans Soupçons.

 

 

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Joseph Cotten  Cotten regard
 (1905-1994)

 
L'Ombre d'un doute (1943) : Oncle Charlie Oakley
(Shadow of a doubt)
   
Les Amants du Capricorne (1949) : Sam Flusky
(Under Capricorn)
   
Accident (téléfilm 1955) : William Calley
(Breakdown)
    
Joseph Cotten et Hitchcock
 

 

Joseph Cotten a tourné à trois reprises sous la direction d'Hitchcock, dans deux longs métrages ainsi que dans un téléfilm de 26 minutes de la série "Alfred Hitchcock présente". Il était assez proche du réalisateur et de sa famille et leur entente était cordiale. Ils se fréquentaient volontiers, partageant le même humour.
Il tient son plus beau rôle dans L'Ombre d'un doute film dans lequel il incarne un personnage inquiétant bien que séducteur et parfaitement affable (voir dans la rubrique "Portraits de méchants").
Il aurait pu tenir le rôle de John Ballantine, le médecin amnésique de son film suivant La Maison du Dr Edwardes mais n'étant pas disponible, c'est finalement Gregory Peck qui fut choisi.
En 1949, Hitchcock fait à nouveau appel à lui pour ce qui restera son seul film en costumes : Les Amants du Capricorne. Il y interprète Sam Flusky, nouveau riche et ancien bagnard vivant en Australie et dont l'épouse dépressive (Ingrid Bergman) est en proie à de gros problèmes de conscience. En effet, elle supporte très mal que son époux soit accusé à sa place du meurtre de son frère. Ce film qui n'a pas laissé un souvenir impérissable à son réalisateur nous montre une facette très différente de Joseph Cotten dans un rôle aux antipodes de celui qu'il tenait dans L'Ombre d'un doute. Il y est faussement goujat et on découvre qu'en fait tout est conditionné par l'amour qu'il porte à sa femme.
Sa dernière collaboration a eu lieu en 1955 dans le téléfilm Accident, dans lequel il tient le rôle d'un personnage cynique et sans états d'âme mais qui, victime d'un accident de la route le laissant paralysé, ne doit son salut qu'à la petite larme de peur qui coule de son œil inexpressif. Une façon de montrer qu'il faut toujours rester humble et humain en toutes circonstances, même lorsque tout va bien.

 

 

 

Joseph Cotten Hitchcock

 

 

projecteur3   Voir également dans Portraits de méchants l'étude concernant son rôle dans L'Ombre d'un doute.  

 

 

 

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James Stewart  Stewart regard

 (1908-1997)

 
La Corde (1948) : Rupert Cadell
(Rope)
   
Fenêtre sur cour (1954) : L.B. Jeffries (Jeff)
(Rear window)
   
L'Homme qui en savait trop (2ème version, 1956) : Ben Mac Kenna
(The Man who knew too much)
   
Sueurs froides (1958) : Scottie Ferguson
(Vertigo)
Hitchcock et James Stewart
 

 

Au même titre que Cary Grant, James Stewart a été très apprécié par Hitchcock, autant sur le plan professionnel qu'humain. Sans être intime avec le réalisateur, c'était chose impossible tant ce dernier cultivait le secret, les deux hommes ont toujours entretenu des relations cordiales et presque amicales, Patricia Hitchcock sa fille l'aimait beaucoup comme tous ceux qui l'ont côtoyé ou ont partagé l'affiche avec lui. Stewart était un homme simple à la ville comme sur un plateau. Il détestait les mondanités et restait humble et accessible envers tout le monde, acteurs ou techniciens. A la différence de Cary Grant, il n'exigeait jamais de traitement de faveur et ne revendiquait aucun privilège lié à son statut de star.
Pour Hitchcock, James Stewart représentait exactement l'homme ordinaire, comme on peut en croiser tous les jours dans la rue mais qui sait se transcender lorsque les circonstances l'exigent.
Cary Grant ayant décliné la proposition d'incarner Rupert Cadell le professeur de La Corde en 1948, Hitchcock a confié le rôle à James Stewart, acteur très populaire et héros couvert de gloire lors de la Seconde Guerre mondiale en tant que pilote. C'est le début d'une fructueuse collaboration car Hitchcock voyait en James Stewart le parfait reflet de l'Américain moyen. S'il campe un personnage élitiste dans La Corde, ce ne sera pas le cas dans ses trois rôles suivants où il est un homme simple souvent dépassé par ce qui lui arrive…
Dans son deuxième film pour Hitchcock en 1954, Stewart est un photographe cloué dans son fauteuil roulant à cause d'une jambe fracturée et qui n'a d'autre loisir que d'épier ses voisins tout au long de la journée. C'est la trame de Fenêtre sur cour, film critiqué pour son côté voyeur mais qui est bien autre chose… James Stewart tenait tellement à faire le film qu'il a accepté de ne pas percevoir de salaire, se contentant d'une participation aux bénéfices. Le film ayant eu du succès, il n'a pas eu à regretter son geste. Il est tout à fait convaincant aux côtés de la délicieuse Grace Kelly et le sera encore bien plus dans les films suivants.
Tout d'abord dans L'Homme qui en savait trop, dans le rôle d'un médecin assez modeste embarqué dans une sombre histoire de complot et où mis dans la confidence malgré lui, il doit faire face à l'enlèvement de son fils et s'efforcer de l'arracher aux mains des ravisseurs. Il traduit magnifiquement les craintes et les doutes de cet homme ordinaire face à des événements extraordinaires qui le dépassent. Son regard bleu acier fait passer beaucoup d'émotions. Ce sera encore plus vrai pour sa dernière collaboration dans Sueurs froides. Il est bouleversant en homme meurtri et en proie à de douloureux tourments et qui fait tout pour "reconstruire" la femme qu'il a aimée et qui hélas n'est plus. Sueurs froides est un film déroutant et envoûtant, d'un esthétisme indéniable et dont l'interprétation de James Stewart mais aussi de sa partenaire Kim Nowak sont pour beaucoup dans la réussite finale. Même s'il n'a pas connu lors de sa sortie un grand succès public, c'est incontestablement un des films majeurs d'Hitchcock. Le cinéaste ne sera toutefois pas très reconnaissant envers son acteur puisque si l'on en croit François Truffaut dans la conclusion de son livre d'entretiens, Hitchcock imputait en partie l'échec de Sueurs froides à l'affaissement du visage de James Stewart… c'est un motif pour le moins fallacieux.
Se sentant bien aux côtés du metteur en scène et désireux d'à nouveau travailler avec lui, James Stewart souhaitait ardemment décrocher le rôle principal de La Mort aux trousses, film tourné aussitôt après Sueurs froides. Toutefois Hitchcock ne le pensait pas fait pour incarner le personnage en raison du côté séducteur de celui-ci et voulait depuis toujours le confier à Cary Grant. Refusant tout affrontement et afin de ne pas se fâcher avec James Stewart, il attendit que celui-ci fût pris par un nouveau tournage afin de lui dire que malheureusement il ne pouvait attendre et devait faire le film avec Cary Grant…
 
James Stewart Hitchcock
 
 

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Robert Walker  Walker regard
 (1918-1951)

 
L'Inconnu du Nord-Express (1951) : Bruno Anthony
(Strangers in a train)
 
 
Robert Walker et Hitchcock
 
Assurément Robert Walker tient un des meilleurs rôles de tous les films d'Hitchcock dans L'Inconnu du Nord-Express, il y interprète un méchant hors du commun...
 
 
Robert Walker L'inconnu du Nord Express
 

projecteur3  Voir dans Portraits de méchants l'étude concernant son rôle.
    

 

 

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Montgomery Clift  Clift regard

 (1920-1966)

 
La Loi du silence (1953) : Le père Michael Logan
(I confess)
Hitchcock et Montgomery Clift
 
Après avoir été pressenti pour tenir le rôle de Brandon dans La Corde, Montgomery Clift a finalement été retenu pour jouer le rôle principal dans La Loi du silence.
Il était un pur produit de la méthode de l'Actors Studio. Hitchcock avait en horreur cette façon de travailler qui se traduit par une introspection intérieure intense de la part du comédien qui doit, pour chaque mouvement qu'il effectue, connaître la motivation du personnage, "pourquoi dois-je faire ceci ?", "pourquoi dois-je me déplacer de cette façon ?"...
Le Maître pour sa part privilégiait largement l'action au personnage et cela explique pourquoi il aimait tourner avec des acteurs qu'il connaissait, cela évitait les mauvaises surprises.
Malgré tout, il faut reconnaître que Montgomery Clift dans La Loi du silence interprète un abbé Logan très crédible. Il avait beaucoup travaillé en amont, notamment sur la façon de marcher avec une soutane et il fait merveilleusement passer le doute et la détresse dans son regard ténébreux. Son attitude, en prêtre lié par le secret de la confession et qui pour ne pas trahir ce secret, se voit accusé à la place du véritable meurtrier est parfaite. Même si Hitchcock reconnaîtra après que ce film était une erreur puisque hormis les catholiques, personne ne pouvait comprendre ce principe du secret de la confession et l'impossibilité de l'homme accusé à tort de se disculper en avouant tout ce qu'il sait et qui lui a été confessé.
Le tournage fut très difficile, en raison notamment de la personnalité tourmentée de Clift. Il était alcoolique et ne pouvait rien faire sans l'assentiment de sa coach personnelle Mira Rostova, omniprésente sur le tournage, ce qui n'était pas sans exaspérer le metteur en scène. Il fallait jongler avec les périodes de "réceptivité" et de lucidité de Clift et bien des fois ses partenaires ou Hitchcock étaient sur le point de craquer tant leurs relations avec l'acteur étaient tendues.
 
Montgomery Clift La loi du silence

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Henry Fonda  Fonda regard
 (1905-1982)

 
Le Faux coupable (1957) : Christopher Emmanuel Balestrero
(The Wrong man)
 
Hitchcock et Henry Fonda 

Lorsqu'il tourna Le Faux coupable, Hitchcock voulait coller au plus près à la réalité et c'est ce qu'il fit, même un peu trop selon ses propres propos. Il a engagé Henry Fonda, acteur populaire et très respecté pour jouer le rôle de Christopher Emmanuel Balestrero cet homme pris pour un autre et dépassé par ce qui lui arrive. Il est accusé de plusieurs vols à main armée et tout semble se liguer contre lui, ses ennuis conduiront même son épouse à la folie.
Henry Fonda est remarquable de finesse dans ce rôle. Il campe à la perfection le faux coupable du titre, son jeu d'acteur est bouleversant et on voit passer dans son regard toute la détresse qui lui tombe dessus. La scène durant laquelle il est incarcéré est un pur chef-d'œuvre et est magnifiée par un ingénieux et formidable mouvement de caméra qui simule le tournis qui l'envahit.
Fonda présente une grande ressemblance physique avec le vrai coupable (Richard Robbins, voir son 
"Portrait de méchant") et la superposition de leur visage à la fin du film est une superbe trouvaille de mise en scène comme Hitchcock en avait le secret.
Même s'il regretta pas mal de choses dans ce film, trop proche selon lui du documentaire et manquant d'humour, Hitchcock ne se plaignit jamais du travail d'Henry Fonda. C'était un homme très abordable et très courtois avec tout le monde et doté d'un très grand professionnalisme. Malgré une carrière exceptionnellement riche, il a toujours su rester simple, ce qui plaisait beaucoup au réalisateur qui avait en horreur les acteurs à l'ego surdimensionné.
 
Henry Fonda Le faux coupable

 

 

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Anthony Perkins  Perkins regard
(1932-1992)

   
Psycho (1960) : Norman Bates
(Psycho)
Hitchcock et Anthony Perkins 

Tout comme pour le rôle tenu par Robert Walker dans L'Inconnu du Nord-Express, on pourra retrouver l'étude concernant ce rôle si exigeant dans le "Portrait de méchant" consacré à Anthony Perkins.
 
Anthony Perkins Psychose

projecteur3  Voir dans Portraits de méchants l'étude concernant son rôle. 
   

 

 

    

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Sean Connery  Connery regard
 (né en 1930)

 
Pas de printemps pour Marnie (1964) : Mark Rutland
(Marnie)
Sean Connery et Hitchcock 
A première vue rien ne prédestinait Sean Connery et Alfred Hitchcock à tourner un film ensemble. L'acteur avait déjà incarné James Bond à deux reprises et le rôle de Mark Rutland dans Pas de printemps pour Marnie, gentleman homme d'affaires de la bourgeoisie de Philadelphie est bien éloigné des aventures de l'agent secret de Sa Gracieuse Majesté. Pourtant Hitchcock tenait à lui pour incarner le personnage et le registre de Sean Connery est suffisamment étendu pour correspondre au personnage. En dépit de son fort accent écossais il sait nous faire croire au personnage de cet homme tombé fou amoureux d'une femme névrosée et kleptomane (Tippy Hedren) qui n'hésite pas à le voler avant de disparaître. Il la retrouvera, l'épousera et l'aidera à percer les mystères de sa personnalité tourmentée.
Connery et Hitchcock se sont très bien entendus durant le tournage, l'acteur au charme indéniable représentait tout ce que Hitchcock aurait aimé être surtout vis-à-vis des femmes. Une scène controversée où est suggéré le viol par Mark de son épouse frigide en raison de son rejet des hommes, a bien failli faire échouer totalement le film en raison de nombreuses réticences de toutes parts, mais Hitchcock a tenu absolument à la conserver contre vents et marées. L'échec du film a marqué le début du déclin du réalisateur qui restait jusque là sur une série impressionnante de succès. Cela n'a pas empêché Sean Connery d'avoir apprécié son unique collaboration avec le metteur en scène.
 
Sean Connery Marnie
   

 

 

    

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mais il y eut aussi des stars aux échecs douloureux...

 

 

 

 

Laurence Olivier
 (1907-1989)

 
Rebecca (1940) : Maxim de Winter
 
 
Pour ce premier film réalisé aux Etats-Unis, Hitchcock confronté aux pressions du producteur David O. Selznick réussit malgré tout à faire engager Laurence Olivier pour incarner le riche veuf Maxim de Winter dans Rebecca. Pourtant de nombreux acteurs, parfois prestigieux avaient été envisagés. Olivier n'a jamais vraiment donné satisfaction au metteur en scène, il semblait mou, triste et manquait de chaleur. Malgré plusieurs tentatives d'Hitchcock pour essayer de le convaincre de faire preuve d'un peu plus d'enthousiasme, Olivier n'a jamais semblé emballé par ce rôle et cela se ressent à l'écran. Il faut dire qu'il préférait de loin le théâtre et revenait d'une expérience malheureuse à Hollywood dont il n'a jamais aimé les pratiques. De plus, il aurait voulu que son épouse Vivian Leigh soit retenue pour jouer la nouvelle Mme de Winter mais Joan Fontaine lui a été préférée. Malgré son interprétation mitigée, Laurence Olivier a été nomminé comme meilleur acteur aux oscars mais n'a pas été récompensé.
 
 
                                                                     Laurence Olivier Rebecca                Laurence Olivier et Hitchcock
 

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Gregory Peck
 (1916-2003)

 
La Maison du Dr Edwardes (1945) : Dr John Ballantyne
(Spellbound)
Le Procès Paradine (1947) : Anthony Keane
(Paradine case)
 
Bien qu'il soit à l'affiche de deux films d'Hitchcock, Gregory Peck a toujours été un acteur "par défaut". Imposé par le producteur David O. Selznick qui l'avait sous contrat, il n'a jamais plu au metteur en scène qui n'aimait pas sa façon de travailler et son inexpérience et aurait aimé obtenir Joseph Cotten pour chacun des rôles qu'il a interprétés.
Peck avant tout un acteur de théâtre à l'époque et qui démarrait seulement sa carrière cinématographique manquait d'épaisseur et que ce soit dans le rôle du Dr John Ballantyne dans La Maison du Dr Edwardes ou de l'avocat Anthony Keane dans Le Procès Paradine, il n'est jamais très convainquant. Comme l'a souligné François Truffaut ce n'est pas un acteur "hitchcockien" car il est creux et n'a aucun regard. C'est vrai qu'il manque d'épaisseur et de conviction.
L'association entre les deux hommes ne restera un bon souvenir ni pour l'un ni pour l'autre.
 
                                                                                                    Gregory Peck Hitchcock                             Hitchcock et Gregory Peck        
     

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Paul Newman
 (1925-2008)

 
Le Rideau déchiré (1966) : Pr Michael Armstrong
(Torn curtain)
 
Une fois encore pour ce film, Hitchcock affaibli par l'échec de Pas de printemps pour Marnie, dut accepter les acteurs imposés par la production, c'est l'unique raison qui motivait la présence de Paul Newman dans Le Rideau déchiré. Le cinéaste qui, comme on l'a déjà vu, détestait la façon de travailler des comédiens issus de la méthode de l'Actors Studio s'est très mal entendu avec Paul Newman (et très moyennement avec sa partenaire Julie Andrews) au point de lui imputer une bonne part de l'échec du film. Il supportait très mal également les salaires très conséquents versés à ces deux stars qui ont fortement amputé le budget. Hitchcock dont la carrière était sur la pente descendante gardait une forte rancune envers Paul Newman qui était pourtant un acteur très populaire et qui a connu de nombreux succès et dont le talent ne saurait être mis en doute. Cela restera un de ses plus mauvais souvenirs de tournage et l'ambiance était glaciale entre les deux hommes qui s'entendaient très mal et ne partageaient pas du tout la même façon de travailler.
 
                                                                 Paul Newman Le rideau déchiré                      Hitchcok et Paul Newman
                                                                                  

 

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3 mai 2007 4 03 /05 /mai /2007 18:54

 
                                                                      


 
 
Alfred Hitchcock aimait la France et pas uniquement parce qu'il était fin gourmet et raffolait de la cuisine, des grands vins et des meilleurs restaurants français.
Il avait également apprécié le fait que la critique hexagonale, emmenée par Les cahiers du cinéma alors dirigés par la Nouvelle Vague soit la première à reconnaître ses films à leur juste valeur alors que dans son pays d'adoption, il était considéré comme un réalisateur avant tout commercial et dont l'oeuvre manquait de profondeur.
On retrouve dans nombre de ses films des actions se déroulant en France.
Voici la totalité des acteurs et actrices français ayant tourné sous la direction d'Alfred Hitchcock au cours de sa carrière.
 
NB : l'étude qui suit n'aurait pas été exhaustive sans l'aide de l'excellent "Dictionnaire Hitchcock" rédigé par Laurent Bourdon et publié chez Larousse.

 

 
A L'AMÉRICAINE

(CHAMPAGNE - 1928)
                                                      
 
                                                      
 
 

 Jean BRADIN [1900 - 1969] (le petit ami de Betty)

 

Le cinéma muet avait un avantage sur le parlant, peu importait la langue natale ou l'accent dont était doté l'acteur, il pouvait jouer quelle que soit la nationalité du film dans lequel il tournait. C'est ainsi que Jean Bradin a pu être le premier acteur français à jouer dans un film d'Hitchcock alors encore en Angleterre. Il tient le rôle du petit ami de l'héroïne, Betty. On peut supposer que le fait qu'une partie de l'action se déroule en France a concouru à l'emploi de Jean Bradin dans ce film.

 

 

 

Marcel VIBERT [1883 - 1959] (le maître d'hôtel, non crédité)

 

Là encore, la motivation d'Hitchcock pour engager Marcel Vibert est sans doute la même que pour Jean Bradin. Son rôle de maître d'hôtel zélé du cabaret parisien dans lequel travaille Betty est assez secondaire.

 

 

 

 

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L'HOMME QUI EN SAVAIT TROP (1ère version)

(THE MAN WHO KNEW TOO MUCH - 1934)
 
 
                                                        
 
 
 

Pierre FRESNAY [1897 - 1975] (Louis Bernard)

 

Agé de 37 ans lors du tournage, c'était déjà un acteur reconnu puisqu'il a tenu le rôle de Louis Bernard en alternance avec celui de Marius pour la fameuse trilogie de Pagnol. Le personnage est moins développé et sensiblement différent du remake réalisé par Hitchcock lui-même en 1956, film pour lequel le rôle de l'espion assassiné sera à nouveau tenu par un Français (Daniel Gelin). L'action se situe à St Moritz en Suisse et Bernard est abattu durant un bal alors qu'il danse avec Jill (Edna Best) dont la fille Betty (Nova Pilbeam) sera enlevée par l'horrible Abott (Peter Lorre).
 

 

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QUATRE DE L'ESPIONNAGE

(SECRET AGENT - 1936)
1936-Quatre de l espionnage Saint Denis

 

 

 

Michel SAINT-DENIS [1897 - 1971] (le cocher, non crédité)

 

La carrière cinématographique de Michel Saint-Denis aura duré en tout et pour tout moins d'une minute puisque ce (mini) rôle sera le seul qu'il tiendra pour le grand écran. Il se trouvait en Angleterre lorsqu'Hitchcock réalisait le tournage et c'est alors qu'il rendait une visite à John Gielgud que le réalisateur lui proposa d'interpréter ce rôle de cocher faisant part semble-t-il à pas mal d'improvisation. Toute la vie de Michel Saint-Denis fut consacrée au théâtre, principalement comme metteur en scène.
 
 
 
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BON VOYAGE et AVENTURE MALGACHE (courts métrages)

(1944)
 
 
               1944-Bon voyage         1944-Aventure malgache           Claude Dauphin           
    

 

 

Les "MOLIERE PLAYERS" (troupe d'acteurs inconnus réfugiés à Londres)

 

Ces deux courts métrages de propagande devaient être diffusés en avant programme dans les cinémas afin de glorifier la Résistance et de soutenir le moral des troupes. Le résultat n'a pas été à la hauteur des attentes et si Bon voyage a été diffusé quelques temps, Aventure malgache n'est jamais sorti.
Pour écrire le scénario de Bon voyage, Hitchcock s'est attaché les services de Claude Dauphin, acteur français renommé et résistant réfugié à Londres et l'entourage du Général De Gaulle lui imposa la présence de Jean Mercure, metteur en scène de théâtre chargé de veiller au respect de la dignité de la Résistance. A l'exception de John Blythe, comédien anglais et seul cité au générique de Bon voyage, tous les autres participants à ces 2 films étaient des acteurs français réfugiés à Londres et ayant tourné dans leur langue natale. Ils étaient tous inconnus et leur identité était gardée secrète pour des raisons de sécurité. La troupe des Moliere Players n'a jamais plus été revue par la suite.

 

 

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LE PROCÈS PARADINE

 

(PARADINE CASE - 1947)
 
                                                              
 
 

Louis JOURDAN [1921 - 2015] (André Latour)

 

Pour ce rôle de palefrenier par ailleurs amant de l'épouse de son employeur, le colonel Paradine vieillard infirme, Hitchcock s'est vu imposer Louis Jourdan par Selznick qui avait l'acteur sous contrat. Il regretta ce choix car pour lui il était trop propre et trop charmeur. Il aurait voulu un homme bourru et sale, "sentant le fumier" comme il l'a avoué à François Truffaut dans ses entretiens. En bref, un vrai employé d'écurie et non un homme maniéré comme l'a incarné Jourdan habitué aux rôles de séducteur.
L'acteur a connu une carrière très honorable essentiellement aux Etats-Unis.
 

