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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 14:54

                                                                                                                           

  Hitchcock Coups de projecteur titre 2


Mise en lumière de certains points particulièrement intéressants et typiquement hitchcockiens.

 

 

          LES OISEAUX (1963) : L'ATTAQUE FINALE c'est pas du cinéma !        

 


fleche (10) Pour en savoir plus sur chacun de ces films : Les films qui ont fait sa légende (2ème partie).

 

 


1954
FENÊTRE SUR COUR tout est dans le décor. 

 
Pour construire le gigantesque décor de Fenêtre sur cour qui reconstitue un immeuble de Greenwich Village à New York, le statut de réalisateur reconnu d'Hitchcock a su convaincre Paramount de le suivre dans cette coûteuse aventure. Le plus grand plateau des studios a été utilisé mais n'a pas suffi pour implanter cet énorme décor de 56 mètres de long, 11,5 mètres de large, et 12 mètres de haut.
L'appartement de James Stewart étant censé se situer au 2ème étage, alors qu'en réalité il se trouvait au niveau du sol (voir croquis ci-dessous), il a fallu creuser une immense fosse sous les caves pour y loger la cour et l'immeuble d'en face afin de donner la profondeur et le décalage des étages inférieurs. Le trou était si profond qu'il a atteint la nappe phréatique, ce qui a généré des problèmes d'infiltration d'eau qu'il fallait pomper régulièrement.

Fenêtre sur cour croquis

L'immeuble qui se trouve en face de celui de Stewart comprend 30 appartements dont 12 entièrement meublés, on peut également voir un coin de rue sur la gauche ainsi que des gratte-ciel en arrière plan et bien sûr la cour.
L'action se situant de jour comme de nuit, il a fallu mobiliser tous les dispositifs d'éclairage disponibles aux studios : 1000 lampes à arc dont de nombreuses fixées sur un énorme portique, ainsi que 2000 autres lampes moins puissantes restituant les différentes atmosphères. Robert Burks le chef-opérateur a fait des merveilles pour restituer à la perfection la lumière qui évolue au fil des heures, que ce soit de jour, au crépuscule ou de nuit.

                                                                                                                                         

                    1954- Fenêtre sur cour décor (1)            1954-Fenêtre sur cour décor (2)

Le budget alloué en 1953 à la construction de ce décor phénoménal est de 100 000 $ (soit environ 635 000 € actuels tout de même !) mais cela a débouché sur un des films les plus aboutis d'Hitchcock, le scénario est sans faille et le rendu à l'écran irréprochable dans les moindres détails.
La décennie des années cinquante constitue le sommet de sa carrière et durant cette période son inventivité et son énergie étaient à leur maximum il a réalisé ses films les plus remarquables.
Malgré des critiques assez partagées lors de sa sortie, en raison notamment du côté "voyeur" qui était reproché au sujet du film, le succès s'est installé et les bénéfices ont finalement été conséquents, asseyant plus encore la réputation d'Hitchcock. Ce film est aujourd'hui l'un des plus connus et des plus appréciés de sa filmographie et après de nombreuses rediffusions, il fait toujours le bonheur de ses fans...

Plateau Fenêtre sur cour Hitchcock                                                   Cette photo donne une idée exacte de l'ampleur du décor de Fenêtre sur cour.
                                                   On peut voir notamment que l'appartement de Stewart se trouve effectivement au niveau du sol
                                                   (on l'aperçoit en bas à gauche dirigé par Hitchcock qui se trouve sous la caméra), alors que la cour
                                                   est en contrebas surplombée par l'immeuble de 4 étages avec rez-de-chaussée.
                                                   On peut également voir les énormes portiques soutenant les innombrables projecteurs.



                                                A voir absolument :

 

 

                                                                                                                         

 

Timelaps de Fenêtre sur cour par Jeff Desom

 





Pellicule-Hitch4.jpg

 

 

1958

SUEURS FROIDES une tour imaginaire. 

 
Herbert Coleman, producteur associé du nouveau film d'Hitchcock : Sueurs froides, et qui a été chargé d'effectuer les repérages extérieurs, a su immédiatement en voyant la mission San Juan Bautista proche de San Francisco qu'elle correspondait exactement à ce que recherchait Hitchcock. Seul bémol de taille, la tour abritant le clocher avait été détruite et c'était un élément essentiel de l'histoire puisque la phobie du héros qui l’empêche de grimper l’escalier de cette tour conduit à la mort de celle qu’il aime. Ce n'était nullement le genre de problème qui pouvait faire renoncer Hitchcock lorsqu'il avait un projet en tête. Les contraintes techniques ne l'ont que très rarement fait reculer.