 

 

 

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L'INCONNU DU NORD-EXPRESS

 

(STRANGERS IN A TRAIN - 1951)
 
 
 
                                                                                    1951-L inconnu de Nord Express Odette Myrtil           1951-L inconnu de Nord Express Georges Renavent
 

 

Odette MYRTIL [1898 - 1978] (Mme Darville, non créditée)

 

Elle incarne l'épouse du couple d'amis de la famille Morton, venus rendre visite à Ann (Ruth Roman) lors du match de tennis disputé par son fiancé Guy Haynes (Farley Granger). On ne la voit que quelques secondes à l'écran.
 
 

Georges RENAVENT [1894 - 1969] (M. Darville, non crédité)

 

Epoux d'Odette Myrtil dans le film, son rôle est encore plus anecdotique puisqu'on ne l'aperçoit que de dos, il ne dit pas un mot et il est impossible de reconnaître son visage.
 
 
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LA MAIN AU COLLET

 

(TO CATCH A THIEF - 1955
 
 
               

 

 

Charles VANEL [1892 - 1989] (Bertani)

 

Le cerveau de la bande qui organise et commandite les vols de bijoux perpétrés au détriment des riches pensionnaires des plus beaux hôtels de la Côte d'Azur.
Charles Vanel a connu une carrière d'une longévité exceptionnelle et sa filmographie est impressionnante. On l'a vu dans un grand nombre de classiques du cinéma français et il a tenu son dernier rôle sous la direction de Jean-Pierre Mocky dans Les Saisons du plaisir à… 96 ans !
Il gardait un très mauvais souvenir du tournage car ne parlant pas un mot d'anglais, il avait essayé de dire son texte phonétiquement mais a dû abandonner et a été entièrement doublé tout au long des prises.

 

 

Brigitte AUBER [née en 1958] (Danielle Foussard)

 

Embauchée pour sa silhouette athlétique et ses talents d'acrobate, la jeune et piquante Danielle n'est pas tout à fait l'ingénue qu'elle paraît être. Débrouillarde, presque dévergondée, elle est en fait téléguidée par son père (Jean Martinelli) et est bel et bien l'auteur des vols de bijoux perpétrés dans les palaces de la Riviera.
En plus de sa carrière au cinéma, restée toutefois en demi-teinte, Brigitte Auber a poursuivi une honorable carrière théâtrale.

 


projecteur3  Voir également dans Portraits de méchants l'étude concernant les rôles tenus par Charles Vanel et Brigitte Auber.

 
 

 

Roland LESAFFRE [né en 1927] (Claude, non crédité)

 

A la fois garçon de plage et "espion" à la solde de Bertani, cet athlétique jeune homme campe à merveille le type du "beau gosse" à l'intelligence limitée.
Roland Lesaffre, s'il n'a jamais vraiment percé a tout de même tourné des seconds rôles avec nombre de grands réalisateurs et surtout avec Marcel Carné avec qui il était ami.

 

 

Jean MARTINELLI [1910 - 1983] (Foussard)

 

Le père de Danielle est aussi l'homme de main de Bertani qui lui commandite les vols de bijoux. Jean Martinelli campe ici un personnage peu sympathique.
Essentiellement homme de théâtre, il a peu tourné au cinéma. Il restera pour des millions de bambins la voix du célébrissime Nounours de la série "Bonne nuit les petits" diffusée à la télévision dès le début des années 60.

 

 

 

 

      

 

 

 

 

Georgette ANYS [1909 - 1993] (Germaine, la domestique de John Robie)

 

Cuisinière de talent et ancienne résistante qui n'a pas froid aux yeux, Germaine n'hésite pas à jouer de subterfuges pour semer les policiers venus arrêter son patron (Cary Grant) injustement accusé de vols de bijoux. Personnage imposant et peu souriant, elle est dévouée et est une vraie fée du logis.
Le rôle le plus populaire qu'elle a tenu durant sa carrière essentiellement composée de personnages secondaires est sans doute celui de la tenancière du bar où se retrouvent Bourvil et Jean Gabin dans La Traversée de Paris.

 

 

René BLANCARD [1897 - 1965] (le commissaire Lepic, non crédité)

 

Petit rôle pour ce commissaire qui semble plus se laisser dicter sa conduite qu'être le véritable meneur de l'enquête. Il se laisse duper par Robbie qui lui échappe grâce à la complicité de sa fidèle Germaine.
Ses rapports avec Hitchcock ont semble-t-il été un peu tendus durant le tournage. C'était pourtant un acteur reconnu qui a tenu pas mal de rôles dans des grands films classiques d'après guerre.

 

 

Jean HEBEY [1916 - 1992] (l'inspecteur Mercier, non crédité)

 

Policier poltron, adjoint de Lepic, l'inspecteur Mercier ne donne pas une image très flatteuse de la police française.
Jean Hebey a connu une carrière assez peu importante, essentiellement comme acteur de complément.

 

 

Louis MERCIER [1901 - 1932] (le croupier, non crédité)

 

C'est lui qui dans son rôle de croupier est chargé de demander à la joueuse assise à la table de bien vouloir rendre la plaque que John Robbie (Cary Grant) a volontairement fait tomber dans son décolleté.
Même s'il n'a jamais joué de grands rôles, Louis Mercier a tourné avec de grands réalisateurs français ou américains. Il est le seul acteur français à avoir joué à 2 reprises pour Hitchcock puisqu'on pourra le revoir l'année suivante dans le remake de L'Homme qui en savait trop.

 

 

Dominique DAVRAY [1919 - 1998] (la caissière chez Bertani, non créditée)

 

On voit à peine Dominique Davray dans son rôle de caissière au restaurant tenu par Bertani. Elle aura pourtant tourné dans bon nombre de films populaires, même si elle n'a jamais tenu de premier rôle. On retiendra notamment son interprétation truculente du personnage de Mme Mado, mère maquerelle nostalgique des belles heures de son commerce dans Les Tontons flingueurs.

 

 

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L'HOMME QUI EN SAVAIT TROP (2ème version)

(THE MAN WHO KNEW TOO MUCH - 1956)
 
 
 
                                   

 

 

 

Daniel GELIN [1921 - 2002] (Louis Bernard)

 

Même si le scénario du remake est sensiblement différent de celui du film initial, une fois encore c'est un Français, ici Daniel Gélin, qui campe le personnage de l'espion assassiné, cette fois d'un couteau planté entre les omoplates. Son rôle est plus étoffé que celui tenu en son temps par Pierre Fresnay, il est plus ambigu et plus mystérieux. Le message sibyllin qu'il délivre avant de mourir provoque les péripéties qui sont le moteur de l'intrigue.
Daniel Gélin ne parlant pas un mot d'arabe a appris ses textes en phonétique ce qui, à défaut d'être convainquant a permis de ne pas le doubler. Il a été un acteur très populaire en France, en grande partie grâce à son rôle dans Les Saintes Chéries, feuilleton télévisé très prisé des années 60. Il a eu une très grande carrière cinématographique et a tenu bon nombre de rôles importants dans des registres très différents.

 

 

 

Yves BRAINVILLE [1914 - 1993] (l'inspecteur de police)

 

Il tient le rôle du policier français qui se charge d'interroger les MacKenna (Doris Day et James Stewart) après le meurtre de Louis Bernard sur la place du marché de Marrakech, à la fois courtois mais ferme.

 

 

 

Louis MERCIER [1901 - 1993] (le policier, non crédité)

 

Petit rôle là encore pour cette 2ème collaboration avec Hitchcock, celui du policier qui intervient juste après l'assassinat de Louis Bernard (Claude Gélin) et demande au couple MacKenna de bien vouloir le suivre au commissariat. On ne le voit que quelques secondes à l'écran.

 

 

 

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L'ÉTAU

 

(TOPAZ - 1969)
 
 
                 
      

 

 

Philippe NOIRET [1930 - 2006] (Henri Jarre)

 

Pour la distribution du film, échaudé par les problèmes liés à l'emploi de stars hors de prix pour Le Rideau déchiré, Hitchcock décida d'employer des acteurs confirmés mais ne jouissant pas d'une renommée internationale qui aurait engendré des salaires mirobolants. Une partie de l'action du film se déroulant en France dans l'entourage du Général de Gaulle, il a donc enrôlé Philippe Noiret qui, s'il avait déjà connu de beaux succès cinématographiques, n'avait pas encore le statut d'acteur incontournable qui était le sien à la fin de sa carrière. Il a en effet interprété pas moins de 150 rôles, généralement de tout premier plan. Sa carrière très riche et la qualité de ses interprétations lui a valu de devenir un acteur essentiel du cinéma français, couronné notamment de 2 césars du meilleur acteur pour ses interprétations dans Le Vieux fusil et La Vie et rien d'autre.
Son rôle dans L'
Étau lui a donc permis de collaborer avec Hitchcock et même si son personnage de traître (Henri Jarre) n'est pas très sympathique, il concoure à lui donner du relief et est tout à fait crédible en espion trouble et manipulateur. Toutefois ses agissements lui seront fatals puisqu'il finira défenestré et écrasé sur le toit d'une voiture, précipité par les collaborateurs de Granville (Michel Piccoli), chef du réseau.

 

 

 

Michel PICCOLI [né en 1925] (Jacques Granville)

 

Pour ce rôle de traître à De Gaulle à la solde du KGB, Alfred Hitchcock fait à nouveau appel aux talents d'un bon acteur français qui a déjà joué dans nombre de films reconnus et appréciés. Sa carrière a été encore plus fournie que celle de Philippe Noiret puisqu'il a joué dans plus de 200 films ! Il ne garda pas un souvenir impérissable du tournage, déplorant le côté artificiel d'Hollywood et le manque de chaleur du réalisateur. A la fois amant de l'épouse (Dany Robin) de l'agent chargé de le démasquer (Frederick Stafford dans le rôle d'André Devereaux) et cerveau de l'organisation "Topaz" ("Opale" dans la version française) infiltré dans l'entourage proche du Président français, Piccoli est élégant et légèrement hautain dans le rôle de Granville. Identifié et acculé, il est contraint au suicide. C'est l'épilogue qui a été finalement retenu après maintes hésitations, d'autres fins ont été tournées mais ayant été mal accueillies par les spectateurs "cobayes", cette dernière solution a été adoptée en hâte juste avant la sortie du film.

 

 

projecteur3  Voir également dans Portraits de méchants l'étude concernant son rôle.

 

 



Claude JADE [1948 - 2006] (Michèle Picard) 

 

Chaudement recommandée par François Truffaut quand il a su qu'Hitchcock cherchait une jeune actrice française pour tenir le rôle de Michèle Picard, fille du héros, Claude Jade avait déjà tourné sous la houlette du réalisateur français qui croyait beaucoup en elle.
Agée de 20 ans lors du tournage, elle a séduit le Maître qui appréciait son côté "jeune fille naïve" et le fait qu'elle parle couramment anglais a sans doute également facilité les choses.
Elle fut très impressionnée par les moyens déployés pour le tournage, sans commune mesure avec ce qu'elle avait connu auparavant. Elle a découvert Hollywood avec émerveillement et a pu bénéficier de toutes les attentions dues à une vraie star, ce qui pour une jeune fille de son âge était un privilège exceptionnel.
Sa carrière naissante n'allait jamais vraiment décoller en raison notamment de son refus de s'engager avec Universal pour un contrat de longue durée juste après L'
Étau, ainsi que de son départ en Russie puis à Chypre pour suivre son époux. Ses relations ont été très cordiales avec Hitchcock qui appréciait sa fraîcheur.
Elle est malheureusement décédée trop tôt, à 58 ans, d'une cruelle maladie.
 
 
 
 
 
                                                                                            

 

 

 

Dany ROBIN [1927 - 1995] (Nicole Devereaux)

 

Epouse du héros mais aussi maîtresse de celui qu'il va démasquer, Dany Robin termine avec ce film sa carrière cinématographique à seulement 42 ans mais poursuivra une carrière théâtrale pendant encore 25 ans. Elle n'a jamais tenu de très grands rôles mais a, après les personnages d'ingénue de ses débuts et malgré sa discrétion et son physique "ordinaire", su interpréter avec justesse la femme française telle qu'on peut la croiser tous les jours. Elle a parallèlement joué dans nombre de pièces de théâtre.
Elle disparut de façon tragique à 68 ans avec son époux dans l'incendie de leur appartement parisien.

 

 

 

 

Michel SUBOR [né en 1935] (François Picard)

 

Là encore, il semble bien que si Michel Subor acteur peu connu, a été embauché par Hitchcock, on le doive sans doute à François Truffaut qui avait déjà fait appel à lui pour interpréter la voix off dans son film à succès Jules et Jim en 1962. Il campe le personnage du journaliste François Picard, époux de Michèle (Claude Jade) et donc gendre d'André Devereaux (Frederick Stafford) qu'il aidera dans sa mission consistant à démasquer les traîtres au gouvernement français. Il a un rôle plus développé que celui tenu par Claude Jade puisqu'il a notamment une longue scène en tête à tête avec Philippe Noiret dans laquelle il le déstabilise juste avant que celui-ci ne soit précipité dans le vide.
Michel Subor enchaîna juste après L'
Étau de nombreuses productions télévisées entrecoupées de quelques rôles pour le grand écran.

 

 

 

Roger TIL [1909 - 2002] (Jean Chabrier)

 

Roger Til tient le rôle d'un collaborateur des Services secrets français qui participe au déjeuner organisé dans un restaurant parisien afin d'établir le plan de bataille pour démanteler l'organisation Topaz. A chaque évocation de la présence d'un traître français, il menace de quitter la table, récusant une telle éventualité.

Assez peu vu en France, Roger Til a eu une carrière essentiellement américaine.

 

 

 

 

 

                                          L étau Piccoli Robin Hitchcock               L étau Hitchcock et Claude Jade

 

 

 

 

 

 

 

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3 mai 2007 4 03 /05 /mai /2007 15:13

 

Titre MacGuffin







Ne cherchez pas, même si la consonance peut vous y faire penser, le MacGuffin n'est pas le nom d'une marque de whisky écossais ou le patronyme d'un riche lord Anglais. Sous ce masque mystérieux se cache en fait un concept qui colle parfaitement au cinéma qu'affectionnait Alfred Hitchcock.
Son origine est attribuée de façon quasi certaine au scénariste et ami du réalisateur Angus MacPhail mais le pourquoi de cette dénomination est inconnu. On note toutefois une lointaine similitude avec son patronyme…
Lors de ses entretiens avec François Truffaut, Hitchcock est revenu sur ce fameux MacGuffin et y a rattaché une histoire souvent racontée par MacPhail : « Un homme monte dans un train et dépose une grosse cage dans le panier à bagages. Un voyageur s'en étonne et lui demande de quoi il s'agit. "C'est un piège pour capturer les lions dans les montagnes Adirondaques" lui répond l'homme. "Mais il n'y a pas de lions dans ces montagnes" rétorque le voyageur. "Alors ce n'est pas un MacGuffin !" précise l'homme »
Cela montre le côté futile et sans importance de cette chose.
Il faut toutefois noter que si le MacGuffin a peu d'intérêt pour le spectateur et peu de consistance en lui-même puisqu'on n'en sait jamais rien de façon détaillée, il est primordial pour le héros et est sa motivation principale. Par extension, dans certains films d'Hitchcock, le MacGuffin est le moteur de l'histoire, la raison pour laquelle le héros ordinaire se démène, se voit entraîné dans de folles aventures ou risque sa vie.


Voici dans le détail les "MacGuffin" les plus intéressants :





L'Homme qui en savait trop (1ère version)

The Man who knew too much (1934) : bien que les personnages, les lieux et même les motivations des malfaiteurs soient différents entre cette version et le remake de 1956, le MacGuffin est identique dans chacun des films. Dans cette première version, il s'agit d'une femme (Edna Best) mêlée malgré elle à un lourd secret soufflé à son oreille par un espion français (Pierre Fesnay) juste avant de mourir assassiné. Elle et son mari (Leslie Banks) finissent par apprendre qu'un diplomate étranger doit être abattu par une bande d'anarchistes au Royal Albert Hall de Londres. Afin de faire pression sur elle et de la forcer au silence, sa fille est victime d'un rapt perpétré par les mêmes bandits. Ils doivent donc mener l'enquête pour sauver leur fille et si possible le diplomate.

 LLoupee MacGuffin : le projet d'assassinat d'un diplomate dont on ne sait rien, pas même la nationalité…

34 L'homme qui en savait trop 1



Les 39 marches
The 39 steps (1935) : un homme (Robert Donat) est mêlé fortuitement à une sombre affaire de meurtre. Il tente par tous les moyens d'échapper à des poursuivants liés à une organisation secrète (appelée Les 39 marches) qui fait passer des secrets industriels.
L'originalité de ce film bourré d'aventures et précurseur de ce que sera La Mort aux trousses 25 ans plus tard est la manière dont les secrets sont détenus par les traîtres.
Ils utilisent les talents d'un artiste de music-hall, Mr Memory qui doué d'une mémoire prodigieuse, a appris par cœur la méthode permettant la fabrication d'un moteur d'avion.
Ce Mr Memory n'existe pas dans le roman de Buchan dont ce film est l'adaptation, c'est une trouvaille d'Hitchcock qui s'est inspiré d'un numéro qu'il avait lui-même vu jadis.
M. Memory est victime de sa conscience professionnelle puisque, interrogé par Robert Donat durant une représentation sur ce que sont "Les 39 marches", il ne peut s'empêcher de lui répondre et est de ce fait tué par ses complices présents dans la salle.

 
Loupe Le MacGuffin : une formule secrète dont tout le monde ignore tout.

35 Les 39 marches




Jeune et innocent
Young and innocent (1937)
: dans ce film, le MacGuffin n'est pas un secret mais un objet.
Un jeune homme (Derrick de Marney) est accusé d'avoir tué une femme en l'étranglant avec la ceinture de son imperméable qui a été retrouvée à côté du cadavre. Afin de prouver son innocence, il doit récupérer son imperméable et la ceinture qui lui ont été volés. Après pas mal de péripéties, il retrouve l'imper qui est maintenant la propriété d'un vagabond à qui le voleur (et véritable assassin) a fait cadeau. Hélas, la ceinture a disparu et pour cause, elle est en fait bien l'arme du crime. Grâce à une pochette d'allumettes du Grand Hôtel se trouvant dans une poche de l'imperméable, le meurtrier sera démasqué, il est batteur dans un groupe de musiciens qui jouent dans cet établissement et bien que grimé en Noir, il sera trahi par ses tics nerveux.

 
Loupe Le MacGuffin : une ceinture d'imperméable.

37 Jeune et innocent




Une Femme disparaît
The Lady vanishes (1938)
: une fois encore, la manière de faire transiter un secret est très originale et même on peut le dire, un peu loufoque…
Une jeune femme (Margaret Lockwood) fait la connaissance de Miss Froy (Dame May Whitty), une vieille dame passagère du même train qu'elle, mais cette dernière disparaît peu après. Lorsqu'elle se rend compte que tous les autres voyageurs, y compris ceux qui parlaient avec elle, nient la présence de cette femme à bord du train, elle comprend qu'il se passe quelque chose d'anormal. Après bien des péripéties et des retournements, on apprend que finalement cette vieille dame n'est autre qu'une espionne qui doit faire transiter un secret sous la forme d'une chanson codée !

 
Loupe Le MacGuffin : une chanson codée transcrivant un secret bien étrange.

38 Une femme disparait




Correspondant 17
Foreign correspondent (1940)
: envoyé en reportage en Europe afin de recueillir des informations sur l'éventualité du déclenchement de la guerre, le reporter Johnny Jones (Joel McCrea) est témoin de l'assassinat de Van Meer (Albert Basserman), diplomate hollandais pacifiste et influent. A la poursuite du criminel, il finit par découvrir qu'il s'agit d'un sosie et que le véritable Van Meer n'a pas été assassiné mais est séquestré par une bande de malfaiteurs qui le droguent et le torturent pour lui faire avouer le contenu d'une clause secrète liant deux pays. Dans ce jeu de dupes où les bons ne sont pas ceux que l'on croit, la vérité finira par se faire jour.

 
Loupe Le MacGuffin : la clause n°27 bien nébuleuse, unissant deux pays.

40 Correspondant 17




Les Enchaînés
Notorious (1946)
: légende ou réalité, Hitchcock a toujours prétendu qu'il a été surveillé par le F.B.I. durant le tournage des Enchaînés.
Il s'était en effet renseigné auprès d'un grand physicien américain, le Dr Millikan, lors de l'élaboration du scénario pour savoir comment fabriquer une bombe atomique en vue d'en faire l'un des sujets du film.
Dans Les Enchaînés, la fille (Ingrid Bergman) d'un ex-nazi suicidé dont elle veut racheter les fautes est contactée par un agent du contre espionnage (Cary Grant) pour infiltrer un groupe d'espions à la solde des nazis.
Pour ce faire, elle renoue le contact avec une vieille connaissance qui jadis lui faisait la cour (Claude Rains) qui se trouve être le chef des espions. Bien qu'amoureuse de Cary Grant, elle va jusqu'à se laisser épouser par son courtisan pour arriver à le confondre.
Alors qu'ils cherchent dans la cave de Rains des preuves d'un éventuel complot, ils trouvent caché dans une bouteille de Pommard renversée par maladresse, un minerai qui se révèlera être de l'uranium destiné à fabriquer une bombe atomique.
Bien qu'ayant essayé d'empoisonner son épouse une fois qu'il a découvert sa trahison, Rains et sa bande finiront par être démasqués.

 
Loupe Le MacGuffin : l'élaboration d'une bombe atomique par les nazis.

46 les enchainés




Le Crime était presque parfait
Dial M for murder (1954)
: L'ex joueur de tennis désargenté Tony Wendice (Ray Milland) veut se débarrasser de sa riche, belle mais infidèle épouse Margot (Grace Kelly). Pour ce faire, il use de chantage auprès d'une vieille connaissance en mal d'argent, Swann (Anthony Dawson) qui doit se charger du sale boulot en simulant un cambriolage au cours duquel la malheureuse épouse serait étranglée. Les choses ne se passent pas comme prévu et tel l'arroseur arrosé, l'assassin est assassiné par Margot qui était bien déterminée à vendre chèrement sa peau. Elle poignarde l'assaillant avec une paire de ciseaux. Wendice souhaitant malgré son échec faire condamner son épouse à la peine capitale, va tout faire pour que la légitime défense ne soit pas retenue. Une clé glissée sous le tapis de l'escalier pour permettre au malfaiteur de pénétrer dans l'appartement sans faire de bruit va finalement être le grain de sable qui va enrayer son piège diabolique et permettra de le confondre…

 
Loupe Le MacGuffin : la clé glissée sous le tapis et remise en place par le meurtrier.

54 Le crime était presque parfait




L'Homme qui en savait trop
(2ème version)
The Man who knew too much (1956)
  : comme on l'a vu lors de l'évocation de la première version du film, le MacGuffin a été conservé tel quel pour ce remake.
Les personnages sont différents, leur motivation également mais le but est toujours d'assassiner un diplomate étranger lors d'un concert donné à l'Albert Hall de Londres.
Cette fois Louis Bernard, l'espion poignardé est interprété par Daniel Gélin et il livre son secret à Ben MacKenna (James Stewart), médecin américain revenu visiter le Marrakech de sa jeunesse.
Le suspense est haletant et orchestré dans un crescendo très habile où l'humour, comme toujours avec Hitchcock, n'est pas absent.
La scène à l'Albert Hall a gagné en intensité dramatique par rapport à la première version et le dénouement est plus élaboré.

 
Loupe Le MacGuffin : le projet d'assassinat d'un diplomate étranger.

56 L'homme qui en savait trop 2




La Mort aux trousses
North by northwest (1959)
: avec ce film plein d'action et riche en rebondissements, Hitchcock reconnaissait lui-même avoir atteint le summum du vide en matière de MacGuffin. Il a en effet expliqué à Truffaut que toute l'intrigue et les péripéties qui en découlent reposent sur la profession de l'espion Vandamme (James Mason). Lorsque Roger Thornhill (Cary Grant) demande au responsable du contre-espionnage américain (Leo G. Carroll) la profession de Vandamme, ce dernier lui répond "il travaille dans l'import-export de secrets internationaux". Hitchcock a souligné le vide sidéral qui se cache derrière cette réponse. Même si on ne sait rien de la teneur de ces secrets, on sait malgré tout que Vandamme les détient dans des microfilms dissimulés dans une statue Incas qui est l'objet de toutes ses attentions.

 
Loupe Le MacGuffin : la statuette renfermant les microfilms bourrés de secrets.

59 La mort aux trousses





Psychose
Psycho (1960)
: le film est un tel classique référencé comme le summum de l'angoisse qu'on en oublie que son point de départ est un MacGuffin…
Marion Crane (Janet Leigh) est employée dans une société d'assurances. Un client remet à son patron une somme de 40 000 $ qui est ensuite confiée à Marion pour qu'elle aille la remettre à la banque. En chemin, elle imagine que cette manne inattendue et qui lui tend les bras serait le moyen le plus facile de la sortir de ses ennuis et de pouvoir s'enfuir avec celui qu'elle aime. Elle prend donc la fuite l'argent en poche, remplace sa voiture en route et se retrouve un peu par hasard dans un motel isolé et vide de clients.
Le patron des lieux, Norman Bates (Anthony Perkins), un jeune homme sympathique et solitaire vivant avec sa mère se confie à elle. Marion prend ensuite peu à peu conscience de la gravité de son geste et envisage de repartir dès le lendemain matin et de redonner l'argent. Le destin en décidera autrement…
L'enchaînement des événements qui suivent est tellement surprenant et angoissant que l'on perd vite tout intérêt pour l'enveloppe contenant l'argent que Marion a cachée dans un journal. C'est pourtant le point de départ de tous ses ennuis et à cause d'elle qu'elle s'est mise dans cette fâcheuse situation. L'enveloppe disparaîtra avec les affaires de Marion, afin de supprimer toute trace de son passage, sans que le meurtrier l'ait remarquée. Ce n'était de toute façon pas sa préoccupation ni le mobile de son crime.


 Loupe Le MacGuffin : l'enveloppe contenant les 40 000 $ dérobés par Marion à son employeur.

60 Psychose





Le Rideau déchiré
Torn curtain (1966)
: même si ce film comporte beaucoup de défauts et confirme après Pas de printemps pour Marnie (1964) le déclin d'Hitchcock, il n'en demeure pas moins qu'il recèle quelques scènes d'anthologie et son MacGuffin est très intéressant.
Un professeur américain, Mickael Armstrong (Paul Newman) se fait passer pour un traître passé à l'ennemi, en l'occurrence l'ex Allemagne de l'Est, afin de récolter des renseignements précieux sur la fabrication d'un missile.
Bien que souffrant d'un anticommunisme assez primaire, les péripéties du Professeur Armstrong ne manquent pas d'intérêt ni même de crédibilité. L'espionnage industriel est une réalité depuis toujours et en dépit d'un côté un brin caricatural, le film retrace avec intelligence les moyens mis en œuvre pour réussir à voler des renseignements qui n'ont pas de prix.

 
Loupe Le MacGuffin : une formule secrète tarabiscotée dont personne ne comprend rien.

66 Le rideau déchiré





Cette liste n'est pas exhaustive et il existe d'autres MacGuffin, parfois éphémères ou secondaires dans l'oeuvre d'Hitchcock, je vous laisse les découvrir par vous-même...





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2 mai 2007 3 02 /05 /mai /2007 16:40

     

  Titre les mères Hitchcock



 

Souvent possessive, autoritaire, jalouse, castratrice même, la mère est rarement présentée comme un personnage positif dans l'œuvre d'Hitchcock. Faut il y voir un ressentiment envers sa propre mère ? C'est peu probable et sans doute très loin de la vérité car il a toujours parlé de celle-ci en termes élogieux et lui a voué une certaine admiration même s'il a parfois sous-entendu des relations qui pouvaient être difficiles. Il faut y chercher plus certainement les difficultés qu'il a toujours rencontrées avec la gent féminine, complexé par son physique et tourmenté par ses fantasmes. S'il a toujours magnifié ses héroïnes, chaque mère représente sans doute une part plus ou moins sombre des relations difficiles qu'Hitchcock entretenait avec les femmes. On ne retrouve pas en effet de "pères" aussi tourmentés ou négatifs au long de ses films.

 

Voici le portrait des mères les plus significatives apparaissant dans l'oeuvre du réalisateur et abordées par date de sortie des films.

 

A noter que seules les mères du héros ou de l'héroïne ont retenu mon attention. Même si elles ont parfois un rôle fort (comme par exemple Doris Day dans  L'Homme qui en savait trop), les mères de jeune enfant qui sont donc également elles-mêmes l'héroïne ne sont pas évoquées.

 

 

 

 

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L'OMBRE D'UN DOUTE
(SHADOW OF A DOUBT - 1943)

 

PATRICIA COLLINGE (Emma Newton, la mère de Charlie)

Gentille fofolle, aveuglée et dépassée.
               

                                                         Patricia Collinge Ombre d un doute (1)    Teresa Wright Patricia Collinge L ombre d un doute

 

 

Assurément Emma Newton, la mère de Charlie l'héroïne, est l'une des plus adorables brossées par Hitchcock dans un de ses films. Faut-il y voir le fait que sa propre mère est tombée malade pendant la préparation et est décédée durant le tournage de L'Ombre d'un doute le 26/09/42 ? Cela paraît improbable puisque le scénario était écrit bien avant en revanche, il semble acquis que le fait de la prénommer Emma comme la mère du réalisateur est bien une façon de lui rendre hommage et en quelque sorte de l'immortaliser.
Délicieusement un peu dérangée, la gentillesse personnifiée et toujours souriante, Emma Newton semble ne pas avoir de défaut majeur et porte un amour attentif à ses enfants, son époux et plus que tout envers son jeune frère (également prénommé Charlie) venu échapper à la police qui le traque. Elle s'investit à fond pour sa petite famille et semble être dévouée corps et âme pour le bien de tous. Elle méconnaît le "mal" et ne voit pas les horribles travers de son frère qui est en fait un dangereux criminel qui tue sans remords de riches veuves. Ce ne sera pas elle qui sauvera sa fille des griffes du "diable" mais bien l'inverse, la jeune Charlie en découvrant la vraie personnalité de son oncle protégera sa mère qui n'aurait pas supporté une telle trahison.


Patricia Collinge en bref : actrice irlandaise née en 1892 et morte en 1974. Essentiellement actrice de théâtre ou de seconds rôles, elle participe là à son deuxième film et tient sans doute son rôle le plus intéressant.
Egalement écrivain, elle a écrit la scène se déroulant dans le garage et durant laquelle le jeune détective déclare son amour à l'héroïne.

 

 
 
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LES ENCHAÎNÉS
(NOTORIOUS - 1946)
  
LEOPOLDINE KONSTANTIN (Mme SEBASTIAN, la mère d'Alexander) 
 
Glaciale et castratrice.
 
                                                         Leopoldine Konstantin Les enchaines (1) Claude Rains Leopoldine Konstantin Les enchaines   
 
De toutes les mères autoritaires qui parsèment l'œuvre d'Hitchcock, il est indéniable que Mme Sebastian, dont le fils Alexander est un espion nazi dans Les Enchaînés, est la plus redoutable et la plus castratrice d'entre toutes.
Son regard glace le sang, rien ne peut lui arracher la moindre esquisse d'un sourire et elle développe instantanément une jalousie sans borne envers Alicia Hubermann qu'elle voit comme une rivale qui va lui voler son fils.
Elle manipule bel et bien Alexander qui n'ose s'opposer à elle, malgré son statut de chef d'un réseau nazi durant la seconde guerre mondiale, et pousse ce dernier à se débarrasser de celle qui est devenue son épouse une fois qu'ils ont découvert qu'elle était en fait un agent des Services secrets américains chargée d'infiltrer le réseau.
Faussement affable avec sa bru, elle ne cesse de l'épier du coin de l'œil et s'efforce finalement avec succès de convaincre son fils que sa trop belle épouse n'est pas celle qu'il croit, aveuglé par l'amour sans retenue qu'il lui porte.


Leopoldine Konstantin en bref : actrice tchèque née en 1886 et morte en 1965, elle a fui le nazisme et sa carrière d'actrice pour trouver refuge aux Etats-Unis où elle mène tant bien que mal sa carrière. Les Enchaînés est son dernier film pour le cinéma, elle a tourné ensuite dans quelques épisodes de séries TV.
 
 
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L'INCONNU DU NORD-EXPRESS

(STRANGERS ON A TRAIN - 1951)
 
MARION LORNE (Mme ANTHONY, la mère de Bruno)
 

Dérangée et insouciante.

 
                                                                                           Marion Lorne L inconnu du Nord Express (1)     Robert Walker Marion Lorne L inconnu du Nord Express
 
Qui de Bruno Anthony ou de sa mère est le plus fou des deux ? Difficile de répondre... Le fils est, certes, beaucoup plus dangereux mais la mère est incontestablement tout autant dérangée.
Mère poule envers son fils qu’elle ne veut pas laisser grandir, elle lui pardonne tout et le soutient malgré l’opposition de son époux qui le considère à juste titre comme un bon-à-rien.
Elle va jusqu’à minimiser tous ses actes et le croit incapable de nuire à quiconque préférant répondre d’un rire insouciant aux propos de la fiancée de Guy Haynes venue lui faire part des intentions meurtrières de son fils Bruno.
Elle s’adonne par ailleurs à la peinture avec un succès et un talent très relatifs…


Marion Lorne en bref : actrice américaine née en 1883 et morte en 1968, elle a connu le succès au théâtre et n'a participé qu'à 3 films de cinéma. Elle restera à jamais l'inénarrable tante Clara de la série américaine Ma Sorcière bien aimée. Ses pouvoirs surnaturels légèrement défaillants sont cause de bien des tracas. 
 
 
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LA MAIN AU COLLET
(TO CATCH A THIEF - 1955) 
   
JESSIE ROYCE LANDIS (Jessie Stevens, la mère de Frances)

 

Veuve joyeuse et clairvoyante.
 
                                                                     Jessie Royce Landis La main au collet (1)   Grace Kelly Jessie Royce Landis La main au collet
 
                                                                       
Légèrement alcoolique et désoeuvrée, cette riche veuve mène la grande vie aux côtés de sa superbe fille Frances (Francine dans la version française) incarnée par Grace Kelly. Lorsqu'un ancien cambrioleur (Cary Grant) recherché par la police qui le soupçonne d'être l'auteur de nombreux vols perpétrés dans les palaces de la Côte d'Azur surgit dans leur vie, elle se rend compte avant sa fille que ce dernier ne s'intéresse pas à ses bijoux mais cherche au contraire à confondre le malfaiteur. Faussement idiote et désinvolte elle comprend bien vite qu'elle a tout à gagner à laisser agir celui que la police surnomme "le Chat" : elle récupérera ses bijoux finalement volés et trouvera un gendre à la mesure de sa fille. Manifestement celle-ci aura du mal à vivre loin de sa mère puisque lorsqu'elle découvre la superbe villa de son fiancé, elle s'empresse de lui dire que sa mère va l'adorer…
Jessie Royce Landis joue aux côtés de Cary Grant qu'elle retrouvera en 1959 pour incarner cette fois sa mère dans La Mort aux trousses. Contrairement à ce second film, elle est  crédible, étant âgée de 25 ans de plus que celle qui joue sa fille.

 
 
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LA MORT AUX TROUSSES
(NORTH BY NORTHWEST - 1959) 
   
JESSIE ROYCE LANDIS (Clara Thornhill, la mère de Roger)

 

Couveuse.
 
                                                                   Jessie Royce Landis La mort aux trousses (1)    Cary Grant Jessie Royce Landis La mort aux trousses                                                                                                  
Pour sa 2ème collaboration avec Hitchcock, Jessie Royce Landis tient le rôle de la mère de Roger Thornhill (Cary Grant) qui suite à un concours de circonstances est pris pour un autre par une organisation qui cherche de ce fait à l'éliminer.
Mère poule écervelée et ne prenant jamais son fils au sérieux lorsqu'il lui raconte qu'on a voulu le tuer, elle pousse même la gaffe jusqu'à demander directement aux malfrats qu'elle rencontre dans un ascenseur bondé s'ils voulaient vraiment faire du mal à son fils.
Bien que son rôle soit peu développé, elle sait malgré tout s'y montrer convaincante et pleine d'humour.
 
Jessie Royce Landis en bref : actrice américaine, né en 1904 et morte en 1972, la plus grande partie de sa carrière se déroulera au théâtre. Elle incarnera également la mère de Grace Kelly dans son film suivant Le Cygne de Charles Vidor en 1956.
 
projecteur3  Voir également dans Friand'Hitch l'anecdote "Connaissez-vous ma (très jeune) mère ?"
 
 
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PSYCHOSE
(PSYCHO - 1960) 
 
UN MANNEQUIN (Mme BATES, la mère de Norman)

 

Empaillée.
 
                                                                    Mère Psychose (1)    Anthony Perkins et sa mère Psychose
 
La mère la plus présente dans tous les films d'Hitchcock et aussi celle qu'on ne voit jamais, ou très peu et pour cause, elle est morte depuis de nombreuses années !
Elle vit au travers de son fils Norman Bates investit d'une double personnalité.
Doux et innocent jeune homme lorsqu'il est lui-même, il devient un dangereux meurtrier lorsque sa mère prend son pouvoir et qu'il se métamorphose sous ses traits.
Il est complètement sous son emprise, son esprit dérangé l'innocentant complètement de ses crimes, il est convaincu que c'est sa mère qui les a perpétrés et il fait son possible pour les dissimuler, notamment en nettoyant les lieux et en faisant disparaître les preuves.
Le génie d'Hitchcock a consisté à faire croire durant la production, qui s'est déroulée dans le plus grand secret, que le rôle d'une "madame Bates" existait bel et bien. Son cadavre momifié qu'on ne découvre qu'en toute fin du film n'est en fait que sa seule représentation.


 
 
 
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LES OISEAUX
(THE BIRDS - 1963) 
   
JESSICA TANDY (Mme BRENNER, la mère de Mitch)

 

Jalouse et possessive.
 
                                                                    Jessica Tandy Les oiseaux (1)    Rod Taylor et Jessica Tandy Les oiseaux (2b) [%P]  
 
 
Qui est donc cette jeune femme trop belle et trop sophistiquée (Tippi Hedren) qui débarque un beau jour à Bodega Bay ? Mme Brenner la voit d'un sale œil, convaincue qu'elle va lui "voler" son fils (tout de même largement trentenaire) qu'elle couve en mère possessive.
Il est vrai que ce dernier ne semble pas insensible à la belle mais sa mère la juge immédiatement sévèrement d'un regard froid et noir. Elle ne supporte pas l'idée qu'étant déjà veuve, son fils par ailleurs assez peu indépendant bien qu'avocat puisse lui échapper totalement.
Semblant, comme tout le village, rendre Melanie Daniels responsable de tous les malheurs qui s'abattent sur cette paisible région, elle finit au gré des événements par découvrir qui elle est vraiment et apprécie son dévouement et l'attention qu'elle porte à sa jeune fille puis à elle-même.
L'interprétation de Jessica Tandy est particulièrement réussie, elle montre parfaitement la distance puis l'affection que lui provoque Melanie, et elle va de ce fait desserrer peu à peu l'étau dans lequel elle avait enfermé son fils. On a du mal à imaginer sa réelle beauté sous son visage grave et glacial tant elle est métamorphosée pour tenir ce rôle.


Jessica Tandy en bref : actrice anglaise, née en 1909 et morte en 1994. Elle a surtout consacré sa carrière au théâtre où elle a interprété de très grands rôles. Elle a été l'épouse de Hume Cronyn, acteur dans 3 films et collaborateur d'Hitchcock. 
 
 
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PAS DE PRINTEMPS POUR MARNIE
(MARNIE - 1964)
 
 LOUISE LATHAM  (Mme EDGAR, la mère de Marnie)
 
Traumatisée et sacrifiée.
 
 
                                                                 Louise Latham Marnie (1)    Tippy Hedren et Louise Latham Marnie
 
On ne sait vraiment qu'en toute fin du film pourquoi Marnie a des rapports si conflictuels avec sa mère et par voie de conséquence avec les hommes.
Sans révéler l'intrigue, on apprend que sa mère sous ses dehors si peu affectifs vouait à sa fille un amour intense au point d'avoir sacrifié sa vie pour la protéger. Elle finira d'ailleurs par lui avouer "qu'elle est la seule personne qu'elle ait jamais aimée".
Froide et distante, rien ne peut lui arracher un sourire mais on apprendra que sa vie n'a pas été rose, loin de là. Si sa fille a été en partie responsable de cette vie difficile, elle ne lui en tient pas rigueur et la scène finale laisse augurer des retrouvailles pleines d'amour.


Louise Latham en bref : actrice américaine née en 1922, elle n'a pratiquement joué que dans des téléfilms. Malgré les apparences, elle n'était âgée que de 8 ans de plus que Tippi Hedren dont elle interprète la mère.
 
 
 
 
 
            
 

 

 
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2 mai 2007 3 02 /05 /mai /2007 15:23

 

  
Préambule méchants 2




PREAMBULE


"Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film". Ce sont ces mots, prononcés par Alfred Hitchcock lui-même lors des entretiens qu'il accorda à François Truffaut en 1962, qui m'ont donné envie d'explorer un peu plus profondément ces personnages essentiels et omniprésents tout au long de son œuvre.
Il a prononcé cette fameuse phrase alors qu'il évoquait son film Le Grand alibi et qu'il déplorait le manque de consistance du personnage de Jonathan Cooper interprété par Richard Todd ce qui nuisait gravement à la qualité du suspense et donc du film tout entier.
 
Comme on pourra le voir, cette remarque n'était pas sans fondement et dans bien des films on peut constater que ce principe se vérifie. Dans pratiquement tous les films du Maître en effet, une place de choix est réservée au "vilain". Peu importe en vérité qu'il soit le personnage central de l'intrigue, son rôle n'en est pas moins prépondérant, incontournable et essentiel à l'histoire.
 
Tantôt distingué, tantôt inquiétant, souvent les deux mélangés, il n'est jamais vulgaire et ne se livre lui-même dans pratiquement aucun film, à des agissements ostensiblement répréhensibles. Il est souvent secondé pour ce faire par des hommes de main chargés des basses besognes et arbore quant à lui une respectabilité sans faille. C'est là toute la force et l'intérêt de ce personnage.


Note : le résumé des films est volontairement succinct, il ne s'agit pas d'analyses critiques, de nombreux très bons livres existant sur le sujet. Il est juste destiné à placer les méchants dans le contexte et à comprendre leurs motivations.
Enfin, il faut préciser qu'à l'époque où Hitchcock réalisait ses films et notamment des débuts du 7ème art et jusqu'aux années 70, la violence n'était pas montrée au cinéma comme elle l'est aujourd'hui, les techniques quant à elles, bien que le Maître a toujours su les exploiter au maximum, étaient bien moins développées. Enfin, il a toujours dû composer avec la censure, le terrible "code Hays" (du nom du sénateur qui l'a initié), en vigueur de 1930 à 1966 et qui bridait considérablement la création.

Les films sont présentés par ordre chronologique.

 
 
 
 
 
 
 
Les films de la période anglaise (1927-1939)

Drapeau GB PM
 
1) Les films muets
 
Lodger.jpg
LES CHEVEUX D'OR

(THE LODGER - 1927)



IVOR NOVELLO
Premier rendez-vous manqué.


1927-Ivor-Novello2.jpgQui est ce fameux "Vengeur" qui chaque mardi soir assassine une femme blonde dans les rues de Londres, au point de créer une véritable psychose dans la population ? 
Le personnage du locataire joué par Ivor Novello et qui, par un soir sombre, vient prendre ses quartiers dans une chambre louée par Mme Bunting y ressemble en tous points. Mystérieux à souhaits, inquiétant par bien des aspects, son nom n'est jamais cité dans le film mais tout contribue à le présenter comme LE coupable.
Il se montre volontiers agressif et, comble du mystère, sort chaque mardi soir.
La fille de la maison finit malgré tout par tomber sous le charme et il se révélera finalement innocent en toute fin du film, lorsque sur le point d'être lynché par la foule, le véritable assassin sera arrêté. Le Locataire voulait en fait venger sa sœur, elle-même victime du tueur.
Hitchcock a toujours regretté de ne pouvoir, en raison de l'immense notoriété de son acteur principal, suggérer sinon sa culpabilité du moins laisser le doute dans l'esprit du spectateur.
Il aurait voulu laisser partir le locataire dans la nuit, emportant avec lui son mystère et peut-être son secret. Il a dû, contraint et forcé par les producteurs, renoncer à son idée, une grande vedette ne pouvant à cette époque jouer un rôle négatif et encore moins un meurtrier.
Le jeu d'acteur de Novello est typique de ce qu'était le cinéma au temps du muet, s'il nous paraît suranné aujourd'hui, il faut savoir que l'absence de dialogue était compensée par des attitudes et des mimiques exagérées afin de refléter au mieux les sentiments des personnages.
Malgré les souhaits du réalisateur, Ivor Novello ne sera pas le premier méchant d'un film d'Hitchcock.
En fait, aucun film muet ne comportera de méchant significatif.

Ivor Novello en bref : acteur anglais né en 1893 et mort en 1951, il jouera dans 2 films, The Lodger étant suivi l'année d'après par Downhill, film dans lequel il tient également le rôle principal. Très grande vedette de l'époque du muet, il a mis un terme à sa carrière en 1934. Dans la vie, Novello était un homme très efféminé, homosexuel assumé, ce qui n'était pas sans intriguer mais aussi fasciner l'inexpérimenté Alfred Hitchcock à qui les choses du sexe étaient encore étrangères comme il l'a lui-même reconnu.





2) Les films parlants


 
 
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 CHANTAGE

(BLACKMAIL - 1929)



CYRIL RITCHARD et DONALD CALTHROP
Profondément immoral.