Pourtant à l'époque du tournage, en 1957, les images de synthèse qui nous paraissent si habituelles aujourd'hui n'existaient pas, bien évidemment et les effets spéciaux étaient réalisés de façon très artisanale. Il a donc fallu réaliser un cache peint représentant la tour vers laquelle Madeleine est irrésistiblement attirée, de façon à faire croire à l'écran lors des prises extérieures qu'elle existe bel et bien. C'est ainsi que, à vitesse normale, l'illusion est parfaite, comme on peut le voir sur l'image  .

 

                        

 

Pour le plan filmé de haut et dans lequel on voit Scottie sortir en courant après le "suicide" de Madeleine, il a fallu placer la caméra sur une plateforme située très en hauteur puis ajouter ensuite un cache représentant la tour   2 On peut voir que sur le même plan se mêlent le réel (Scottie et les bâtiments de la mission) et le virtuel (la tour).

Toutes les scènes se situant à l'intérieur de la tour ont été tournées en studio autour de l'escalier qui a été entièrement construit pour l'occasion.

L'effet de vertige si célèbre  3 et  4 a cependant posé pas mal de problèmes à Hitchcock. Afin de donner l'illusion du mouvement de l'escalier tel que le voit Scottie, le cinéaste souhaitait que la caméra fasse un rapide zoom avant combiné à un travelling arrière (brusque recul de la caméra). Après de nombreux essais, cela se révéla techniquement impossible compte tenu de la configuration.

 

 

Qu'à cela ne tienne, une maquette de l'escalier à l'échelle ½ a été construite mais cette fois posée horizontalement au sol  ce qui facilita grandement la manœuvre de la caméra.

 

 

Une fois encore, Hitchcock prouva que sa volonté permettait de vaincre les contraintes techniques. Sueurs froides est aujourd'hui reconnu par la majorité des critiques comme un des meilleurs films de l'Histoire du cinéma.

 

Pellicule-Hitch4.jpg

 

 

1959
LA MORT AUX TROUSSES une attaque millimétrée par un avion fantôme.    

Presque aussi célèbre que la scène du meurtre sous la douche de Psychose(voir ci-dessous), l'attaque de Roger Thornhill par un avion sulfateur est un modèle de ce qu'Hitchcock a toujours aimé faire : nous emmener là où il a décidé, sans se soucier de la vraisemblance.
Car il faut bien reconnaître qu'il est difficilement envisageable et même pratiquement impossible de tuer un homme de cette façon et c'est chercher singulièrement la complication… il aurait été si simple d'envisager un guet-apens suivi d'un canardage en règle de Thornhill, mais alors qu'aurions nous perdu !
Hitchcock a justement souhaité prendre le contre-pied de ce qui se pratiquait habituellement pour ce type de scène.
En effet comme il l'a confié à François Truffaut dans ses entretiens, généralement lorsqu'un homme en danger attend sur un trottoir, la scène se passe de nuit, sous la pluie et juste à la lumière d'un réverbère ; une voiture noire arrive lentement dans une petite rue sombre et un passager tire des coups de feu sur la victime qui ne peut s'échapper. Rien de tout cela dans La Mort aux trousses puisque Thornhill se retrouve au bord d'une route en plein soleil, au milieu d'une immensité de champs déserts et en fait de voiture noire, se fait attaquer par un avion surgi de nulle part qui arrose de pesticide des champs sans culture. Il peut courir à toutes jambes et se réfugier dans un champs de maïs proche. Clin d'œil d'Hitchcock aux clichés du genre, avant cette attaque, une voiture noire passe lentement devant Thornhill, le faisant frémir à l'idée de se faire tirer dessus. Malgré sa longueur inhabituelle, on ne s'ennuie pas une seconde et cette scène légendaire est vraiment du Hitchcock pur jus, une trouvaille dont il avait le secret.