Premier film parlant du jeune Hitchcock, tourné tout d'abord sous forme muette avant que de nouvelles scènes ne soient retournées avec le son, 1929-Chantage-Calthrop-Ritchard-.jpgChantage est le premier film anglais entièrement sonore.
Cette histoire comporte non pas un, mais deux méchants, n'ayant aucun lien entre eux. Ils poursuivent chacun un but bien différent mais leurs destins se mêlent au cœur de l'intrigue.
Alice White (Anny Ondra) se dispute avec son fiancé Frank (John Longden) qui est policier, et fait la rencontre d'un artiste peintre (Cyril Ritchard) qu'elle accepte de suivre dans son atelier. Très vite l'homme se montre très pressant et tente de la violer. Pour lui échapper, Alice se saisit d'un couteau qu'elle trouve à portée de sa main et le plante dans le dos de son agresseur qui meurt sur le coup.
La jeune femme s'enfuit en oubliant un de ses gants sur les lieux du forfait.
Frank Weber, son fiancé est chargé de l'enquête. Il découvre bientôt le gant sur place et le dissimule subrepticement à l'insu de ses collègues, ayant reconnu l'accessoire comme étant celui de son amie.
Un maître chanteur, Tracy (Donald Calthrop), a vu Alice s'enfuir et ramasse le deuxième gant qu'elle a perdu dans sa course. Espérant obtenir rémunération contre son silence, celui-ci se trouve bien vite en position d'accusé, Weber lui faisant comprendre que tout l'accable.
Cherchant à échapper à la police lancée à ses trousses, Tracy meurt en tombant au travers du toit du British Museum, emportant avec lui la vérité que personne d'autre que les deux amoureux ne connaîtra jamais.
Alice veut avouer mais finit par se taire, laissant son meurtre impuni.
Il peut paraître choquant que Frank Weber, policier investi de responsabilités ait permis que ce meurtre perpétré par celle qu'il aime, demeure impuni, privilégiant son amour plutôt que son devoir.
Les deux acteurs interprétant les rôles de méchants ne se connaissent pas dans l'intrigue puisque Tracy (Calthrop) profite de l'opportunité qui lui est offerte par le meurtre de Ritchard. Leur prestation est honnête, le peintre se montrant tour à tour sympathique puis trop entreprenant et le maître chanteur volontiers cynique, a parfois tendance à surjouer son côté mauvais garçon, multipliant les mimiques patibulaires. Il s'enfuira de peur d'être arrêté pour un meurtre qu'il n'a pas commis.
Nul doute que les débuts du parlant, qui allait révolutionner les techniques et le jeu des acteurs, sont pour beaucoup dans ces atermoiements, les comédiens hésitant encore sur la façon de paraître vrai.
La morale est loin de l'emporter dans ce film, alors qu'une première version du scénario voyait Alice punie de son crime, Hitchcock a-t-il voulu lui-même qu'il en soit ainsi ?

Cyrilf  Ritchard en bref : acteur anglais né en 1897 et mort en 1977, Ritchard, l'artiste peintre, n'a pas eu l'occasion de jouer dans un autre film d'Hitchcock. Il interprète lui-même le morceau au piano (Miss Up-To-Date), censé séduire Anny Ondra et la faire succomber à ses charmes. Sa carrière cinématographique fut surtout composée de rôles dans des films de télévision.

Donald Calthrop en bref : acteur anglais né en 1888 et mort en 1940, celui qui interprète ici Tracy, le maître chanteur commence avec ce film une collaboration avec Hitchcock qui comprendra quatre films (Chantage, Meurtre, Junon et le paon, et Numéro 17), bien qu'il ne fût pas crédité au générique pour son rôle dans Junon et le paon.
 



 
 


 
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 MEURTRE

(MURDER ! - 1930)


ESME PERCY
Audacieux mais pas trop.


1930-Meurtre-Percy2.jpgUn des seuls "whodunit" (textuellement "qui l'a fait", autrement dit film à énigme) de la carrière d'Hitchcock, Meurtre raconte l'histoire d'une actrice Nora Baring (Diana Baring) accusée d'un crime qu'elle n'a pas commis, en l'occurrence celui de sa meilleure amie, et pour ce geste se trouve condamnée à mort. 
Un membre du jury qui a débattu lors du procès, Sir John Menier (Herbert Marshall), également acteur, pris de remords après avoir suivi la majorité lors des délibérations, décide de reprendre l'enquête.
Il finit par prouver l'innocence de la jeune femme et à découvrir le véritable assassin qui n'est autre que le propre petit ami de celle-ci Handell Fane (Esme Percy).
Celui-ci a accompli son geste afin d'empêcher la victime de dévoiler son secret à celle qu'il aime : à savoir qu'il est né de sang mêlé, en clair qu'il est métis et pense que sa bien aimée l'ignore.
Plus que ce fait, il faut décrypter le message et comprendre en voyant les manières outrageusement précieuses de Fane qu'il est en fait homosexuel, sans doute refoulé. Son numéro de trapéziste travesti dans les scènes finales ne laisse cependant que peu de doute.
Les bonnes mœurs de l'époque interdisaient bien évidemment de parler ouvertement de l'homosexualité, et plus encore au cinéma. L'attirance de Fane pour les hommes n'est donc que suggérée et dissimulée sous un prétexte fallacieux. On peut toutefois penser que ce trait du personnage a attiré Hitchcock qui comme on l'a déjà vu avait un rapport torturé avec la sexualité et ce qui au début du XXe siècle était considéré comme une déviance coupable.
On peut regretter qu'Esme Percy ait caricaturé de façon exagérée les gestes et manières de son personnage, en faisant une "précieuse" à la limite du grotesque mais il faut y voir là, sans doute, le souhait de faire comprendre au spectateur, sans jamais l'évoquer par le mot, la réelle motivation de son crime. Les débuts du parlant font encore hésiter les acteurs sur leur manière de jouer, les mots n'ont pas encore totalement pris le pas sur les gestes.

Esme Percy en bref : acteur anglais né en 1887 et mort en 1957, Meurtre constitue le premier film au cinéma pour cet acteur de théâtre. Il a été l'élève de Sarah Bernhardt et a interprété de nombreux rôles du répertoire classique. Il n'aura pas d'autre occasion de jouer pour Hitchcock.

Il convient de noter que la même année Hitchcock a tourné une version allemande de ce même film, sous le titre Mary. Il s'agit du même scénario et des mêmes décors mais le film a été tourné avec des acteurs allemands, le rôle de Fane étant joué par Ekkehard Arendt.
 






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L'HOMME QUI EN SAVAIT TROP (1ère version)
 

(THE MAN WHO KNEW TOO MUCH - 1934)



PETER LORRE
Défiguré et inquiétant.


Signalons en préambule, si besoin, que ce film fera l'objet d'un remake par1934-Homme-Lorre.jpg Hitchcock lui-même et sous le même titre en 1956.
Excellente histoire d'espionnage où l'action et le suspense se mêlent pour faire vibrer le spectateur, ce film connaîtra un grand succès et vaudra à son réalisateur la reconnaissance après laquelle il courait depuis ses débuts. C'est sans aucun doute jusqu'alors le film où il a donné le plus de lui-même. 
Un couple de touristes britanniques en vacances à Saint-Moritz en Suisse, assiste au meurtre d'un Français Louis Bernard (Pierre Fresnay). Ce dernier a toutefois, avant de mourir, le temps de leur révéler un mystérieux secret qu'ils devront s'efforcer de découvrir afin de permettre la libération de leur petite fille enlevée par les espions qui ont choisi ce moyen de pression afin d'obtenir leur silence.
En fait, un diplomate étranger doit être assassiné durant un concert donné au Royal Albert Hall à Londres. Avant la scène finale mémorable, nombre de péripéties viendront ponctuer ce formidable thriller dont Hitchcock dira à Truffaut qu'il était l'œuvre d'un bon amateur alors que le remake de 1956 sera celle d'un professionnel. Si l'histoire est sensiblement la même, de nombreux points et surtout des moyens financiers peu communs rendent les 2 films assez différents, chacun ayant malgré tout un charme bien à lui.
Le principal méchant de cette première version, Peter Lorre dans le rôle de Abbott le chef des bandits, est très convaincant et donne vraiment le sentiment d'être prêt à tout, se montrant volontiers tyrannique même avec les siens.
Il campe un personnage particulièrement antipathique et répugnant, son visage étant barré par une immense cicatrice qui le rend effrayant. Il laisse malgré tout apparaître quelques failles le rendant humain, notamment lors de la mort de sa complice pendant la fusillade finale.
C'est sans aucun doute le méchant le mieux réussi car le plus inquiétant jusqu'à présent dans toute l'œuvre d'Hitchcock.
Frank Vosper qui joue Ramon, n'est que son bras armé, chargé d'abattre le diplomate. Le rôle est moins étoffé.
Le chassé croisé entre le couple d'Anglais et la bande de méchants est très intéressant puisqu'ils sont amis au début du film, Jill Lawrence (Edna Best) l'épouse se livrant à une compétition de tir au pigeon avec Ramon (Frank Vosper), le tireur d'élite.
L'ironie du film veut que bien que battue par celui-ci elle tienne sa revanche de façon éclatante en toute fin du film puisque c'est elle qui, non seulement l'empêche de perpétrer son crime, mais l'abat d'une balle de fusil alors qu'il tente de s'enfuir avec la fillette comme bouclier humain.

Peter Lorre en bref : acteur autrichien né en 1904 et mort en 1964, Lorre, exilé dès la montée du nazisme, a été l'inoubliable tueur d'enfants de M. le Maudit de Fritz Lang en 1931 avant de jouer à nouveau un personnage très négatif dans le film d'Hitchcock. Sa prestation très remarquée, en tant qu'ennemi public n°1 comme l'indiquait l'affiche du film, a fait l'unanimité et est pour beaucoup dans la réussite du film.
Il s'est marié durant le tournage et si l'on en croit Hitchcock, le planning étant serré, il n'aurait pas eu le temps de se démaquiller après la journée de prises de vue et aurait même convolé avec sa fausse cicatrice sur le visage.
Lorre aura l'occasion de tourner une seconde fois pour le réalisateur en 1936 dans Quatre de l'espionnage. Il tiendra alors un rôle sympathique, à l'opposé de celui-ci.
 




 
 
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LES 39 MARCHES

(THE 39 STEPS - 1935)



GODFREY TEARLE
Mon petit doigt m'a dit...


1935-39Marches-Tearle.jpgFormidable thriller au travers de l'Angleterre, ce film préfigure merveilleusement ce que sera le chef-d'œuvre américain La Mort aux trousses.
Bien que les moyens, techniques et financiers du réalisateur maintenant confirmé soient moindres, les idées foisonnent et l'efficacité du film reste intacte encore de nos jours.
Il s'agit déjà de l'éternelle histoire de l'innocent accusé à tort d'un crime qu'il n'a pas commis et qui devra, à travers un périple semé d'embûches, résoudre l'énigme lui valant d'être poursuivi et trouver le vrai coupable.
La distribution de ce film est éblouissante, y compris pour ce qui concerne le méchant, en la personne de Godfrey Tearle, qui interprète le rôle du professeur Jordan, notable respecté et au-dessus de tout soupçon.
La scène où il rencontre le héros est particulièrement réussie, Richard Hannay (Robert Donat), recherchant un homme avec l'auriculaire gauche coupé, le professeur levant l'autre main dont le petit doigt est amputé d'une phalange, lui demande : "ne serait-ce pas plutôt la droite ?"
La scène est ponctuée par un coup de revolver de Jordan sur Hannay qui ne devra la vie qu'à une bible se trouvant dans la poche du manteau volé à un fermier rencontré lors de sa fuite.
Elégant et raffiné en notable, meilleur ami du chef de la police, Godfrey Tearle est très convaincant. Il incarne le responsable d'une organisation secrète, les fameuses "39 marches" et n'hésite pas à la fin du film à abattre son complice M. Memory qui permet, grâce à sa mémoire phénoménale, de faire passer à l'ennemi, des secrets technologiques. Sa façon d'être en public et lorsqu'il se trouve seul avec Hannay est sensiblement différente et montre bien les deux aspects de son personnage.

Godfrey Tearle en bref : acteur américain, né en 1884 et mort à Londres en 1953, Tearle interprète ici un méchant comme les aimait Hitchcock : élégant, insoupçonnable, bien établi, il est le premier d'une longue lignée car ce type de rôle sera repris dans de nombreux films.
On n'aura toutefois pas l'occasion de le voir dirigé une seconde fois par le Maître.
 
 





 
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QUATRE DE L'ESPIONNAGE

(SECRET AGENT - 1936)




ROBERT YOUNG
A trois contre un.


Contrairement à L'Homme qui en savait trop, Peter Lorre incarne ici un espion1936-Quatre-Young.jpg sympathique et coureur de jupon, surnommé le Général, mais on peut regretter qu'il force un peu le trait. Il est le comparse d'Ashenden (John Gieglud) et d'Elsa (Madeleine Caroll) qui joue sa fausse épouse.
Le rôle du méchant, Marvin, est tenu par Robert Young qui interprète ici un espion allemand, recherché par les trois autres. L'action se situe pendant la première guerre mondiale.
Elsa finit par tomber sous le charme de l'espion et à le suivre, avant que ses amis la retrouvent dans un train alors qu'elle partait en territoire ennemi. Bombardé par l'aviation anglaise, le train déraille et Marvin blessé parvient, avant de mourir, à abattre le Général.
Séducteur et toujours tiré à quatre épingles, Robert Young incarne un espion très vraisemblable et qui, sous ses airs de gentleman, n'hésite pas à tuer pour arriver à ses fins. Il épargnera toutefois Elsa alors qu'un revolver à la main il découvre qu'elle est une espionne.
Une première fin voyait, au contraire, le Général abattre Marvin mais elle a, semble-t-il été refusée par la censure.

Robert Young en bref : acteur américain, né en 1907 et mort en 1998, ce sera sa seule apparition dans un film d'Hitchcock. Il est employé à contre-emploi puisqu'il jouait principalement dans des comédies jusque là.
 
 
 
 
 
 




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AGENT SECRET

(SABOTAGE - 1936)



OSCAR HOMOLKA
La morale à nouveau bafouée.


1936-Agent-secret-Homolka3.jpgDès les premières images, le personnage de Verloc (Oscar Homolka) est campé : il fait partie d'une bande de bandits qui procèdent à des sabotages au cœur de Londres.
Le cinéma dont il est l'exploitant avec sa femme Sylvia (Sylvia Sydney), qui par ailleurs élève son petit frère Stevie (Desmond Tester), n'est qu'une couverture.
La police le surveille de près, par l'intermédiaire d'un agent secret Ted (John Loder), se faisant passer pour un marchand de fruits et légumes de la boutique voisine. Celui-ci ne tarde pas à éprouver des sentiments pour la charmante Mme Verloc.
Le film atteint son apogée dramatique lorsque Verloc confie au jeune Stevie un colis dans lequel se cache une bombe afin qu'il la remette à un complice pour faire sauter Picadilly. Le gamin traînant en route, la bombe finira par exploser dans un bus avant qu'il n'arrive à destination. Bien qu'il n'ait pas souhaité sa mort, le saboteur n'en sera pas excessivement peiné mais lorsque son épouse se rend compte de sa responsabilité, elle venge son jeune frère en poignardant de sang froid son mari dans une scène fameuse.
Le cinéma étant la proie d'une explosion avant la découverte du crime, du fait d'un complice de Verloc se sachant recherché, le forfait restera impuni avec la bénédiction du policier mis dans la confidence et approuvant cette dissimulation.
Oscar Homolka joue ici un méchant au double visage, gentil et même attentionné avec Stevie, ainsi qu'avec son épouse qui ignore tout de ses agissements, et froid et décidé dans son rôle de saboteur, même s'il répugne à tuer, il suit les consignes qui lui sont données sans trop de protestations. La mort accidentelle de son jeune beau-frère, dont il est directement responsable, l'ébranle à peine et il tente de minimiser les faits auprès de son épouse. Son rôle est très développé et bien plus intéressant que celui du fade policier.

Oscar Homolka en bref : acteur autrichien, né en 1898 et mort en 1978, Agent secret lui vaut un de ses plus grands rôles, il ne tournera que ce film avec Hitchcock.








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JEUNE ET INNOCENT

(YOUNG AND INNOCENT - 1937)



GEORGE CURZON
Le batteur bat de l'œil.


 Film léger, basé une nouvelle fois sur le thème de l'innocent accusé à tort, Jeune et innocent raconte l'histoire d'un jeune homme Robert Tsidall (Derrick 1937-Jeune-Curzon.jpgde Marney) poursuivi pour le meurtre d'une de ses amies, actrice. Il est bien entendu étranger à ce forfait et recherche, en compagnie d'une jeune fille d'abord contrainte puis rapidement éprise, Erica (Nova Pilbeam), le vrai meurtrier, aidé en cela par le vieux Will (Edward Rigby). Ce dernier a en effet reçu en cadeau, de la part d'un inconnu affublé de tics nerveux, un imperméable appartenant à Robert mais auquel il manque la ceinture ayant servi à étrangler la jeune femme.
Tout le film sera prétexte à retrouver cet homme, ce qui n'interviendra qu'en toute fin de film, lorsqu'il craquera nerveusement dans une scène d'anthologie.
Le criminel, qui était en fait Guy (George Curzon) le mari de la victime, n'apparaît qu'au tout début du film, dans une scène de ménage où il se fait gifler par son épouse après une dispute et à la fin lorsqu'il est découvert, trahi par son clignement d'yeux alors qu'il est batteur, grimé en Noir, dans un orchestre de bal.
Son rôle repose essentiellement sur ses grimaces faciales, le fait qu'il soit secoué de tics nerveux étant l'élément qui permet de l'identifier. Le personnage est finalement assez peu développé mais l'idée consistant à le grimer en Noir comme cela se faisait beaucoup à l'époque permet d'entretenir le suspense car il est méconnaissable, seul son tic nerveux le trahira.

George Curzon en bref : acteur anglais, né en 1898 et mort en 1976, il était déjà apparu dans L'Homme qui en savait trop, en 1934 et le sera à nouveau dans La Taverne de la Jamaïque en 1939. Il a, à chaque fois, tenu un rôle assez mineur, celui du meurtrier dans Jeune et innocent étant le plus consistant.
 
 
 
 
 
   
 
 
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UNE FEMME DISPARAÎT
 
(THE LADY VANISHES - 1938)



 
PAUL LUKAS
Un médecin peu recommandable.


1938-Femme-disparait-Lukas.jpgCe qui restera comme l'un des plus grand succès d'Hitchcock et même du cinéma britannique, est un film enthousiasmant et particulièrement réussi où se mêlent espionnage, dissimulations, humour et légèreté.
L'histoire se passe dans un train dans lequel une vieille femme Miss Froy (Dame May Whitty) disparaît après que la jeune femme qui voyageait avec elle et avait sympathisé (Iris interprétée par Margaret Lockwood) se fût endormie.
Toute l'intrigue repose sur le fait que l'ensemble des passagers du train semble nier la présence de la vieille dame et essait de faire passer Iris pour folle.
Seul un jeune homme, Gilbert (Michael Redgrave) parvient à être convaincu de l'existence de Miss Froy et aide la demoiselle à la rechercher.
Après plusieurs péripéties, la vieille dame, qui est en fait une espionne chargée de véhiculer un secret sous la forme d'une mélodie chantonnée, est retrouvée. Elle était dissimulée sous des bandelettes, un médecin douteux, le Dr Hartz (Paul Lukas) se servant de ce stratagème pour la cacher et faire croire qu'il accompagnait une malade.
Le personnage du Dr Hartz est assez intéressant puisqu'en fait il se sert de sa position sociale pour faire croire qu'il transporte une malade gravement blessée sans éveiller le moindre soupçon. Il arbore évidemment une respectabilité sans faille et est secondé dans sa tâche par une fausse religieuse qui sera à l'origine de sa découverte puisqu'elle portait des talons hauts, ce qui ne va guère avec sa tenue. Ce détail mettra la puce à l'oreille aux deux jeunes gens et la fausse religieuse qui se ralliera à eux subira la vengeance du médecin.
Ce dernier voyant que Miss Froy lui a échappé organise une embuscade qui débouche sur une fusillade en règle mais tout finira bien pour les deux tourtereaux et pour la vieille dame.
On peut également citer, parmi les "méchants secondaires", le rôle de l'illusionniste Doppo (Philip Leaver), complice du Dr Hartz, qui partageait le compartiment de Miss Froy et dont le numéro de magie s'intitule "La femme qui disparaît". La scène durant laquelle il est découvert par les deux jeunes gens est particulièrement savoureuse.
Ce film assoira définitivement la réputation d'Hitchcock avant qu'il ne s'exile aux Etats Unis en 1939.
 
 
 

Paul Lukas en bref : acteur d'origine austro-hongroise, né en 1895 et mort en 1971, il était un acteur de théâtre réputé en Europe avant de venir à Hollywood. Il n'apparaîtra plus dans un film d'Hitchcock mais obtiendra un Oscar pour son rôle dans Quand le jour viendra de Herman Shumlin en 1944.
 
 
 
 
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LA TAVERNE DE LA JAMAÏQUE

(JAMAICA INN - 1939)
 



CHARLES LAUGHTON
Notable maniéré à l'excès.


Dernier film réalisé en Angleterre, suite à la promesse fait à Charles Laughton1939-Taverne-Laughton.jpg de tourner un long métrage avec lui, cela restera un très mauvais souvenir pour Hitchcock.
Déjà peu enthousiasmé par le sujet de ce film en costumes, il connut de très nombreux problèmes avec son acteur principal qui était également producteur associé avec Erich Pommer par le biais de leur société commune "Mayflower".
L'histoire se passe en Cornouailles, une bande de naufrageurs, bénéficiant visiblement d'un soutien haut placé, fait régner la terreur en pillant systématiquement les bateaux s'approchant des côtes après les avoir fait s'échouer. Ils n'hésitent pas à tuer les marins pour s'emparer de leurs cargaisons. Une jeune fille Mary (Maureen O'Hara) vient vivre chez sa tante qui se trouve être l'épouse du tenancier de la Taverne de la Jamaïque qui est également le chef de la bande des pillards. Ces derniers accusant Trehearne (Robert Newton) l'un des leurs, de leur avoir volé de l'argent, ils veulent le pendre, mais Mary parvient à le sauver et s'enfuit avec lui. Ils sont rattrapés et amenés devant le véritable chef des bandits qui n'est autre que le très respectable Sir Humphrey (Charles Laughton), juge de paix de l'île.
Trehearne qui est en fait le nouveau juge de paix parvient à fuir et va chercher du secours, Sir Humphrey s'enfuit également après avoir pris Mary en otage, il finit par se jeter du haut du mât d'un bateau.
Le jeu d'acteur de Charles Laughton dans le rôle du très respectable Sir Humphrey est particulièrement caricatural, il joue à outrance les mimiques et les manières qu'il croit nécessaires pour rendre son personnage original et antipathique. Son attitude lui vaudra de nombreuses tensions avec Hitchcock tout au long du tournage, le réalisateur n'appréciant pas davantage que Laughton s'immisce dans sa façon de travailler. Ce dernier n'hésitait pas, en effet, à interrompre le tournage pendant plusieurs heures pour peaufiner telle ou telle attitude, ce qui avait le don de mettre Hitchcock en rage. Malgré cela, le côté Dr Jekyll et Mister Hyde du personnage plaisait particulièrement au réalisateur et cela l'aida à tenir durant les difficiles semaines de tournage. Il aimait également le côté sadique joué par Laughton dans la scène où il ligote Mary en lui avouant son amour. Il est vrai que le cynisme de l'acteur fait mouche.
Malgré tout, cela restera à jamais un très mauvais souvenir pour Hitchcock qui espérait trouver à Hollywood des conditions de travail et d'indépendance meilleures, hélas David Selznick, producteur omnipotent, ne l'entendait pas ainsi.

Charles Laughton en bref : acteur anglais, né en 1899 et mort en 1962, comme on l'a vu les relations entre les deux hommes n'étaient pas des plus chaleureuses. Hitchcock n'appréciait ni la façon de faire ni l'ingérence de son acteur. Il lui avait pourtant promis au cours d'un banquet pris en commun de faire un film avec lui et avait tenu parole.
Malgré ces désaccords, Laughton tournera à nouveau pour Hitchcock en 1947, il tiendra le rôle du juge dans Le Procès Paradine. Personnage extravagant et assez repoussant dans la vie, il réalisera également un seul et unique film en 1955, un véritable chef-d'œuvre, La Nuit du chasseur avec Robert Mitchum.



 
Les films de la période américaine (1940-1976)


Drapeau USA PM 





Rebecca.jpgREBECCA

(1940)



JUDITH ANDERSON
Premier méchant en jupon.


1940-Rebecca-Anderson.jpgPour son premier opus américain, Hitchcock réalise un film tiré d'une intrigue et avec des acteurs… britanniques.
Adapté d'un roman de Daphné du Maurier, Rebecca raconte l'histoire d'un riche notable veuf, Maxim de Winter (Laurence Olivier) qui s'éprend d'une jeune roturière (Joan Fontaine).
Il l'épouse rapidement et ils viennent tous les deux vivre dans la riche demeure de Manderley tenue d'une main de fer par la gouvernante Mme Danvers (Judith Anderson).
Cette dernière qui vouait un véritable culte à Rebecca, la première Mme de Winter, n'accepte pas qu'une autre prenne sa place. Elle fera tout pour déstabiliser et manipuler la peu expérimentée nouvelle maîtresse de maison et ira même jusqu'à lui suggérer le suicide comme remède à tous ses maux.
Le mystère entourant la disparition de Rebecca laisse à penser que son époux l'a peut-être tuée.
Mme Danvers est prodigieusement interprétée par Judith Anderson. Dès qu'on la voit faire la connaissance de la nouvelle Mme de Winter (dont le prénom n'est jamais cité), on a tout de suite envie de la détester tant elle paraît inquiétante, froide et peu avenante.
Elle est toujours vêtue d'une longue robe noire qui la rend très mince et ajoute encore à son austérité. Son visage reste impassible et ne traduit aucun sentiment, son interprétation est sans nuances. Elle est l'incarnation du mal absolu. Très vite on se rend compte qu'elle entretenait une étrange fascination envers Rebecca, tendant vers l'homosexualité, certes retenue, mais évidente. Elle n'a jamais accepté sa mort et veut tout faire pour que la suivante ne prenne pas sa place et pour qu'elle se sente une étrangère malgré les liens du mariage.
Elle apparaît toujours quand on ne l'attend pas, sans bruit, et Hitchcock a tenu à ce qu'on ne la voit pratiquement jamais marcher mais qu'elle arrive tel un fantôme et se retrouve derrière sa jeune maîtresse par surprise, ceci afin d'augmenter son côté énigmatique.
Elle ira au bout de sa folie diabolique en mettant le feu à Manderley, lorsqu'elle apprend l'innocence de Maxim (innocence toute relative puisqu'il avoue à demi-mot à son ami que Rebecca voulait mourir et qu'il l'a tuée), son geste n'ayant d'autre but que de les empêcher d'être heureux. Elle finira par périr dans l'incendie.
Force est de constater que Judith Anderson réalise une prestation admirable, qui lui valut d'ailleurs une nomination pour le meilleur second rôle féminin aux oscars 1941, mais hélas elle ne l'obtiendra pas alors que le film sera récompensé comme la meilleure production de l'année.
Pour un premier rôle féminin dans un personnage extrêmement négatif, Hitchcock, qui trouvait pourtant l'histoire démodée, réalise un coup de maître.

Judith Anderson en bref : actrice australienne, née en 1897 et morte en 1992, elle tient là son deuxième rôle au cinéma et on peut déplorer qu'elle n'ait pas eu la carrière, certes tardive, mais prometteuse qu'on pouvait espérer après ce film. Hitchcock ne fera plus appel à elle par la suite. Elle finira sa carrière par un rôle récurrent dans la série américaine Santa Barbara.


 
 
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CORRESPONDANT 17

(FOREIGN CORRESPONDENT - 1940)



HERBERT MARSHALL
Caché derrière sa notoriété.


Film d'action sur fond de déclaration de guerre, Correspondant 17 conte l'histoire d'un journaliste Américain, Johnny Jones (Joël Mac Crea) envoyé en1940-Correspondant17-Marshall.jpg reportage en Europe afin d'y rapporter les dernières nouvelles sur l'éventualité d'un conflit. Après bien des péripéties, il assiste à l'assassinat d'un diplomate Hollandais (il s'agit en fait d'un faux assassinat) puis rencontre Carol (Laraine Day), la fille du président d'un mouvement pacifiste, Stephen Fisher (Herbert Marshall). Jones finit par découvrir qu'en fait Fisher se sert de cette couverture pour pactiser avec l'ennemi. Il tente sans succès de faire tuer le journaliste et Jones révèle la véritable identité du traître dans l'avion les ramenant tous trois vers les Etats-Unis.
L'appareil est victime d'une attaque par un bateau allemand et sombre en mer. Les rescapés s'accrochent à une aile de l'avion mais rapidement le surpoids fait craindre le naufrage du radeau de fortune. Pour préserver les survivants, Fisher se sacrifie en se jetant à l'eau, expiant ainsi ses fautes.
Bien qu'il souffre d'une distribution sans relief, au moins pour les deux rôles principaux, Correspondant 17 comprend plusieurs scènes d'anthologie, que ce soit le meurtre sous la pluie, la découverte du moulin ou le crash de l'avion.
Herbert Marshall tient ici un rôle diamétralement opposé de celui qui était le sien dans Meurtre, n'hésitant pas à mettre son image en péril en jouant un traître à la solde de l'ennemi. C'est d'autant plus un rôle de composition qu'il a été blessé durant la Première guerre et avait une jambe de bois, ce qui lui vaut cette légère claudication aisément décelable.
Il interprète un Stephen Fisher qui trompe tout son monde, profitant de son poste à la tête d'une organisation pacifiste pour récolter des informations destinées à l'ennemi. Il est, comme toujours, élégant, sûr de lui mais aussi impitoyable lorsqu'il le faut, n'hésitant pas à commanditer le meurtre de Johnny Jones. Il donnera toutefois un côté humain à son personnage en se sacrifiant pour que sa fille puisse survivre avec celui qu'elle aime.

Herbert Marshall en bref : acteur anglais, né en 1890 et mort en 1966, il retrouve ici Hitchcock après une première participation dans Meurtre. Sa carrière est bien remplie puisqu'il aura tourné avec les plus grands : Lubitsch, Preminger, Wyler…



 
  

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SOUPÇONS
 

(SUSPICION - 1941)



CARY GRANT
Nouveau rendez-vous manqué.


1941-Soupcons-Grant.jpgPersuadée que son mari Johnnie Aysgarth (Cary Grant) veut l'empoisonner avec le verre de lait qu'il lui tend, Lina (Joan Fontaine) le boit, résignée et prête à mourir pour celui qu'elle aime, après lui avoir donné une lettre écrite de sa main en lui demandant de bien vouloir la poster.
Il s'agit en fait de ses aveux concernant les agissements de son époux et destinés à sa mère, que cette dernière recevra comme explication des raisons du décès de sa fille.
C'est de cette façon tragique que devait initialement se terminer Soupçons, première collaboration entre Hitchcock et Cary Grant. C'était sans compter sur la morale et surtout la censure qui sévissait à l'époque. Aussi, pour la seconde fois de sa carrière, après Les Cheveux d'or, Hitchcock doit modifier le scénario initial et après bien des problèmes et des hésitations, allant jusqu'à mettre en péril même la continuation du tournage, la fin est modifiée et finalement le personnage joué par Cary Grant n'est pas aussi noir qu'il n'y paraît. Il est certes coureur, dépensier et un peu malhonnête mais il n'a pas tué son meilleur ami, n'a jamais voulu éliminer sa femme, la morale est donc sauve. Ils pourront tous deux couler des jours heureux.
La remarquable scène durant laquelle il monte l'escalier en portant le verre de lait à son épouse n'a plus la signification de mise à mort initialement prévue, tout le ressenti vu du point de vue de Lina n'est que le fruit de son imagination et de sa paranoïa.
Cary Grant, déjà une très grande vedette à l'époque, ne compromettra pas son image de séducteur irréprochable.

Cary Grant en bref : acteur anglais, né en 1904 et mort en 1986, Cary Grant est avec James Stewart l'un de deux acteurs favoris du Maître. On le retrouvera dans 3 autres longs métrages : Les Enchaînés, La Main au collet et La Mort aux trousses, tous des rôles de héros positif. Acteur de comédies légères à ses débuts, il a pris une nouvelle dimension sous la direction d'Hitchcock.
Il jouissait d'une popularité exceptionnelle et entretenait des rapports très cordiaux et presque amicaux avec le réalisateur. 

 

   
 
 
 
Cinquieme-colonne-copie-1.jpg  
CINQUIÈME COLONNE

(SABOTEUR - 1942)
 



OTTO KRUGER et NORMAN LLOYD
La vie ne tient qu'à un fil.


De nombreux méchants parcourent ce film puisqu'ils font tous partie du même1942-colonne-Kruger-Lloyd.jpg réseau d'espions qui participe à des sabotages au travers du pays.
Parmi tous ces personnages négatifs, retenons surtout les deux principaux : Charles Tobin (Otto Kruger) et Frank Fry (Norman Lloyd). Le premier est un riche propriétaire de ranch, notable reconnu, le second est un de ses hommes de main, véritable bras armé chargé des actes de sabotage.
Un jeune ouvrier Barry Kane (Robert Cummings) est pourchassé par la police car il est accusé d'avoir saboté l'usine aéronautique dans laquelle il travaille et d'être ainsi responsable de la mort de son meilleur ami. Au cours de sa fuite pour retrouver Fry qu'il soupçonne d'être le saboteur, il rencontre Tobin, le chef du réseau. Parvenant à lui échapper, il fait la connaissance d'une jeune femme Patricia Martin (Priscilla Lane) qui le croit d'abord coupable et veut le livrer avant de découvrir son innocence. Ils ne parviendront pas à empêcher un nouveau sabotage organisé lors du baptême d'un navire mais alors que Tobin prendra la fuite à l'étranger, Fry poursuivi par Kane s'écrasera du haut de la Statue de la Liberté dans une scène d'anthologie, Kane tentant de le retenir par la manche de sa veste, mais la couture de celle-ci céda petit à petit et Fry chuta dans le vide. Le réalisateur a regretté par la suite que ce ne soit pas le héros qui soit en danger, de façon à intensifier le côté dramatique. Malgré tout, la scène fonctionne à merveille.
Otto Kruger en Charles Tobin incarne parfaitement le riche propriétaire d'un ranch cossu, respecté de la bonne société et ami du chef de la police locale. Son visage émacié, ses yeux clairs, son sourire et ses bonnes manières lui permettent de se faire passer pour ce qu'il n'est vraiment pas. Son attitude en privé, bien que toujours parfaitement courtoise, ne laisse aucun doute sur sa détermination à imposer ses idées.
Norman Lloyd a un rôle plus effacé mais tout aussi nuisible puisqu'il est l'homme de main principal de Tobin. C'est lui qui déclenche les attentats et est donc responsable des morts qui s'ensuivent. La scène finale au sommet de la statue de la Liberté, en dehors du symbole que cela représente, lui permet pour essayer de sauver sa peau, d'innocenter Barry Kane, cela ne suffira cependant pas, malgré toute la bonne volonté du héros, sa vie n'a tenu qu'à un fil, celui de la couture de sa veste.

Otto Kruger en bref : acteur américain, né en 1885 et mort le jour de ses 89 ans. Il tient ici un rôle différent de ceux auxquels il était habitué jusqu'alors puisque son physique le cantonnait surtout à des emplois de médecin, d'avocat… Il ne tournera plus avec Hitchcock.

Norman Lloyd en bref  : acteur américain, né en 1914. Ce film fut le début d'une longue collaboration entre les 2 hommes puisque s'il ne jouera qu'une seconde fois pour Hitchcock, un rôle secondaire dans La Maison du Dr Edwardes en 1945, il produira avec Joan Harrison les téléfilms tournés dans les séries Alfred Hitchcock présente et Une heure avec Alfred Hitchcock de 1955 à 1965.




 

Ombre-doute.jpg
L'OMBRE D'UN DOUTE

(SHADOW OF A DOUBT - 1943)
 



JOSEPH COTTEN
Mon oncle ce héros.
 
1943-Ombre-Cotten.jpgAutant le dire d'emblée, L'Ombre d'un doute fait partie des meilleurs films d'Hitchcock (c'était d'ailleurs son préféré) et la prestation de Joseph Cotten n'est bien sûr pas étrangère à la réussite de ce film en tous points remarquable.
Des liens étroits et presque troublants unissent la jeune Charlie Newton (Teresa Wright) à son oncle Charles Oakley surnommé également Charlie (Joseph Cotten) poursuivi par la police et venu se réfugier de façon inavouée dans sa famille.
L'homme, élégant, charmeur, généreux, se fait rapidement adopter par toute la famille et plus largement par les habitants de la petite ville de Santa Rosa. Il fascine littéralement sa nièce qui le porte aux nues, mais petit à petit des événements troublants se déroulent et de découvertes en découvertes, la jeune Charlie se rend compte que l'oncle tant aimé et qu'elle vénère pourrait bien être ce tueur cynique surnommé "le meurtrier des veuves joyeuses", ainsi appelé car il profite de son charme pour détrousser puis tuer de riches femmes ayant perdu leur mari.
Conscient que Charlie l'a démasqué, l'oncle tente alors de la supprimer à deux reprises, sans succès, s'ensuit alors une impitoyable guerre des nerfs entre les 2 parents. Oakley décide alors de quitter la ville, talonné par la police et au moment où son train démarre, il parvient à faire monter de force sa nièce et essaie de la jeter sur les rails, mais c'est finalement lui qui tombe et meurt écrasé par un train venant en sens inverse.
Film basé sur la dualité, L'Ombre d'un doute est parfaitement réussi et l'oncle Charlie, formidablement campé par Joseph Cotten, nous paraît tour à tour trouble, lorsqu'il échappe aux policiers qui le traquent, dissimulateur lors de son arrivée en gare tel un vieillard aussitôt après requinqué, généreux quand il couvre toute la famille de cadeaux, séducteur envers les femmes de la ville, fascinant pour sa nièce, voyou lorsqu'il se rend dans la banque où travaille son beau-frère puis carrément cynique quand il évoque les riches veuves qu'il compare à des truies, machiavélique lorsqu'il tente de faire croire à des accidents quand il veut tuer sa nièce et enfin impitoyable en voulant la jeter hors du train.
On peut malgré tout lui trouver un petit côté attendrissant lorsque sa sœur évoque ses problèmes lorsqu'il était enfant.
 
Joseph Cotten en bref : acteur américain, né en 1905 et mort en 1994, sa carrière démarre en 1938 et dès 1941 il figure au générique du mythique Citizen Kane. Il retrouvera Hitchcock une première fois en 1949 quand il jouera Sam Flusky, l'époux d'Henrietta (Ingrid Bergman) dans Les Amants du Capricorne, film au succès mitigé, puis une dernière fois en 1955 où il tient le rôle principal de Breakdown, un des premiers téléfilms de la série télévisée Alfred Hitchcock présente.
Pour chacune de ces apparitions, il tient un rôle de rustre parvenu, ancien bagnard reconverti en riche propriétaire terrien dans le film et patron impitoyable victime d'un accident de la route à la télévision.
Il était assez lié avec Hitchcock et était particulièrement apprécié de Patricia, sa fille.



 



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LIFEBOAT

(1944)



WALTER SLEZAK
Un nazi dans le microcosme.
 

 
Défi technique insensé, Lifeboat se situe intégralement dans un espace très réduit puisque à aucun moment la caméra ne quitte l'embarcation de sauvetage à bord de laquelle sont tour à tour montés 9 survivants, victimes1944-Lifeboat-Slezak.jpg du torpillage de leur navire par un sous-marin allemand, durant la dernière guerre. Il se trouve qu'un des passagers Willy (Walter Slezak) est Allemand et après avoir envisagé de le jeter à l'eau, les autres occupants l'acceptent car il est le seul à savoir naviguer. Ils comptent sur lui pour les mener à bon port.
C'est avant tout la gageure de filmer un microcosme confronté en milieu clos aux aléas inhérents à la dérivation en mer de leur embarcation qui attirait Hitchcock. Les caractères de chacun se dévoilent au fur et à mesure des difficultés rencontrées : le suicide d'une passagère dont le bébé est mort, l'amputation de Gus (William Bendix) souffrant de gangrène, la tempête, mais également la faim avec le rationnement et la soif par le manque d'eau potable.
Après avoir fini par adopter le capitaine allemand, les survivants se rendent compte que contrairement à ses dires, il cache une boussole et une flasque d'eau potable dont il est seul à profiter. Il se sert de la boussole pour diriger le canot vers les eaux ennemies alors que les autres pensent qu'il les mène vers les alliés.
Quand ils se rendent compte qu'il s'agit en fait du commandant du sous-marin allemand responsable de leur naufrage, les autres le lynchent et le précipitent à la mer.
Alors qu'ils sont sur le point d'arriver, un torpilleur allemand s'apprête à les bombarder, mais il coule lui-même, abattu par un bateau américain.
Ce film a valu bien des critiques à son metteur en scène car l'Allemand qui représente l'ignoble régime nazi est ici montré comme un être supérieur aux autres puisqu'il est le seul à savoir naviguer et prend rapidement le commandement. C'est sans compter sur son réel caractère puisqu'il est en fait fourbe et hypocrite.
Hitchcock réfutera ces accusations en soulignant qu'au début des années 40, les démocraties symbolisées par les autres passagers étaient en ordre dispersé et que seule l'Allemagne représentée par Slezak savait dans quelle direction elle voulait aller.
Walter Slezak, tout en rondeur a un visage plutôt sympathique, ce qui ne rend pas le personnage de Willy abominable. Il semble même vouloir venir en aide à ses compagnons de galère. C'est lui qui réussit l'amputation de Gus et parvient à maintenir l'embarcation à flot malgré la tempête. Il est volontiers rieur et chante pour détendre l'atmosphère, il semble sincère.
C'est tout le mérite de Slezak, de parvenir à jouer tout en nuance un être au fond très noir mais qui sait se faire accepter par roublardise.

Walter Slezak en bref : acteur austro-hongrois, né en 1902, il s'est suicidé en 1983. Il avait commencé sa carrière en Allemagne avant de se réfugier aux USA durant la guerre et d'y poursuivre ses activités. Le caractère marqué de son interprétation fait qu'Hitchcock n'a pas eu l'occasion de faire appel à lui une seconde fois.
 





 
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LA MAISON DU DR EDWARDES

(SPELLBOUND - 1945)



LEO G. CARROLL
Un fou dans une maison de fous.


1945 Dr Edwardes Carroll Premier film de l'histoire basé sur la psychanalyse, et qui rencontrera un très grand succès, il est l'occasion de la rencontre entre Hitchcock et Ingrid Bergman qui sera une de ses actrices favorites et une véritable amie.
Le Dr Murchison (Leo G. Carroll) doit prendre sa retraite et quitter l'établissement psychiatrique qu'il dirige. Son remplaçant, le Dr Edwardes (Gregory Peck) arrive à la clinique et Constance Petersen (Ingrid Bergman) qui travaille comme brillante analyste dans l'établissement tombe rapidement sous son charme. Très vite, le comportement du Dr Edwardes interpelle sa consœur, il est en effet fréquemment sujet à des malaises ou des phobies et souffre d'amnésie. Elle ne tarde pas à découvrir qu'il n'est pas celui qu'il prétend être. Accusé d'être le meurtrier du véritable Dr Edwardes, John Ballantyne (son vrai nom) fuit la police et recouvre la mémoire en se rendant sur les lieux du crime mais est arrêté. Constance en bonne analyste finit par décrypter son rêve étrange et découvre que le véritable assassin est le Dr Murchison qui ne supportait pas l'idée de son remplacement.
Leo G. Carroll sous les traits de Murchison profite de son physique assez austère pour camper un médecin tout à fait plausible en responsable de cette clinique d'avant garde où la psychanalyse tient une place de choix.
Malgré les apparences, il se révèle être aussi psychopathe que ses patients et, confondu par son excellente assistante, il préfère se suicider plutôt que de la tuer pour la faire taire. Carroll, peu habitué aux rôles de méchant paraît être un collaborateur attentionné et bienveillant envers Constance, presque un second père. La scène finale durant laquelle elle lui dévoile le cheminement de son raisonnement est très intéressante puisqu'en grand professionnel, il décrypte avec elle les méandres du rêve que lui a raconté Ballantyne, même si cela doit mener à dévoiler sa culpabilité.

Leo G. Carroll en bref : acteur anglais, né en 1892, et mort en 1972, il est le comédien le plus utilisé par Hitchcock. Sa carrière sous l'égide du metteur en scène avait démarré avec Rebecca (1940), avant d'enchaîner avec Soupçons (1941). Il tournera encore après ce film dans Le Procès Paradine (1947), L'Inconnu du Nord-Express (1951) et enfin La Mort aux trousses (1959). Ce film est l'occasion de son unique rôle négatif puisque dans tous les autres longs métrages il incarnait des notables tout à fait respectables. Sa longue carrière a surtout été constituée de rôles secondaires qu'il savait rendre particulièrement efficaces.
 

projecteur3  Voir également dans Friand'Hitch l'anecdote "La preuve par 6" sur les collaborations entre Hitchcock et Leo G. Carroll.
 
 
 
 

Enchaines.jpgLES ENCHAÎNÉS

(NOTORIOUS - 1946)
 
 
 



CLAUDE RAINS
 Fou d'amour et sous influence.
 
Quand le devoir prend le dessus sur l'amour, il doit être très difficile de voir celle qu'on aime en épouser un autre, à fortiori lorsque1946-Enchaines-Rains.jpg celui-ci est un ancien nazi. C'est en tout cas la situation difficile que vit Devlin (Cary Grant) qui, après avoir recruté Alicia Huberman (Ingrid Bergman) pour le compte des services secrets américains, la voit être demandée en mariage par celui qu'elle doit démasquer, Alexander Sebastian (Claude Rains).
Elle-même fille d'un nazi, farouchement opposée à cette idéologie, elle accepte la proposition de Sebastian, estimant que sa position lui permettra d'œuvrer plus facilement et qu'elle rachètera ainsi les fautes de son père.
Malheureusement, malgré la fascination qu'il éprouve pour une épouse trop belle pour lui, le traître finira par se rendre compte de la situation, et poussé par une mère possessive à l'extrême (Leopoldine Konstantin) et pressé par des "amis" inquiétants, il entreprendra de l'empoisonner pour la réduire au silence, aidé en cela par sa mère.
Il sera tout près d'arriver à ses fins, mais Devlin viendra la secourir en toute dernière extrémité, et l'emportera loin de son bourreau qui devra s'expliquer auprès de ses amis subitement moins compréhensifs.
Formidable film, avec un non moins formidable Claude Rains, Les Enchaînés est une pure réussite. Le contraste saisissant entre la superbe Ingrid Bergman et Claude Rains au physique très quelconque donne une dimension particulière à son rôle.
Il nous apparaît beaucoup plus petit que son épouse et, de ce fait, on a plus envie de le prendre en pitié que de le haïr, d'autant plus qu'il est tiraillé par son amour immodéré pour sa femme et une mère possessive à l'excès et jalouse. On aurait d'ailleurs pu inclure l'excellente Leopoldine Konstantin à cette analyse tant elle paraît avoir d'emprise sur son fils. Ce sentiment de pitié à l'égard de Sebastian est encore renforcé par le fait qu'il est toujours très prévenant envers celle qu'il aime et qu'à aucun moment nous ne le voyons faire quelque chose de répréhensible. Ses sentiments envers sa femme sont sincères et empreints d'une certaine fascination. Il paraît également plus modéré que ses comparses, répugnant à éliminer un des leurs qui a ostensiblement gaffé. C'est aussi la force d'Hitchcock que de brosser des portraits réalistes sans vraiment se soucier de la motivation des personnages. Le secret, en l'occurrence l'uranium, n'est qu'un prétexte à l'action et au déroulement du film, on n'y attache aucune importance. C'est le parfait MacGuffin.
Bien que l'on ait évidemment envie que Devlin et Alicia se retrouvent pour s'aimer enfin, on finit malgré tout par craindre pour Sebastian lorsqu'ils le laissent seul, à la merci de ses amis, abandonné à son sort. Nul doute qu'un destin funeste l'attend.
Jusqu'au bout, Claude Rains sait rendre son personnage émouvant voire attachant, en cela il est un acteur remarquable et signe une performance inoubliable.