Le déroulé de la scène : Sur les indications d’Eve, Roger Thornhill est envoyé en plein désert à un mystérieux rendez-vous avec le fameux Georges Kaplan. Il est déposé par un bus au milieu de nulle part en plein soleil. Thornhill aperçoit dans le lointain un avion qui traite des récoltes. Deux voitures passent successivement sur la route et le font légèrement tressauter… Finalement une voiture dépose son passager à proximité. Les deux hommes sont face à face comme dans un duel et Thornhill prend la décision d’aller lui demander s’il est Kaplan. L’inconnu répond par la négative et alors qu’il monte dans son bus, il attire l’attention de son acolyte en lui précisant que curieusement l’avion traite des récoltes là où il n’y en a pas… A peine le bus a-t-il démarré que l’avion change brusquement de direction, se dirige vers Thornhill et très vite se met à piquer sur lui. Le pauvre homme se met à courir pour se protéger dans un champ de maïs proche mais se fait tirer dessus par le pilote de l’avion. Apercevant un camion citerne qui arrive, il court en sa direction et le force à s’arrêter mais manque de se faire rouler dessus. L’avion déséquilibré s’encastre dans la remorque du camion qui explose aussitôt. Thornhill peut s’extraire puis dans la confusion vole un pick-up et prend la fuite.



                                                                                                                                            (cliquez sur les images pour les agrandir)
La mort aux trousses attaque avion (1)La mort aux trousses attaque avion (2)La mort aux trousses attaque avion (3)La-mort-aux-trousses_attaque-avion--4-.jpg

Bien que durant presque 10 minutes et tournée sans musique et pratiquement sans dialogues, cette scène est un bijou de suspense et d’action.
Il y a bien eu quelques petits accrocs avec Cary Grant qui avait des prétentions de star et se plaignait de ne rien comprendre à la trame de l’histoire mais rien qui ne pouvait entacher la bonne marche de l’entreprise.
Malgré sa complexité et les nombreux angles de prise de vue, le tournage bien qu’effectué sous une chaleur accablante (40° à l’ombre), s'est déroulé sans problème et tout s'est enchaîné comme prévu. Hitchcock savait toujours exactement ce qu'il voulait et le soin avec lequel il préparait ses films n'est pas une légende. Tout était parfaitement clair dans son esprit et grâce à un gros travail de préparation en compagnie du scénariste Ernest Lehman, tout était prévu et planifié.

La mort aux trousses schéma scène avion

Une fois le lieu de l'action trouvé, la production a dû le louer, planter le champ de maïs puis une fois celui-ci poussé, louer l'avion et le pilote pour procéder au tournage.
Ce dernier s'est déroulé, pour certains plans, avec l’aide d’une grue sur laquelle était fixée la caméra mais une ville étant visible tout au fond, il a été nécessaire d'ajouter des caches après le tournage.
Les scènes avec l'avion était bien sûr tournées sans Cary Grant, les plans sur lesquels il se faisait poursuivre et tirer dessus étant tournés en studio après coup, avec des transparences projetées en arrière plan. Une doublure était utilisée lorsque c'était nécessaire, notamment lorsqu'il se retrouve sous le camion à la fin.
Malgré une longueur exceptionnelle et de nombreux temps morts, à aucun moment le spectateur ne s’ennuie, persuadé que tout peut basculer d‘une seconde à l’autre. Tout l’art du suspense est contenu dans cette scène mythique.

      
1959 La mort aux trousses tournage (2)        1959 La mort aux trousses tournage (1)      1959 La mort aux trousses tournage (3)
Plusieurs aspects de la fameuse scène de l'attaque de Roger Thornhill par l'avion sulfateur. A gauche, le tournage du survol de l'avion seul, au centre, Cary Grant en studio avec l'image de l'avion projetée en arrière plan sur un écran et à droite Alfred Hitchcock et Cary Grant discutent sous la chaleur pendant les prises en extérieur.



signalisation (1) Trop beau pour être vrai…
Comme on l'a vu, le tournage de cette scène s'est très bien passé et le calendrier a été respecté. Habituellement Hitchcock aimait travailler à partir de story-boards avec lesquels il pouvait avoir une idée exacte du rendu à l'écran en fonction de la position de la caméra. Mais le travail a été si rapide que le dessinateur n'a pas eu le temps de les réaliser et il a fallu procéder au tournage sans l'aide de ces dessins.
La production consciente que ces fameux story-boards faisaient, eux aussi, partie de la marque de fabrique du metteur en scène et participaient à la promotion du film, a décidé d'en commander après le tournage afin d'entretenir la légende. Pour peu qu'on les regarde avec attention, ils paraissent bien trop fidèles à la scène réellement tournée et exagérément détaillés pour n'être que de simples dessins de travail croqués à la hâte. On peut les comparer à de véritables dessins de production bien moins détaillés.