Claude Rains en bref : acteur anglais, né en 1889, et mort en 1967, il monte sur les planches à 11 ans et aura une carrière bien remplie, se spécialisant grâce à son physique dans les rôles de méchant. Il tournera en 1961 dans le téléfilm The Horse Player sous la direction du Maître dans sa série télévisée. Il tient là le rôle d'un drôle de paroissien qui après avoir gagné aux courses incite le curé à en faire de même pour faire réparer la toiture de l'église.





 

undefinedLE PROCÈS PARADINE

(THE PARADINE CASE - 1947)
 
 



ALIDA VALLI
Nymphomane et meurtrière.
 
 
1947-Paradine-Valli.jpg 
La troublante Maddalena Paradine (Alida Valli) a-t-elle empoisonné son mari âgé, aveugle et riche ? C'est en tout cas ce dont on l'accuse. Son avocat Anthony Keane (Gregory Peck) qui va rapidement tomber amoureux d'elle, au grand désespoir de son épouse Gay (Ann Todd), va tenter de faire porter la responsabilité de cet acte au palefrenier André Latour (Louis Jourdan) qui était au service du défunt. Le défenseur va finir par découvrir que ce dernier était l'amant de la belle madame Paradine et après qu'il se soit suicidé, la jolie veuve avouera être la meurtrière et révélera au tribunal qu'elle est coupable, non sans ajouter qu'elle méprise son avocat qu'elle accuse d'être à l'origine de la mort de son amant. Keane abattu quitte la salle mais son épouse lui pardonnera ses écarts.
Alida Valli incarne une madame Paradine tout en beauté glaciale, son visage ne traduit jamais le moindre sentiment, il est presque toujours immobile, insensible aux événements extérieurs. Son élégance naturelle en fait une aristocrate parfaite qui n'hésite toutefois pas à jeter ses bonnes manières aux orties en s'adonnant à son garçon d'écurie pour qui elle éprouve des sentiments si forts que l'annonce de son suicide la fera avouer son meurtre alors qu'elle plaidait non coupable à l'ouverture du procès.

Alida Valli en bref : actrice italienne, née en 1921 et morte en 2006, elle démarre avec ce film une courte carrière américaine. Sa participation est restée incertaine jusqu'aux premiers jours du tournage, car elle n'était pas sûre d'obtenir un visa en raison du passé de son mari, jugé trop proche des autorités fascistes. Plusieurs autres actrices ont été approchées pour pallier son absence, notamment Joan Crawford, Vivien Leigh et Ginger Rogers
Bien qu'elle fût imposée à Hitchcock par le producteur David O. Selznick qui voyait en elle une nouvelle Ingrid Bergman, le réalisateur loua ses facultés d'adaptation dans une langue qui lui était étrangère. C'est sa seule participation dans un film du Maître.
 
 
 
 
 
 
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29 avril 2007 7 29 /04 /avril /2007 15:56

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2ème partie :




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LA CORDE

(ROPE - 1948)
 
 



FARLEY GRANGER et JOHN DALL
A deux, c'est mieux.


Ce film est avant tout un tour de force puisqu'il est constitué de 8 plans de 101948-Corde.jpg minutes (le contenu d'un chargeur de pellicule) tournés de façon ininterrompue. Cela a nécessité non seulement de nombreuses répétitions, mais également une organisation phénoménale et un décor escamotable révolutionnaire. Les arrières plans de New York sont particulièrement réalistes, ainsi que la lumière extérieure dont l'intensité décroît au fur et à mesure du déroulement de l'action. Pour son premier film en couleurs et en tant que producteur, Hitchcock a bien fait les choses.
L'histoire est assez simple et fait plus penser à du théâtre filmé respectant l'unité de temps, de lieu et d'action puisque le film se déroule en temps réel : deux amis Brandon (John Dall) et Philip (Farley Granger) étranglent David un de leur camarade de classe, de façon tout à fait gratuite et pour le seul plaisir du geste. Ils enferment son cadavre dans un coffre trônant au milieu de la pièce principale et invitent un groupe de connaissances ainsi que leur ancien professeur et maître à penser Rupert Cadell, (James Stewart) à un dîner se déroulant sur les lieux même du forfait. Au fil de la soirée, Cadell finit par découvrir leur crime et ne partage pas leur point de vue sur la "beauté" du geste et le droit de mort sur les êtres prétendument inférieurs. Il leur reproche d’avoir dénaturé ses propos et de s’en servir comme prétexte de leur crime. Il finira par alerter la police en tirant un coup de revolver par la fenêtre.
Les deux amis étant manifestement homosexuels, bien que cela n’apparaisse jamais explicitement dans le film, ils se trouvent être assez complémentaires. John Dall dans le rôle de Brandon est de façon claire le dominant, sûr de lui et sans doute initiateur de la mise en scène macabre, même si on peut voir au tout début du film, que c'est Philip qui serre la corde et ainsi commet le meurtre. Il est maître de ses nerfs et volontiers manichéen. Farley Granger alias Philip quant à lui est nettement plus fragile, on le voit se dégrader au fil de l’intrigue et il boit plus que de raison pour essayer de supporter le poids de la culpabilité. Il a clairement été manipulé par son ami et semble le regretter.
Si John Dall dans son rôle de maître de cérémonie démoniaque paraît parfaitement crédible, Farley Granger semble exagérément nerveux. On a plus envie de le secouer afin qu’il se reprenne, tant il à l’air de sursauter au moindre geste. Ses expressions faciales sont souvent jouées à outrance.

John Dall en bref : acteur américain né en 1918 et mort en 1971, il a eu une assez piètre carrière au cinéma, ne tournant que dans une demi-douzaine de films pour le grand écran et dans plusieurs téléfilms ou séries télévisées. On ne le reverra plus sous la direction d’Hitchcock.



 

 

 

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LES AMANTS DU CAPRICORNE

(UNDER CAPRICORN - 1949)
 
 
 
 

MARGARET LEIGHTON
Milly… Danvers


1949-Amants-Capricorne-Margaret-leighton.jpgFilm en costumes se déroulant en Australie en 1835, Les Amants du Capricorne a été un échec assez cuisant, mettant fin à la société de production qu’Hitchcock avait créée avec son ami Sidney Bernstein.
Sam Flusky (Joseph Cotten) et son épouse Henrietta (Ingrid Bergman) reçoivent chez eux Charles Adare (Michael Wilding) qui est le cousin de la jeune femme. Celle-ci semble absente, comme sous l’emprise de l’alcool. Flusky confie à Adare que son épouse lui est restée fidèle alors qu’il a tué son frère qui refusait qu’elle l’épouse. Il a d’ailleurs pour ce geste été condamné à 10 années de bagne et ils se sont mariés à sa libération. Adare tombe rapidement amoureux d’Henrietta mais Flusky se montre jaloux, alors que son épouse semble de plus en plus étrange. Il se trouve qu’en fait c’est elle qui a tué son propre frère et que son mari s’est accusé pour elle, alors que la dévouée servante Milly (Margaret Leighton) éprise de son maître, empoisonnait lentement sa concurrente. Le couple sera sauvé et l’employée révoquée.
A l’instar de Mme Danvers dans Rebecca, Milly, également employée de la maison, veut nuire à sa maîtresse, cette fois par amour pour son mari. Margaret Leighton n’a pas un air aussi terrifiant que Judith Anderson, elle se montre toutefois plus brutale puisqu’elle fait régner la terreur sur les femmes de cuisine qu’elle a sous ses ordres, n’hésitant pas au besoin à les frapper avec un ceinturon. Manipulatrice, jalouse, commère et foncièrement mauvaise, elle use de tous les stratagèmes pour arriver à se faire apprécier de son maître qu’elle aime plus que tout, et ceci au détriment des autres. Elle sait aussi se montrer indispensable. Son visage, moins glacial que celui de Judith Anderson permet à Margaret Leighton de jouer une Milly paraissant plus humaine bien qu’étant au moins aussi perverse. Semblant aux petits soins pour sa maîtresse, elle organise en fait son empoisonnement progressif ajoutant à cela des mises en scène, comme la tête humaine réduite placée dans le lit pour terroriser Henrietta.

Margaret Leighton en bref : actrice anglaise née en 1922 et morte en 1976, principalement comédienne de théâtre où elle débute dès l'âge de 16 ans, sa carrière au cinéma fût moins riche mais elle a malgré tout partagé l'affiche avec de grands noms. Elle a également tourné dans des téléfilms ou des séries télévisées. Elle signe ici sans doute un de ses meilleurs rôles, le seul tourné pour Hitchcock.




 
 
 
 
 
 
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LE GRAND ALIBI

(STAGE FRIGHT - 1950)
 
 



RICHARD TODD
Faible et sans consistance.


L’intérêt essentiel de ce film, aux yeux d’Hitchcock, était le fait qu’il se situe 1950-Grand-alibi-Richard-Todd-.jpgdans le milieu du théâtre. C’est à peu près le seul point positif qu’il en tirait car il considérait ce film raté. Il est vrai que ce n’est pas le meilleur, loin s’en faut et comme j’ai déjà pu le signaler en préambule, c’est lui, ou plutôt son méchant atypique qui m’a donné l’envie de cette chronique.
Truffaut abondait lui aussi dans le sens de son mentor et ajoutait avec justesse que si l’on ne s’intéresse pas beaucoup à l’histoire, c’est parce que personne n’est véritablement en danger et Hitchcock ajoute qu’en plus ce sont les méchants qui ont peur !
Ajoutons à cela un flash-back qui se révèle mensonger, lorsque Jonathan est censé retourner chez Charlotte chercher une robe.
Jonathan Cooper (Richard Todd) est accusé d’avoir tué le mari de sa maîtresse, la grande vedette Charlotte Inwood (Marlène Dietrich), chanteuse réputée. Son amie Eve Gill (Jane Wyman), qui est secrètement amoureuse de lui, accepte de le cacher et l’aide à fuir mais apprend à la fin que Jonathan, après avoir laissé croire que Charlotte était l’assassin finira par se révéler le vrai coupable, manipulé par sa maîtresse qui a profité de sa faiblesse et de son amour aveugle. Eve apprendra également que Jonathan avait déjà tué avant et il mourra écrasé par le rideau de fer du théâtre tandis qu’elle filera le parfait amour avec Wilfred Smith chargé de l’enquête (Michael Wilding).
Richard Todd révèle bien des faiblesses dans ce film et s’il est vrai que son personnage manque singulièrement d’épaisseur, on peut penser qu’un autre acteur, à la personnalité plus marquée, aurait sans doute donné plus de crédit au rôle.
On ne s’identifie jamais à lui et on du mal à croire qu’un tel personnage ait pu séduire la divine Marlène tant il paraît emprunté et sans grand intérêt. Assurément un des méchants les plus raté de toute l’œuvre d’Hitchcock.

Richard Todd en bref : acteur irlandais né en 1919, il a tourné quelques films en France. A reçu l’Oscar du meilleur espoir masculin en 1950 pour The Hasty Heart de Vincent Sherman avec Ronald Reagan. Il a tourné ce seul film pour Hitchcock.
 





Inconnu-Nord-Express.jpg
L’INCONNU DU NORD-EXPRESS

(STRANGERS ON A TRAIN - 1951)



ROBERT WALKER
Sympathique psychopathe.


1951-Inconnu-Walker.jpgComme toujours lorsqu’il est en difficulté, Hitchcock sait rebondir de façon magistrale et c’est une nouvelle fois le cas après la déception du Grand alibi. Il adapte un roman de Patricia Highsmith qui est une histoire très intéressante sur l’échange de meurtres entre deux inconnus qui se rencontrent par hasard. Guy Haines (Farley Granger), étoile montante du tennis rencontre dans un train un personnage sympathique, Bruno Anthony (Robert Walker). Au cours de la conversation, Guy parle de ses déboires avec sa femme Miriam (Laura Elliot). Bruno lui propose alors de l’assassiner et demande à Bruno de faire de même avec son père qu’il déteste. Ainsi en l’absence de mobile, aucun des deux ne sera inquiété puisqu’il aura commis le meurtre d’un parfait inconnu. Bruno considère bien vite que Guy accepte sa proposition, il tue son épouse et demande au tennisman de remplir son contrat également. Guy refuse et se rend compte qu’en fait il a affaire à un homme dangereux et déterminé qui finira par vouloir le rendre responsable, et après beaucoup de suspense, Bruno mourra dans un accident de manège, final échevelé, d’une bagarre avec Guy. La pièce à conviction, le briquet aux initiales de Guy, tenue dans la main du Bruno fournissant la preuve de l’innocence du tennisman.
Robert Walker réalise une performance en tous points remarquable. Il est bien plus sympathique, séduisant et attachant que Farley Granger, pourtant le héros positif, et donne une dimension très humaine à son personnage. On ne découvre que progressivement qu’il est en fait un psychopathe dangereux qui, lorsqu’il se trouve dans certaines situations ne peut plus se contrôler, comme par exemple lorsqu’il fait une démonstration d’étranglement sur une femme et manque de la tuer pour de bon. Il devient au fil du film un véritable cauchemar pour Haines, le poursuivant sans cesse. Tout en nuances et subtilités, il joue sans doute son meilleur film avant de mourir prématurément quelques mois après. Assurément un des meilleurs méchants de toute la filmographie d’Hitchcock, en tout cas un des plus abouti.

Robert Walker en bref : acteur américain né en 1918 et mort en 1951, il succombera malheureusement quelques mois après ce film, n’ayant pu terminer le suivant My son John qu’il tournait sous la direction de Leo Mc Carey. Certains plans de L’Inconnu du Nord-Express ont d’ailleurs servi à finir le film. Spécialisé dans les rôles de type sympathique, il incarne là avec justesse un rôle certes à nouveau aimable, mais à double facette.





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LA LOI DU SILENCE

(I CONFESS - 1953)



O. E. HASSE
Au nom du père.

 
 
 Le film part d’un fait assez exceptionnel : Keller, un sacristain habillé en1953-Loi-Hasse.jpg prêtre (O. E. Hasse) assassine un homme pour le dépouiller de son argent. Il s’avère que cet homme faisait chanter le vrai prêtre, le père Logan (Montgomery Clift) qui avait eu une liaison avec une femme Rose Grandfort (Ruth Roman) avant d’être ordonné. Le sacristain va se confesser auprès du père Logan et lui avoue son crime. Logan se retrouve accusé parce qu'il avait de bonnes raisons d’en vouloir au mort et tout le suspense réside en ce fait : le père Logan va-t-il trahir le secret de la confession, seul moyen pour lui d’être innocenté ? Il ne le fera pas, bien sûr, mais une des faiblesses du film est que la finalité n'est acceptable que par les seuls catholiques qui connaissent ou pratiquent la confession et le secret indéfectible qui lie le prêtre au pécheur. Au final, alors que Logan bénéficie du doute et est innocenté, la femme de Keller accuse son mari avant que d’être à son tour tuée par ce dernier qui se réfugie dans un hôtel où il est abattu par la police mais a le temps d’avouer son crime.
O. E. Hasse dans le rôle de Keller, réfugié qui doit tout aux prêtres qui l'ont accueilli est convainquant. Il semble fragile lorsqu'il avoue à sa femme Alma (Dolly Haas) qu'il a commis l'irréparable pour lui donner une vie meilleure et paraît sincère lorsqu'il se confesse auprès du père Logan. Sa lâcheté l'empêchera toutefois de s'accuser de son acte, préférant prendre le risque de voir mourir un innocent qui, par surcroît l'a aidé et recueilli. A la fin du film, il n'hésite cependant pas à abattre Alma et, devenu fou perd complètement pied et meurt, tué par la police.

O. E. Hasse en bref : acteur polonais né en 1902 et mort en 1978, il a joué dans plusieurs films français et obtenu en 1956 l’Oscar du meilleur acteur étranger pour son rôle dans Canaris de Alfred Weidenmann. Il était également connu sous le pseudonyme de Otto Hasse et n’a pas retourné de film pour Hitchcock.













 
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LE CRIME ETAIT PRESQUE PARFAIT

(DIAL M FOR MURDER - 1954)



ANTHONY DAWSON et RAY MILLAND
Des amis de vingt ans.


1954-Crime-Milland-Dawson.jpgLa tendance étant à l'innovation pour lutter contre la prédominance de la télévision, Le Crime était presque parfait a été tourné en relief, les spectateurs étant dotés de lunettes bicolores lors de l'achat de leur place. Hitchcock dut donc s'adapter et le tournage fut singulièrement compliqué, ce qui contraignit le réalisateur à rester dans un périmètre restreint et en conséquence le film s'apparente à du théâtre filmé.
Un ancien champion de tennis, Tony Wendice (Ray Milland) est l'époux d'une riche et belle femme, Margot (Grace Kelly) qui le trompe. Craignant que celle-ci demande le divorce et l'éloigne donc de sa fortune, Tony envisage de programmer son assassinat en contraignant une de ses anciennes connaissances de lycée, Swan Lesgate (Anthony Dawson), à accomplir le forfait, il se livre pour cela à un chantage, le passé de Lesgate n'étant pas exempt de reproches.
Les choses ne se passent pas exactement comme prévu et Margot tue Lesgate avec une paire de ciseaux dans une scène d'anthologie. Tony change donc ses plans et tente de pousser la police à démonter la légitime défense mais il finira par être confondu et Margot innocentée.
Anthony Dawson, au physique assez inquiétant, son visage est très émacié, n'est que le bras armé de la machination mise au point par Ray Milland. Il se laisse assez facilement convaincre qu'on peut tuer contre une somme d'argent, ne s'embarrassant pas de principes inutiles. La scène de son assassinat par Grace Kelly est l'une des plus connues de l'œuvre d'Hitchcock, avec raison, elle montre, en effet, toute l'imagination du réalisateur qui a notamment insisté pour que les ciseaux brillent fortement dans la pénombre, l'effet est saisissant.
Ray Milland représente assez bien le méchant "type" du metteur en scène, en ce sens qu'il est distingué, élégant, poli mais malheureusement pour lui, il est financièrement dépendant de son épouse. Il est donc très déterminé, agit avec beaucoup de sang froid, en particulier lorsqu'il se rend compte que le meurtre ne s'est pas déroulé comme prévu, il parvient alors à retourner la situation en s'employant à faire condamner sa femme, sans que celle-ci en ait conscience. Il échouera finalement de peu et sera lui-même inquiété, la morale est donc sauve.

Anthony Dawson en bref : acteur écossais né en 1916 et mort en 1992, essentiellement habitué aux rôles de complément, son physique lui a valu d'interpréter le Professeur Dent dans James Bond contre Dr No en 1962. Il ne jouera plus pour Hitchcock.

Ray Milland en bref : acteur gallois né en 1905 et mort en 1986, il a eu une longue carrière qui a débuté aux débuts du parlant. Il avait déjà tourné dans de nombreux films avant celui-ci mais on ne le reverra pas dirigé par Hitchcock.








 

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FENÊTRE SUR COUR

(REAR WINDOW - 1954)




RAYMOND BURR
Pas vu mais pris.


Fenêtre sur cour pourrait être considéré à première vue comme un film1954-Fenetre-Burr.jpg malsain, mettant le spectateur en position de voyeur. Il n'en est rien ! Tout le talent d'Hitchcock consiste à faire de ce film tout à fait autre chose, une étude approfondie sur nos relations avec les autres. Le métier de photographe du héros Jeff (James Stewart) fait qu'il se sent comme obligé de regarder le monde qui l'entoure au travers du téléobjectif de son appareil photo. Il faut aussi dire qu'il n'a pas grand'chose d'autre à faire puisqu'il est cloué dans un fauteuil roulant avec une jambe dans le plâtre. Il soupçonne un de ses voisins d'en face Lars Thorwald (Raymond Burr) d'avoir assassiné et fait disparaître son épouse, malade et acariâtre. En effet, alors qu'il pouvait très bien la voir alitée dans sa chambre, il découvre un matin qu'elle n'est plus là. De plus, son époux range soigneusement une scie et de grands couteaux, et se sert de ses valises de représentant de commerce pour effectuer de mystérieux allers et retours entre son appartement et une destination inconnue.
Aidé de sa fiancée Lisa (Grace Kelly), Jeff parvient à résoudre cette énigme et finit par confondre Thorwald et à le faire arrêter juste après que celui-ci ait tenté de l'assassiner en voulant le jeter par la fenêtre de son appartement.
Le rôle de Thorwald n'est pas très développé et on le voit le plus souvent de loin et il a peu de dialogues, mais Raymond Burr parvient à le rendre inquiétant, il ne sourit jamais et on n'a pas franchement envie de passer des vacances avec lui.
Il est non seulement un assassin mais aussi un être dépourvu de scrupules et un parfait manipulateur, il a presque réussi à brouiller les pistes, en faisant croire que sa femme lui avait envoyé une carte postale de son lieu de villégiature. Il est aussi un monstre de sang froid qui découpe son épouse en morceaux et dissémine son cadavre sans vergogne.
Une des scènes du film, qui peut paraître anodine de premier abord montre au contraire tout le génie d'Hitchcock : il s'agit de celle où le couple découvre son petit chien mort, tous les voisins sont à leur fenêtre, compatissants, seul Thorwald reste invisible. Il attend en retrait, sans se montrer, on voit juste l’extrémité incandescente de sa cigarette briller dans le noir lorsqu'il tire dessus. On comprend instantanément que c'est lui qui a tué le chien qui fouillait dans le jardin, menaçant de trouver ce qu'il ne faudrait pas.

Raymond Burr en bref : acteur canadien né en 1917 et mort en 1993, si on l'a peu vu dans des rôles conséquents au cinéma, il a été omniprésent à la télévision puisqu'il a tenu les rôles titres dans deux séries fleuves : Perry Mason et L'Homme de fer qui ont débuté dans les années 60. C'est sa seule collaboration avec Hitchcock.






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LA MAIN AU COLLET

(TO CATCH A THIEF - 1955)
 
 


BRIGITTE AUBER et CHARLES VANEL
Bataille de chats. 


1955-Main-collet-Auber-Vanel.jpgComédie légère dont le principal but est de magnifier la beauté de Grace Kelly, La Main au collet nous mène sur la Côte d'Azur française où un ancien cambrioleur, depuis longtemps retiré des affaires, est accusé d'avoir repris du service.
En effet, de nombreux vols réalisés selon un mode opératoire identique au sien sont perpétrés chez de riches victimes. John Robie (Cary Grant), surnommé "le chat" car il faisait preuve de dons d'acrobatie hors du commun n'aura d'autre but que de prouver son innocence et de démasquer le vrai coupable. Il est aidé en cela par France Stevens (Grace Kelly), fille d'une riche veuve victime du monte en l'air.
Bien que tout l'accuse, il finira par tendre un piège et par confondre la coupable, Danielle Foussard (Brigitte Auber), qui travaille sous les ordres du vieil ami de Robie, Bertani (Charles Vanel). Il la contraint à avouer sa culpabilité devant tout le monde, alors qu'il la tient en équilibre sur un toit et menace de la laisser tomber dans le vide.
Brigitte Auber, jeune et athlétique jeune fille jouant le rôle de Danielle par ailleurs amoureuse de Robie et lui suggérant de fuir avec elle en Amérique du Sud, met ses talents d'acrobate au service de Bertani, un ami de son père. Sa frimousse d'adolescente la rend insoupçonnable, c'est pourtant elle qui avec une dextérité sans pareille détrousse les richissimes vacancières se faisant bronzer sur les plages de la Riviera. Elle se tire très honnêtement de son rôle et on ne la soupçonne pas d'être capable de tels agissements.
Charles Vanel, acteur déjà réputé, campe le restaurateur Bertani, patron d'un établissement de luxe que l'on ne pense pas capable de contraindre la jeune fille à travailler pour lui. Il semble agir, non pas par besoin, mais par seul appât du gain. Ses grosses difficultés avec la langue anglaise ont contraint Vanel à être entièrement doublé, tant son élocution était médiocre. Cela n'a sans doute pas favorisé son jeu d'acteur et c'est vrai qu'il peut paraître un peu statique, voire emprunté par moments.

Brigitte Auber en bref : actrice française née en 1928, elle a été retenue principalement pour son allure athlétique, sans savoir qu'elle pratiquait aussi l'acrobatie, ce qui fut bien utile pour ce rôle. Elle n'a hélas pas eu la carrière que l'on pouvait espérer et malgré, semble-t-il, deux projets inaboutis, elle ne tournera plus sous la direction d'Hitchcock.

Charles Vanel en bref : acteur français née en 1892 et mort en 1989, il a eu une carrière d'une longévité exceptionnelle, commencée en 1910 et riche de 175 films dont le dernier Les Saisons de plaisir de Mocky a été tourné à 95 ans. Il gardait un très mauvais souvenir du tournage de La Main au collet en raison de ses difficultés avec l'anglais. Il n'a donc jamais retourné avec Hitchcock.












 
 
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L'HOMME QUI EN SAVAIT TROP (2ème version)

(THE MAN WHO KNEW TOO MUCH - 1956)
 
 


REGGIE NALDER, BERNARD MILES et BRENDA DE BANZIE
Une balle et une cymbale.
 


Fait exceptionnel dans le milieu du cinéma, Hitchcock a tourné, 22 ans après, 1956-Homme-Miles-Banzie-Nalder.jpgun remake de son propre film.
Si la trame et l'intrigue sont sensiblement les mêmes, les lieux sont différents et les personnages également. Des moyens plus conséquents ont permis au réalisateur de transposer le point de départ du film de la Suisse au Maroc et la scène à l'Albert Hall est filmée de façon beaucoup plus fastueuse.
Pour ce qui est des personnages, le couple de touristes Ben et Dot Mc Kenna (James Stewart et Doris Day) remplace avantageusement les héros de la première version et leur enfant n'est plus une fille mais un garçon, Hank (Christopher Olsen).
L'espion assassiné est toujours interprété par un Français, mais cette fois-ci Daniel Gélin au lieu de Pierre Fresnay.
Le rôle du tireur d'élite tenu par Frank Vosper dans la première version est incarné par Reggie Nader nommé Rien. Il a un visage assez inquiétant et fait froid dans le dos. Sa tentative d'assassinat sur le diplomate au cours du concert de l'Albert Hall sera déjouée par Dot qui par un cri perçant le déstabilisera au point qu'il manque sa cible et ne fasse que l'effleurer. Il mourra en s'écrasant au sol dans sa tentative de fuite.
Peter Lorre était très satisfaisant dans la version originale et il est ici remplacé, dans un rôle différent par un couple assez odieux, les Drayton (Bernard Miles et Brenda de Banzie). Leurs personnages sont plus intéressants car plus fouillés, ils se font d'abord passer pour de nouveaux amis des Mc Kenna avant que de kidnapper leur fils pour les contraindre au silence. La scène se passant dans Ambrose Chappell, quand Ben les surprend en train de prêcher est particulièrement réussie.
Si Drayton semble particulièrement déterminé et prêt, au besoin, à sacrifier l'enfant sans scrupules, il n'en est pas de même pour son épouse qui l'a pris en affection et l'incite à hurler pour attirer l'attention de ses parents, afin qu'ils viennent le délivrer.
Cela rend son personnage au fond assez humain. Elle tente de faciliter l'évasion du jeune garçon retrouvé par son père mais sera empêchée in extremis par le retour de Drayton qui lui ne l'entend pas ainsi et essaie de les emmener en menaçant le père et le fils avec un revolver. Elle se montrera soulagée lorsque Drayton poussé par Mac Kenna fera une chute mortelle dans les escaliers, libérant du même coup le garçonnet.
 

Bernard Miles en bref : acteur anglais né en 1907 et mort en 1991, avant tout acteur de théâtre, il a quand même interprété quelques rôles intéressants au cinéma, il sera notamment à l'affiche de Moby Dick de John Huston, juste après cet unique rôle dans un film d'Hitchcock.

Brenda de Banzie en bref : actrice anglaise née en 1915 et morte en 1981, elle a eu une carrière assez peu remplie dont elle a mis fin en 1971. Il s'agit là de son unique apparition dans un film du Maître.
 
Reggie Nalder en bref : acteur autrichien né en 1907 et mort en 1991, sa carrière a été uniquement composée de seconds rôles ou d'apparitions pour le petit écran. Nul doute que son physique si particulier a été pour beaucoup dans cet état de fait. Il n'a joué que ce film pour Hitchcock.








 
 
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LE FAUX COUPABLE

(THE WRONG MAN - 1956)
 
 
 
 

RICHARD ROBBINS
Mon double et moi.


1956-Faux-coupable.jpgTiré d'un fait divers réel, filmé à la limite du documentaire tant le scénario est fidèle à la réalité, Le Faux coupable revient à nouveau sur le thème si cher au réalisateur de l'innocent accusé à tort. Christopher Emmanuel Balestrero (Henry Fonda), surnommé Manny est musicien dans un club sélect de New York. Alors qu'il rentre chez lui au petit matin, il est arrêté par deux policiers et apprend qu'il est suspecté d'avoir commis des vols à main armée. Persuadé qu'il n'en a que pour un moment et que son innocence sera rapidement prouvée, Manny va en fait vivre une descente aux enfers qui le conduira en prison et finira par rendre folle son épouse Rose (Vera Miles). Les principales victimes témoins des forfaits l'ont formellement reconnu et il se trahit lui-même en faisant la même faute d'orthographe que le coupable. Ce n'est qu'en fin de film que son innocence apparaîtra au grand jour quand, alors qu'il est en plein procès, un autre vol est réalisé et le vrai coupable arrêté. La ressemblance entre les deux hommes est troublante et est formidablement dévoilée par la superposition à l'écran des deux visages.
Daniel (Richard Robbins), le vrai coupable a un rôle peu développé, le thème du film étant axé sur le long calvaire vécu par Manny et impeccablement rendu par Henry Fonda. Robbins n'étant pas à proprement parler un acteur, tout son rôle est basé sur son physique dont les traits du visage sont similaires à ceux de Fonda, la corpulence longue et élancée également et enfin, l'habillement et principalement le chapeau sont très proches chez les deux hommes.

Richard Robbins en bref : acteur américain né en 1918 et mort en 1969, il participe là à son seul et unique long métrage. Il avait juste auparavant, en 1949, joué dans un épisode de la série télévisée Studio One. Nul doute qu'il doit sa présence dans ce film à sa ressemblance avec Henri Fonda.











 
 

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SUEURS FROIDES

(VERTIGO - 1958)
 



TOM HELMORE
Débarrasse-moi de ma femme.


Sans aucun doute un des films les plus aboutis d'Hitchcock, tant au niveau de1958-Vertigo.jpg l'histoire que de la qualité des prises de vue avec un jeu des couleurs particulièrement réussi. Gavin Elster (Tom Helmore) riche industriel, monte un stratagème assez alambiqué afin de se débarrasser de sa femme. Il demande à un ancien ami, John Ferguson surnommé Scottie (James Stewart), policier réformé en raison d'une peur du vide invalidante, de suivre sa femme Madeleine (Kim Nowak) qu'il soupçonne de sombrer dans la folie au point de craindre pour sa vie. Scottie tombe amoureux de Madeleine mais à son grand désespoir ne peut l'empêcher de se suicider en tombant du haut d'une tour, n'ayant pu la suivre. Il sombre alors dans une profonde dépression jusqu'au jour où il rencontre une femme ressemblant à s'y méprendre à Madeleine. Il n'aura de cesse de la transformer physiquement pour qu'elle devienne une seconde Madeleine, mais alors qu'il parvient à ses fins, il découvre qu'il s'agit en fait de la même femme. Il n'a servi que d'alibi pour qu'Elster puisse tuer son épouse pendant que Judith (le vrai nom de Madeleine) se faisait passer pour elle.
Bien que le scénario du meurtre puisse paraître un peu tortueux, le film est surtout basé sur les relations du couple artificiellement formé et sur la recomposition d'une femme disparue, et sur ce point, c'est une extraordinaire réussite.
Tom Helmore, en époux machiavélique n'a qu'un rôle assez secondaire mais il est parfaitement crédible en riche armateur. On croit certes assez difficilement que sa machination puisse fonctionner tant elle paraît compliquée et aléatoire mais après tout, on s'en moque, l'essentiel est ailleurs. Il semble de bonne foi en tentant de disculper Scottie lors du procès qui conclut à un suicide mais fait preuve d'un cynisme certain en quittant sa maîtresse une fois le forfait réalisé et la fortune de son épouse empochée.

Tom Helmore en bref : acteur anglais né en 1905 et mort en 1995, il avait déjà précédemment tenu deux rôles de moindre importance dans des films d'Hitchcock et pour lesquels il n'était pas crédité au générique, dans Le Masque de cuir (1927) et Quatre de l'espionnage (1936).










 

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LA MORT AUX TROUSSES

(NORTH BY NORTHWEST - 1959)



JAMES MASON
Un méchant à trois facettes.


1959-Mort-Mason-Landau-Williams.jpgFormidable divertissement familial, riche en suspense et en rebondissements, La Mort aux trousses est précurseur des actuels "road-movies". L'éternelle histoire de l'innocent poursuivi sert de trame à l'intrigue. Un publiciste sans histoires, Roger Thornhill (Cary Grant), est pris par une bande d'espions pour un certain George Kaplan qui n'est autre qu'un personnage fictif créé de toutes pièces par les Services secrets américains. Il est également soupçonné du meurtre d'un diplomate des Nations Unies. Poursuites, rebondissements, action, amour, tous les ingrédients chers au réalisateur sont présents et font mouche. Au cours de son périple, Thornhill fait la connaissance d'une charmante jeune femme, Eve Kendall (Eva Marie-Saint) peu farouche et ils s'éprennent l'un de l'autre. Il se trouve qu'Eve est la maîtresse du chef des espions Philip Vandamm (James Mason), lequel est toujours entouré de sa bande de gros bras avec notamment son secrétaire Léonard (Martin Landau), personnage efféminé et visiblement épris de son patron, ainsi que Valerian (Adam Williams) l'exécuteur des basses œuvres et véritable meurtrier. Thornhill finira par sauver Eve, qui appartient en fait aux Services secrets, des griffes des espions après une course épique au Mont Rushmore, sur les visages d'ex-présidents américains taillés dans la pierre, à même le flanc de la montagne. Les scènes d'anthologie sont légion dans ce film, outre celle-ci, on peut bien sûr citer la fameuse attaque de Thornhill par un avion dans un champ de maïs, que l'on revoit toujours avec le même plaisir.
Vandamm incarné par James Mason, est un personnage ambigu, élégant et raffiné mais capable de toutes les brutalités dont, bien évidemment il ne se charge pas lui-même. Pour se faire, il délègue Valerian. Par ailleurs, Léonard son secrétaire, fait preuve de toutes les attentions pour son maître. Il est visiblement homosexuel et très épris de Vandamm, c'est d'ailleurs avec une jubilation certaine qu'il dévoile à ce dernier le double jeu dont se livre Eve et qu'il a découvert.
Lors des entretiens qu'il a tenus avec François Truffaut, Hitchcock a précisé que la personnalité de Vandamm était en fait divisée en trois : Vandamm lui-même, personnage distingué et recommandable, son secrétaire Léonard, figurant sa part d'homosexualité et enfin Valerian, le brutal. Un méchant très complet donc, et parfaitement réussi.
 
James Mason en bref : acteur anglais né en 1909 et mort en 1984, il a eu une carrière très éclectique puisqu'il a incarné avec le même bonheur Gustave Flaubert dans Madame Bovary en 1949, le Maréchal Rommel dans Le Renard du désert en 1951, Napoléon dans la série télévisée La Vie amoureuse de Napoléon en 1953 et le Capitaine Nemo dans 20 000 lieues sous les mers en 1954. Il interprétera même Maxim de Winter dans un remake de Rebecca pour le petit écran en 1962.
Il était l'archétype même des méchants vénérés par Hitchcock, tout en élégance et bonnes manières. On ne le reverra malheureusement pas dans un autre rôle sous sa direction.
 







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PSYCHOSE


(PSYCHO - 1960)




ANTHONY PERKINS
C'est maman qui m'a dit...


 

 

Après ses nombreux très gros succès, Alfred Hitchcock avait besoin d'un 1960-Psychose.jpgnouveau défi. Il l'a trouvé en réalisant Psychose avec un très petit budget (800 000 $) et dans les conditions d'un film de télévision. Le résultat est l'un des plus gros succès de l'histoire cinématographique et sans doute le film le plus rentable puisqu'il a rapporté plus de 20 millions de dollars. Succès phénoménal, boosté par une campagne de publicité géniale, Psychose a fait frissonner des générations de spectateurs et de téléspectateurs.
Norman Bates (Anthony Perkins) vit avec sa mère malade et tient seul un motel situé au bord d'une route délaissée. Une jeune femme Marion Crane (Janet Leigh) en fuite après avoir volé une forte somme d'argent s'arrête un soir pour passer la nuit et est assassinée dans sa douche après avoir sympathisé avec Norman Bates. La scène est toujours vue avec le même bonheur et la même surprise. Le reste relève de l'enquête réalisée d'abord par un détective privé, Arbogast (Martin Balsam) lui aussi assassiné, puis par la sœur de Marion, Leila (Vera Miles) et son fiancé Sam (John Gavin). Il est préférable de ne pas dévoiler la fin, bien que très peu de monde l'ignore encore. Les décors et surtout la maison baroque tiennent une place prépondérante dans le film, ainsi que la personnalité tourmentée de Bates. La performance d'Anthony Perkins est en tous points remarquable, sous ses dehors avenants et son visage angélique, il interprète un des psychopathes les plus réussis du cinéma. Physique élancé, sourire facile, voix doucereuse, égards attentifs envers sa mère à qui il voue un amour sans bornes, attitude gauche avec les femmes, il EST véritablement Norman Bates et ce rôle lui collera tellement à la peau qu'il ne parviendra jamais à s'en défaire totalement. Si le film est une telle réussite, nul doute que Perkins y est pour beaucoup.

Anthony Perkins en bref : acteur anglais né en 1905 et mort en 1995, il obtient là son plus grand rôle, mais aussi celui qui marquera sa carrière à jamais. On ne lui proposera pratiquement plus, en effet, que des personnages de psychopathe ou de détraqué et il ne parviendra jamais à sortir vraiment de cette image. Il interprétera à nouveau Norman Bates dans trois suites du film, de 1983 à 1990 et il réalisera lui-même le troisième opus. Il est passé directement de jeune premier à malade mental permanent dans l'image des réalisateurs. Il a malgré tout reçu, dès 1961, le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes pour son rôle dans Aimez-vous Brahms ? qu'il jouait aux côtés d'Ingrid Bergman et Yves Montand.










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LES OISEAUX

(THE BIRDS - 1963)




LES OISEAUX
Des méchants à perte de vue.


1963-Oiseaux2.jpgNouveau défi, basé cette fois-ci sur les effets spéciaux, Les Oiseaux a été inspiré à Hitchcock par une nouvelle de Daphné du Maurier qui lui est revenue en mémoire après deux attaques inexpliquées d'oiseaux sur les côtes américaines.
Une jeune et jolie jeune femme, Melanie Daniels (Tippi Hedren) se rend un week-end à Bodega Bay, chez une de ses connaissance Mitch Brenner (Rod Taylor) avocat vivant chez sa mère Lydia (Jessica Tandy) avec sa jeune sœur Cathy (Veronica Cartwright). Alors qu'elle a pris place sur un canot et qu'elle arrive chez Mitch, elle est victime de l'attaque d'une mouette qui la blesse au front. Au fur et à mesure que le film avance, les oiseaux de toutes sortes sont responsables de dégâts de plus en plus importants et causent la mort de plusieurs personnes. Melanie, désignée par la vindicte comme la responsable de ces troubles et l'incarnation du diable sera finalement une des principales victimes dans une attaque mémorable durant laquelle Tippi Hedren sera blessée pour de bon et épuisée moralement après le tournage.
Hitchcock a voulu préserver le mystère et on ne sait pas ce qui a motivé ces attaques ni ce qui adviendra ensuite.
Les oiseaux, véritables "premier rôle" du film sont omniprésents (près de 400 plans sur les 1500) et à une époque où les effets spéciaux n'avaient rien de comparable avec ce qu'ils sont aujourd'hui, la performance est phénoménale et le film fonctionne encore très bien. Hitchcock a su utiliser tous les moyens mis à sa disposition, notamment pour l'incrustation dans l'image et les techniques de prise de vue. La grande majorité des oiseaux employés étaient vivants et dressés, l'utilisation d'oiseaux mécaniques n'étant pas satisfaisante et celle de volatiles empaillés forcément limitée en raison de leur caractère statique. Les attaques vont crescendo tout au long du film et celle se déroulant à la sortie de l'école est particulièrement angoissante, ainsi bien sûr que celle lorsque Melanie est enfermée au grenier tout à la fin. Rayon effets spéciaux, l'incendie de la station service est un bijou démontrant qu'un seul oiseau peut déclencher une catastrophe. Le point de vue aérien de la mouette qui semble signifier qu'elle est maîtresse du jeu est spécialement intéressant.

Les oiseaux en bref : vivants, empaillés ou mécaniques, que sont-ils devenus ?
 
 
 
 
 
 

 

LE RIDEAU DÉCHIRÉ Rideau-dechire.jpg

(TORN CURTAIN - 1966)

 

 

WOLFGANG KIELING
Avec les compliments de la Stasi
 

    
 
 
 
Film sur fond de guerre froide, Le Rideau déchiré raconte le passage à l'est d'un savant américain, le professeur Michael Armstrong (Paul 1966-Rideau-Wolfgang-Kieling.jpgNewman) accompagné de sa fiancée et assistante Sarah Sherman (Julie Andrews). On découvrira qu'en fait, loin d'être un traître, il avait pour mission de récolter des renseignements très importants que seul le professeur Lindt (Ludwig Donath), savant Est-Allemand pouvait lui fournir.
Durant tout son séjour, Armstrong sera flanqué d'un encombrant "guide" et garde du corps Hermann Gromek (Wolfgang Kieling) qui ne le lâchera pas d'une semelle, y compris lorsque l'Américain prendra contact avec son complice sur place.
Gromek ayant découvert ses intentions, Armstrong n'a pas eu d'autre solution que de le supprimer, aidé en cela par la fermière locale, épouse de son contact. La scène du meurtre a tout spécialement inspiré Hitchcock qui voulait démontrer combien il peut être difficile et long de tuer un homme. En effet, obligés d'agir en silence, les deux meurtriers auront toutes les peines du monde à parvenir à leur fin, après avoir tenté de lui planter un couteau dans la poitrine puis frappé à coup de pelle, ils seront contraints de l'asphyxier en lui maintenant la tête dans le four à gaz de la cuisinière.
Le film souffre certes d'un anticommunisme légèrement primaire mais le mode de vie locale est parfaitement rendu.
Hermann Gromek personnage rond et sympathique de premier abord est superbement incarné par Wolfgang Kieling. Toujours vêtu d'un long manteau de cuir, mâchouillant sans cesse un chewing-gum, il colle aux basques de son hôte et ne le lâche pas.
Il personnifie magistralement l'idée que l'on se fait de l'hospitalité par-delà le rideau de fer à la grande époque du communisme et le sentiment d'être épié dans ses moindres faits et gestes. Même s'il semble aimable, on sent bien qu'à tout moment Gromek peut être sans pitié, formaté qu'il est par un système où seul l'intérêt national prime, au delà de l'humain. Pour détendre malgré tout l'atmosphère, ses ennuis permanents avec un briquet récalcitrant viennent mettre la touche d'humour indispensable et si chère à Hitchcock.
Il n'hésite toutefois pas une seconde à vouloir dénoncer Armstrong et ses complices lorsqu'il découvre leurs intentions. Il fait preuve également d'une résistance physique sans égale avant de mourir, survivant de longues minutes aux assauts répétés des deux protagonistes.
 
 
 
 
Wolfgang Kieling en bref : acteur allemand né en 1924 et mort en 1985, il interprète là son seul rôle dans un film non germanique. Une scène, tournée mais finalement coupée au montage, le voyait incarner également le frère d'Hermann Gromek, que rencontre Armstrong en visitant une usine après que le meurtre ait eu lieu. Il avait donc la sensation de se retrouver nez à nez avec celui qu'il avait eu tant de mal à tuer.
 
 




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L'ÉTAU
 
(TOPAZ - 1969)
 
 
 
 
 
 

JOHN VERNON et MICHEL PICCOLI
Des méchants, encore des méchants...


 1969-Etau-Vernon-Piccoli.jpgA dire vrai, il y a beaucoup de méchants dans L'Étau, sans doute trop ! L'intrigue est confuse et la multiplicité des lieux et des personnages ajoute encore à la difficulté de compréhension. Il s'agit d'une histoire d'espionnage se déroulant aux Etats Unis, à Cuba et en France, mêlant des espions de toutes les nationalités. Rico Parra (John Vernon) proche collaborateur de Fidel Castro et amant de la veuve d'un héros de la révolution, Juanita de Cordoba (Karin Dor) découvre la trahison pour laquelle elle était aidée par un agent américain André Devereaux (Frederick Stafford) dont elle est amoureuse et la tue. Jacques Grandville (Michel Piccoli) agent français et traître à son pays qui appartient également au réseau finira, lui, par se suicider quand il sera démasqué en toute fin de film.
Toutes ces carences, ajoutées à l'absence de stars, ont valu un échec cuisant dont Hitchcock ne se remettra jamais tout à fait.
Malgré ces insuffisances, on peut remarquer qu'une fois de plus, les méchants se sortent plutôt bien de la situation.
John Vernon en véritable clone de Fidel Castro dans le rôle de Rico Parra fait froid dans le dos. Toujours armé et vêtu d'un treillis militaire, ses yeux d'un bleu profond ajoutent encore à l'angoisse provoquée par son regard perçant. Il tue sans vergogne celle qui l'a trahi, d'un coup de revolver alors qu'il l'enlace dans un élan amoureux. Ce plan est particulièrement beau, lorsqu'elle tombe au sol la robe de Juanita s'ouvre comme une fleur.
Michel Piccoli, dans un rôle moins développé incarne un espion dans l'entourage du général de Gaulle profitant de sa situation haut placée. Surnommé Colombine, il est infiltré par les services secrets russes et trahi son pays sans états d'âme. Coureur de jupons portant beau, il entretient une liaison avec l'épouse de Devereaux (Dany Robin) qu'il reçoit dans sa garçonnière. Il sera contraint de se suicider, acculé par les preuves de sa culpabilité.
 