                                    La mort aux trousses story-board promo                          La mort aux trousses story-board





Pellicule-Hitch4.jpg

 

 

 

1960
PSYCHOSE : LE MEURTRE SOUS LA DOUCHE de la haute couture. 

 
Dans l'inconscient collectif, le nom d'Hitchcock est très souvent indissociable de la scène du meurtre sous la douche de Psychose. Cette scène très marquante est une des plus célèbres du cinéma mondial.
Elle a tout d'abord fait l'objet d'un story-board très précis et détaillé, que l'on doit au dessinateur Saul Bass qui a également signé le générique.
Hitchcock en était très content et l'a respecté point par point comme on peut le constater en le mettant en parallèle avec la séquence réellement tournée.


                                                                                        (cliquez sur les images pour les agrandir)

Psychose storyboard                                                         

Le déroulé de la scène : après avoir pris conscience de son erreur, Marion décide de prendre une douche délassante avant la courte nuit précédant son retour. Soudain, une silhouette surgit dans son dos, écarte vivement le rideau de la douche et la poignarde avec violence sans qu'elle ait pu esquisser le moindre geste. Marion dans un geste désespéré semble vouloir s'accrocher au spectateur, elle entraîne le rideau dans sa chute, son sang s'écoule dans la bonde de la baignoire, son oeil se fige, Marion n'est plus...
                                                                                                                                    1960 Psychose meurtre douche (1)
1960 Psychose meurtre douche (2)1960 Psychose meurtre douche (3)

Le cinéaste a toutefois supprimé du story-board le plan final sur lequel Marion devait apparaître allongée sur le dos et les jambes écartées. Il l'a jugé trop indécent et impossible à faire accepter par la censure.
D'une durée totale d'un peu plus de deux minutes, cette scène a nécessité 78 plans de coupe et son tournage mobilisa l'équipe pendant 7 jours.
Une doublure remplaçait Janet Leigh chaque fois que c'était possible, généralement quand on ne voyait pas son visage. Les conditions de tournage étaient difficiles pour l'actrice qui, entre les répétitions et le tournage proprement dit, était sous l'eau une bonne partie de la journée.
Tout d'abord voulue par Hitchcock sans musique, cette scène ne devait comporter que le bruit de l'eau qui coule et les cris de Marion. C'était sans compter sur la détermination de Bernard Herrmann, le musicien attitré du réalisateur, qui a son insu a composé une partition tout spécialement et a demandé à Hitchcock de bien vouloir regarder la scène accompagnée de sa musique. Le cinéaste a convenu qu'effectivement celle-ci renforçait le caractère angoissant et collait parfaitement à l'action. On a du mal, aujourd'hui, à imaginer la violence de ce meurtre sans les violons stridents qui le rythment tellement cette musique nous est devenue familière et il faut bien reconnaître qu'Herrmann avait vu juste, l'association des deux est très convaincante.
Le rôle de "l'assassin" de Marion que l'on ne voit que dans l'obscurité n'a pas été tenu par Anthony Perkins mais par Margo Epper, une cascadeuse, qui faisait office de doublure.
Pour conclure, après bien des négociations douloureuses avec la censure, notamment au sujet de la nudité (le "code Hayes" était toujours applicable), et si cette scène a demandé pas mal de travail de préparation et de nombreuses contraintes de tournage, elle a finalement grandement contribué au succès du film et lui a permis d'entrer dans l'histoire du 7ème art. Chef d'œuvre de découpage (on peut apprécier le talent de George Tomasini) pour appuyer la violence suggérée plus que montrée, la soudaineté et le caractère complètement inattendu du meurtre avaient conquis Hitchcock et une fois encore il a fait mouche…

                 Psychose tournage Hitchcock Janet Leigh               Psychose story-board supprimé              Psychose tournage Hitchcock


signalisation (1) Petite énigme concernant la bande annonce de Psychose : de façon inexpliquée ce n'est pas Janet Leigh mais Vera Miles qui, dans cette bande annonce, tient le rôle de Marion poussant son cri d'angoisse sous la douche. Cette "substitution" n'a, à ma connaissance, jamais été éclaircie.
S'agit t'il simplement d'une facétie d'Hitchcock ou d'une volonté délibérée du cinéaste de brouiller les pistes ?
Si l'on s'en tient à l'esprit du réalisateur qui voulait par tous les moyens garder le secret sur le contenu du film, cette seconde solution semble crédible afin que les spectateurs qui avaient vu la bande annonce ne s'attendent pas à l'assassinat de Janet Leigh en la voyant entrer dans la douche. Cette hypothèse se justifierait par le fait qu'aucune relation ne peut être faite avec Vera Miles au moment du meurtre, le personnage de Leila qu'elle interprète n'apparaissant dans le film qu'après la mort de sa sœur Marion.