John Vernon en bref : acteur canadien né en 1932 et mort en 2005, il a eu une riche carrière, bien que basée essentiellement sur des films de télévision. Il a tourné jusqu'à ses derniers jours.
 
Michel Piccoli en bref : acteur français né en 1925, son impressionnante carrière, riche de plus de 200 films en France mais aussi à l'étranger dans une moindre mesure, se poursuit encore aujourd'hui. Il a tenu de grands rôles avec les meilleurs réalisateurs.
Son destin à la fin du film a évolué plusieurs fois car Hitchcock ne parvenait pas à trouver une issue satisfaisante. Il a tour à tour quitté la France dans un avion russe ou été abattu en duel par Devereaux. Faute d'impact auprès du public, ces scènes n'ont pas été intégrées et remplacées par le suicide qui n'est en fait pas montré mais uniquement suggéré en un rafistolage de dernière minute.




 

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FRENZY
 
(1972)


 
BARRY FOSTER
Maniaque sexuel repoussant.
 
 
 
 
De retour à Londres, sur les lieux de son enfance et principalement à Covent Garden, Hitchcock brosse dans Frenzy le portrait d'un maniaque1972-Frenzy-Foster.jpg sexuel qui viole et étrangle des femmes avec une cravate qu'il laisse en guise de carte de visite.
Richard Blaney (Jon Finch) barman fraîchement renvoyé se trouve soupçonné car il a été vu sortant du bureau de son ex-épouse qui a été peu après assassinée selon le mode opératoire habituel. Blaney soutenu par sa petite amie Babs (Anna Massey) et par une vague connaissance Bob Rusk (Barry Foster) qui est détaillant en fruits et légumes au marché de Covent Garden, essaie d'échapper à la police lancée à ses trousses.
Le coupable se révélera être Rusk, détraqué dangereux, frustré de ne pouvoir obtenir par la séduction le type de femme objet de ses fantasmes. D'apparence peu avenante, rouquin hypocrite, il fait croire à Blaney qu'il va l'aider mais l'accable dans son dos. Bien qu'inconnu, Barry Foster est parfait dans ce rôle, une des trouvailles d'Hitchcock. Il est plus convainquant que les autres acteurs, tous Anglais comme lui. Lorsqu'il commet ses meurtres, il paraît possédé, dans un état second, il transpire, son visage se transforme, le rendant particulièrement repoussant. Il parvient malgré tout, dans certaines situations, à nous être plus sympathique que Blaney qui tient pourtant le rôle positif.
Une des scènes les plus cocasses du film est celle où Rusk se rendant compte qu'il a oublié sa pince à cravate marquée de ses initiales dans la main de sa victime, entreprend de la récupérer alors que le cadavre est enfermé dans un sac de pommes de terres et que le camion part en livraison. Il est obligé de casser les doigts déjà raides de la victime et nul doute que le craquement qui en découle a été une douce volupté macabre pour Hitchcock. Un des détails savoureux dont il raffolait.
 
Barry Foster en bref : acteur anglais né en 1927 et mort en 2002, sa carrière s'est cantonnée à la Grande Bretagne où il est apparu principalement dans des réalisations pour la télévision.





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COMPLOT DE FAMILLE
 
(FAMILY PLOT - 1976)



 
KAREN BLACK et WILLIAM DEVANE
Couple diabolique.


1976-Complot-Black-Devane.jpgPour ce qui s'avérera être son dernier film, le vieillissant Alfred Hitchcock nous raconte les destins croisés de deux couples.
D'un côté George Lumley (Bruce Dern), chauffeur de taxi et Blanche Tyler (Barbara Harris), prétendument voyante extralucide, et de l'autre Arthur Adamson (William Devane) et son épouse Fran (Karen Black) lui étant joaillier et avide de diamants.
Blanche est chargée de retrouver, pour le compte d'une riche vieille femme, le neveu qu'elle a abandonné il y a de nombreuses années afin de le faire hériter. Il se trouve que ce neveu n'est autre qu'Adamson qui a pris une autre identité et qui, en plus de son métier de joaillier, a comme passe temps favori de kidnapper avec l'aide de Fran des personnalités afin d'obtenir une rançon versée sous forme de diamants de grande valeur. Blanche aidée de son ami parviendra à retrouver Adamson et à le confondre avec son épouse.
Malheureusement pour ce qui aurait dû être son testament cinématographique, Hitchcock nous gratifie d'un film pas franchement mauvais mais qui souffre de la pauvreté de sa distribution. En effet il n'a réuni là que des acteurs de série B et certains, notamment le couple de méchants ne sont pas à la hauteur.
Karen Black s'en sort à peu près convenablement, malgré un physique assez quelconque (elle souffre notamment d'un strabisme assez marqué) en négociatrice grimée en blonde. Elle est une épouse qui semble se livrer aux exactions de son mari plus par jeu que par réel appât du gain.
Quant à William Devane, sa moustache trop bien taillée et les mimiques exagérées qu'il fait en permanence avec sa bouche, notamment pour montrer sa satisfaction paraissent bien surannées. Il est trop précieux et semble surjouer en permanence.
Comme on peut le voir hélas, pour son dernier film, Hitchcock nous propose sans doute les méchants les moins réussis de sa filmographie.
 
Karen Black en bref : actrice américaine née en 1939 et disparue en 2013 à l'âge de 74 ans, elle a réalisé une belle carrière outre-Atlantique, qui lui a valu de nombreuses nominations dont une aux oscars en 1970 pour son rôle dans le film Five easy pieces aux côtés de Jack Nicholson.
 
William Devane en bref : acteur américain né en 1937, il a remplacé au pied levé Roy Thinnes (le David Vincent du feuilleton Les Envahisseurs) qui a été renvoyé après quelques jours de tournage, Hitchcock n'appréciant pas sa façon de jouer. Malgré une prestation en demi teinte ici, il réalise une carrière honorable qui continue à ce jour.
 
 
 
 
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27 avril 2007 5 27 /04 /avril /2007 13:28

 

 

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Place ici aux anecdotes, aux à-côtés, à la petite histoire, mais toujours sur le même sujet…



 

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Clin d'oeil

Hitchcock dans "Scènes de ménages"

 

Pur hasard ou clin d'œil assumé, Hitchcock se trouve de façon surprenante affiché sur un des murs de l'entrée dans l'appartement partagé par Marion (Audrey Lamy) et Cédric (Loup-Denis Elion) dans la série "Scènes de ménages" diffusée chaque soir à 20h15 sur M6.

En effet, l'affiche que l'on peut voir accrochée au mur, jamais de façon très rapprochée il est vrai, est celle de la version belge de La Maison du Dr Edwardes (Spellbound) avec Ingrid Bergman et Gregory Peck, film sorti en Belgique sous le titre "Je te sauverai" comme le montre la reproduction figurant sur la photo ci-dessous.

 

 

                                                                                          

 

 


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Hitchcock en chanson

Un bel hommage


                                                                                                                                                             

                                                                                                                                               


Grand amateur du cinéma classique hollywoodien, Eddy Mitchell rend un hommage appuyé à Hitchcock sur son album Héros sorti en novembre 2013. La plage 8 de ce CD, intitulée Final cut, lui sert de postulat tendant à prouver que, contrairement au cinéaste dans ses films, il n’est pas maître de la fin de son histoire d’amour. Il réussit la prouesse de citer près d’une vingtaine de titres de films d’Hitchcock dans cette seule chanson…

 

 

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Hitchcock et Titanic

Un projet qui tombe à l'eau...

 

Alors que l'on vient de commémorer le 100ème anniversaire du naufrage du Titanic qui a Hitchcock Titanicsombré le 15 avril 1912, il est intéressant de rappeler que lorsque le producteur David O. Selznick a fait venir Hitchcock à Hollywood en 1939, c'était initialement pour réaliser un film retraçant le naufrage du célèbre paquebot.
Le réalisateur a commencé à travailler sur le projet adapté d'un roman, adaptation qu'il voulait très réaliste et il semblait d'ailleurs assez intéressé par l'idée. Le projet a finalement été abandonné après pas mal d'hésitations et le film n'a jamais vu le jour. Il a été remplacé par Rebecca, adaptation d'un roman de Daphné du Maurier qui restera donc comme le premier film américain de la carrière d'Alfred Hitchcock.
Nul ne peut présager de ce qu'aurait été le résultat si Hitchcock avait pu le réaliser. Celui-ci aurait évidemment été bien différent de l'adaptation qu'en a fait James Cameron bien plus tard mais Hitchcock avait toutefois prouvé en tournant La Taverne de la Jamaïque en 1939 et le prouvera plus encore en 1943 avec Lifeboat que les tournages de naufrages et les défis aquatiques qu'ils impliquent ne lui faisaient pas peur et qu'il s'en sortait de façon magistrale, indépendamment des défauts intrinsèques dont peuvent souffrir ces films.
Il y a également dans Correspondant 17, film qui suivi immédiatement Rebecca en 1940, une scène d'anthologie lorsqu'un avion se crashe dans la mer, la caméra étant placée dans le cockpit lors de l'arrivée de l'avion dans l'eau. Le tournage a nécessité des sommets d'ingéniosité et le résultat est bluffant.




 

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Sueurs froides

Carlotta Miles ou Carlotta Novak ?



Lors de la préparation du tournage de Sueurs froides (Vertigo), en 1957, Alfred Hitchcock souhaitait absolument que Vera Miles tienne le rôle principal féminin. Il l'avait fait tourner dans le premier téléfilm diffusé de sa série "Alfred Hitchcock présente" : C'est lui en 1955 et dans Le Faux coupable en 1956.
Il voulait qu'elle devienne une nouvelle Grace Kelly et croyait beaucoup en elle.
Dans un premier temps, Vera Miles a donné son accord et a été engagée pour tenir le double rôle de Madeleine/Judy.
Des essais de coiffure ont été effectués et une première version du tableau de Carlotta Valdes, l'ancêtre de Madeleine qu'elle contemple durant de longues minutes dans le musée, a été réalisée à son effigie.
Malheureusement Hitchcock est tombé malade et a dû être hospitalisé à deux reprises, ce qui a retardé le tournage. Vera Miles est entre temps tombée enceinte et il a fallu la remplacer au pied levé.
Le réalisateur fort mécontent a donc choisi, la mort dans l'âme, de confier le rôle à Kim Novak.
Il ne l'a jamais vraiment acceptée et ses rapports avec son actrice ont été très tendus durant et après le tournage.
On a été contraint de réaliser une nouvelle version du tableau, celui que l'on peut voir dans le film, le visage des deux femmes étant assez différent.
Je vous propose un petit comparatif entre les deux actrices et les deux portraits. Il est permis de constater que la première mouture est plus dépouillée que la version finale, les décors en arrière plan devant, sans doute, être ajoutés par la suite.


 

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Psychose
Passez donc à la maison !
 

La maison de Norman Bates dans Psychose (Psycho) est un "personnage" essentiel du film, le nœud de l'intrigue.
Hitchcock a voulu une maison gothique de style californien.
Afin de renforcer son caractère inquiétant, il souhaitait qu'elle soit élevée et placée en hauteur, sur une bute, afin de contraster fortement avec le motel long et bas.
Adaptation d'un ensemble déjà existant aux studios Universal, la sinistre maison s'inspire du tableau peint en 1925 par Edward Hopper "House by the Railroad" et des dessins publiés dans le "New Yorker" dans les années 30 par Charles Addams, qui allait devenir célèbre par la suite avec la fameuse Famille Addams adaptée ultérieurement en série télévisée, en dessins animés puis en films.
Il suffit de voir que la longue bande annonce diffusée lors de la sortie du film n'est en fait qu'une visite guidée de cette maison, orchestrée par Hitchcock lui-même, pour apporter la preuve de son importance.
Archi connue, cette demeure a fait l'objet de beaucoup d'évocations diverses, de clins d'œil et même de produits dérivés.
 
Maisons Psychose s 
 
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La Mort aux trousses
Connaissez-vous ma (très jeune) mère ?



Dans le célébrissime La Mort aux trousses sorti en 1959, le rôle de la mère de Roger Thornhill (Cary Grant) est interprété par Jessie Royce Landis, une actrice américaine assez peu connue.
Le cocasse de cette situation familiale réside dans le fait que celle qui est censée incarner sa mère est en réalité plus jeune que Cary Grant, de près d'un an !
En effet, ce dernier était né le 18 janvier 1904 alors que sa "génitrice" dans le film est venue au monde le 25 novembre de la même année, soit 10 mois après son fils. Cherchez l'erreur !
Le tournage ayant eu lieu à l'automne 1958, ils avaient donc chacun plus ou moins 54 ans.
Cary Grant étant un habitué des rôles d'éternel jeune homme, le public n'y a vu que du feu. Il est vrai que Jessie Royce Landis n'avait pas une apparence particulièrement juvénile.
Elle avait incarné également le rôle de la mère de Grace Kelly dans La Main au collet en 1955, toujours avec Cary Grant, mais cette fois, elle avait 25 ans de plus que sa fille (Grace étant née le 12/11/29), ce qui était tout à fait plausible.

 
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A l'est de Shanghai / Frenzy
Une si longue attente. 



En 1932 sort A l'est de Shanghai, comédie alerte racontant les déboires d'un jeune couple se retrouvant inopinément à la tête d'une fortune qui lui permet de voyager à travers le monde.
Au cours de leur périple en bateau, les jeunes mariés font la connaissance d'une vieille fille, pot de colle, curieuse et excentrique, interprétée par Elsie Randolph, actrice anglaise de complément alors âgée de 27 ans et dont c'est la première apparition à l'écran. Sa carrière est demeurée très mince, elle n'a tourné qu'une dizaine de films. La singularité de cette carrière réside dans le fait que son premier et son dernier film, espacés de 40 ans, rien que ça, ont tous deux été tournés sous la direction d'Hitchcock. Il lui a, en effet, confié un petit rôle dans Frenzy en 1972, lors de son retour en Angleterre, sa terre natale. Elle jouait une employée d'hôtel apeurée à l'idée de découvrir que le dangereux psychopathe recherché par la police dort dans une chambre de l'établissement où elle travaille.
Hitchcock et son actrice se sont, malgré le peu de films tournés ensemble, toujours croisés au cours de leur vie et c'est sans doute par amitié et estime que le metteur en scène a employé cette vieille connaissance pour un petit rôle dans son avant dernier film et l'ultime réalisé dans son pays d'origine.

 
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Une Femme disparaît
Un duo qui tient la route.


Femme-disparait-1.jpgUne Femme disparaît (The Lady vanishes) sorti en 1938, est le plus grand succès d'Hitchcock durant sa période anglaise. Ce film trépidant et plein d'humour est rehaussé de nombreux seconds rôles particulièrement croustillants parmi lesquels le plus fameux est sans doute celui du duo d'amis Anglais formé de Charters (Basil Radford) et Caldicott (Naunton Wayne), deux parieurs de cricket invétérés.
Si au début du film leur unique préoccupation est de connaître les résultats de leur sport favori, sans se soucier le moins du monde des menaces pesant sur la paix, on découvre finalement que lorsque les choses se Femme-disparait-2.jpgcompliquent ils n'hésitent pas à faire preuve de courage et à prêter efficacement main forte aux autres passagers du train en vue de défendre leur liberté. 

Le duo comique et plein de finesse figurant à merveille l'humour typiquement anglais, a si bien fonctionné qu'un copyright a été déposé et c'est ainsi qu'on a pu retrouver les deux personnages incarnés par les mêmes acteurs dans trois films ultérieurs, non réalisés par Hitchcock : Train de nuit pour Munich de Carol Reed en 1940, Croock’s Tour de John Baxter en 1941 et Millions like Us de Sidney Gilliat et Frank Launder en 1943.
Ils en feront même un numéro de fantaisistes qu'ils interpréteront au music-hall et à la radio.
Ces personnages sont nés de l'imagination des scénaristes de Une Femme disparaît qui ne sont autres que Sidney Gilliat et Frank Launder, lesquels, sans doute satisfaits de leur trouvaille et forts du succès rencontré les ont repris dans le film qu'ils ont réalisé en 1943.
Si Naunton Wayne n'est jamais apparu dans aucun autre film d'Hitchcock, Basil Radford n'en était pas à sa première participation puisqu'il avait déjà joué dans Jeune et innocent en 1937 et tiendra à un nouveau un second rôle dans La Taverne de la Jamaïque en 1939.

 
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Complot de famille
Trop envahissant !


En avril 1975, Hitchcock débute le tournage de ce qui devait être son dernier film Complot de famille. Le rôle d'Arthur Adamson, le bijoutier qui se livre avec son épouse à l'enlèvement de personnalités en vue d'obtenir des rançons versées sous la forme de diamants, était tenu à l'origine par Roy Thinnes, très connu pour étant le fameux David Vincent de la série télévisée Les Envahisseurs très populaire à la fin des années soixante.
Après plusieurs jours de tournage, et pour des raisons demeurées assez obscures, il a été renvoyé par Alfred Hitchcock qui, semble-t-il, ne le trouvait pas assez méchant pour le rôle.
Il a été remplacé dans l'urgence par William Devane et plusieurs scènes ont dû être retournées. Certaines durant lesquelles Thinnes figure de loin ont cependant été conservées et figurent dans le film, il s'agit notamment du passage de l'enlèvement se situant dans la cathédrale.
On ne saura jamais si le film y a gagné en crédibilité, mais à mon avis, l'interprétation de William Devane est loin d'être convaincante.
 Tournage Complot blog 
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Histoire de famille
Hitchcock Père et Fille.

 
Fille unique d'Alfred Hitchcock et de son épouse et fidèle collaboratricePatricia-Hitchcock-sur-le-tournage-de-Num--ro-17.jpg Alma Reville, Patricia Hitchcock est née le 7 juillet 1928 à Londres.
Toute petite elle a baigné dans l'univers cinématographique qui était le quotidien de la famille entre un père metteur en scène de génie et une mère omniprésente alter ego du Maître, scénariste à ses heures, et dont rien n'était décidé sans son avis éclairé et son approbation.
Il était donc normal que, dès sa prime enfance, elle suive ses parents sur les plateaux de cinéma, comme le montre cette photo prise sur le tournage de Numéro 17 en 1932, elle a alors 4 ans et semble déjà très attentive.
Patricia-Hitchcock-sur-le-tournage-de-5e-colonne.jpgTout au long de la carrière de son père elle l'accompagnera souvent dans
 l'ombre, son caractère enjoué la faisant apprécier de tous, acteurs et techniciens.
Après des cours de théâtre à la Royal Academy of Dramatic Art à Londres, et des débuts à 13 ans dans la pièce Solitaire de John Van Druten, elle s'essaiera à une carrière de comédienne sans grand succès, les quelques pièces auxquelles elle participera quittant rapidement l'affiche.
Elle tournera un premier petit rôle dans Le Grand alibi réalisé par son père en 1950.
Elle y interprète une amie de Eve (Jane Wyman) malicieusement appelée Chubby, ce qui signifie "joufflue".
Elle devra également à son père son plus grand rôle au cinéma dans le film qu'il réalisa ensuite et sorti l'année suivante, L'Inconnu du Nord-Express. Engagée par l'intermédiaire de son
agent et après avoir tourné un bout d'essai concluant, elle tient le rôle de Barbara, la sœur d'Ann Morton (Ruth Roman) fiancée à Guy Haynes (Farley Patricia-et-Alfred-Hitchcock.jpgGranger), jeune espoir du tennis  en proie à un psychopathe dangereux et fou à lier Guy Anthony (Robert Walker).
Son physique étant assez proche de celui de l'épouse de Haynes, victime d'Anthony, sa ressemblance créé le trouble chez le meurtrier qui est à deux
doigts de renouveler son geste.
Le rôle de Patricia Hitchcock est à coup sûr le plus drôle du film et permet de détendre l'atmosphère pesante.
Sa dernière apparition dans un film de son père se situe dans Psychose en
1960, elle interprète Caroline la collègue du cabinet d'assurances dans lequel travaille Marion (Janet Leigh).
Sur un plan personnel, Pat Hitchcock s'est mariée en 1952 avec Joseph
 
O'Connell, homme d'affaires américain à qui elle a donné 3 filles précipitant ainsi la fin de sa carrière cinématographique il est vrai assez mal engagée.
Il faut noter également que de 1955 à 1960, elle a tourné dans 10 téléfilms de la série "Alfred Hitchcock présente" mais aucun n'a été réalisé par son père.
Elle l'a toujours soutenu et assisté jusqu'à ses derniers jours et a fait de même avec sa mère, elle s'efforce depuis à faire perdurer l'œuvre du Maître.




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Record
La preuve par 6.
 
Qui a le plus souvent tourné sous la direction d'Alfred Hitchcock ? Non, ce n'est ni James Stewart ni Cary Grant qui même s'ils sont les plus emblématiques, ont tourné chacun 4 longs métrages, mais un acteur plus discret et moins connu qui avec 6 participations détient le record de l'acteur le plus fidèle au grand réalisateur. Il s'agit de Leo G. Carroll, acteur britannique né en 1892 et disparu en 1972.
Il a incarné successivement le Dr Baker, médecin de l'héroïne défunte dans Rebecca en 1940, le capitaine Melbeck, cousin et ancien employeur de Johnnie Aysgarth (Cary Grant) dans Soupçons en 1941, le Dr Murchison, patron de clinique et assassin dans La Maison du Dr Edwardes en 1945, le procureur Sir Joseph, accusateur de la belle et infidèle Madame Paradine (Allida Valli) dans Le Procès Paradine en 1947, le sénateur Morton, père de Barbara (Patricia Hitchcock) et Anne (Ruth Roman), maîtresse de Guy Haines (Farley Granger) persécuté par un dangereux psychopathe (Robert Walker) dans L'Inconnu du Nord-Express en 1951 et enfin "le Professeur", patron du contre-espionnage américain dans La Mort aux trousses en 1959, sa dernière apparition dans un film d'Hitchcock. Ses rôles dans La Maison du Dr Edwardes et La Mort aux trousses sont les plus développés, dans les autres films il est moins présent.
Quelle que soit son interprétation, il ne quitte jamais son flegme très britannique et il en faut beaucoup pour lui arracher l'esquisse d'un sourire.
 
                      
 
Pour être complet, il faut signaler qu'un autre acteur en l'occurrence John Longden, aurait pu partager cette place d'acteur le plus fidèle avec également 6 films, mais il convient de préciser que ce dernier a tourné dans Elstree calling en 1930, film musical auquel ont participé plusieurs réalisateurs (et dont la part exacte revenant à Hitchcock est incertaine) et La Taverne de la Jamaïque en 1939, petit rôle pour lequel il ne figure pas au générique.
 
 
 
 
A suivre...

Titre fin


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