                                                                                                                                   
Psychose Vera Miles vs Janet Leigh



Pellicule-Hitch4.jpg
 

 

1962
FRANÇOIS TRUFFAUT l'histoire des entretiens.   

L'équipe des "Cahiers du cinéma" la célèbre revue destinée aux cinéphiles, avec notamment François Truffaut, Claude Chabrol et André Bazin, a toujours apprécié et défendu le travail d'Hitchcock. Truffaut en chef de fil alors qu'il n'était pas encore réalisateur, admirait particulièrement le travail d'Hitchcock.
Alors qu'il était aux Etats-Unis pour la promotion de son film Jules et Jim, François Truffaut a été très étonné de voir à quel point Hitchcock était mal considéré par les critiques américains qui faisaient preuve d'une grande condescendance.
Il rencontrait pourtant un grand succès public, mais était seulement vu par ceux-ci comme un réalisateur commercial et était systématiquement sous-estimé et victime parfois de mauvaise foi.

Au début des années soixante, Truffaut a donc espéré rencontrer son cinéaste fétiche pour retracer chronologiquement sa carrière en vue d'en faire un livre qui sortirait conjointement en France et aux Etats-Unis et qui viserait à lui rendre justice.
Hitchcock accepta avec enthousiasme et ils ont donc convenu de se rencontrer du 13 au 18 août 1962 dans les bureaux d'Universal à Hollywood. A cette époque, Hitchcock terminait le montage de son film Les Oiseaux. Ils ont été secondés par Helen Scott, traductrice Américaine employée au French Film Office et amie de Truffaut, qui avait le double avantage de parler parfaitement les deux langues et de maîtriser les termes techniques du cinéma. C'était en effet une condition essentielle à une bonne compréhension mutuelle.

Durant une semaine les deux hommes ont donc conversé à bâton rompu reprenant un à un les films d'Hitchcock, la parfaite préparation réalisée par Truffaut ne laissant pas de place aux approximations. Il avait revu beaucoup de ses films et avait de plus travaillé et pris des notes sur chacun d'eux. Il avait déjà à cette époque réalisé quatre films et connaissait donc les techniques et contraintes de la préparation ou du tournage d'un film. Cela se ressent dans la pertinence et la justesse de ses questions ou de ses propos.
Une cinquantaine d'heures ont été enregistrées sur magnétophone, à charge ensuite pour Helen Scott de retranscrire le tout en neutralisant les "hors sujet" afin de permettre à Truffaut d'en faire un livre. Le travail fut plus long et fastidieux que prévu et le livre ne parut pas aussi rapidement qu'espéré. Intitulé "Le cinéma selon Hitchcock", la première édition n'est sortie qu'en octobre 1966 en France et en novembre 1967 aux U.S.A. Le succès public ne fut pas immédiat, en raison notamment d'un prix de vente élevé justifié par l'imposante iconographie réunie par Truffaut et figurant dans le livre.

                                   Truffaut Hitchcock                                        Truffaut Hitchcock Helen Scott

Après la mort d'Hitchcock, Truffaut a actualisé l'ouvrage en y analysant les derniers films du réalisateur, la nouvelle édition est sortie en 1983 sous le titre "Hitchcock-Truffaut, édition définitive"
mais est plus communément appelé le "Hitch-book", surnom qui résume parfaitement le livre.
Près de cinquante ans après sa sortie, il est devenu aujourd'hui un classique et sans doute le livre le plus célèbre sur le thème du cinéma.
L'ouvrage est passionnant de bout en bout, on devine en filigrane l'admiration qu'Hitchcock suscitait à Truffaut, malgré tout, ses questions sont toujours pertinentes et sa connaissance de l'univers cinématographique transparaît très souvent. On peut seulement regretter qu'Hitchcock avait la fâcheuse tendance à tirer la couverture à lui et à minimiser systématiquement le rôle de ses différents collaborateurs.

                        Hitchcock Truffaut edition originale 1                     Hitchcock Truffaut edition définitive                  Hitchcock Truffaut edition poche

Les bobines enregistrées ont été retrouvées dans les locaux de la société de production de Truffaut "Les films du Carrosse" il y a quelques années et on peut les écouter via de nombreux sites Internet.
François Truffaut, membre de "La nouvelle vague" qui a bousculé le cinéma français, a eu une carrière de réalisateur très honorable rencontrant la consécration avec son film Le Dernier métro qui a obtenu le césar du meilleur film de l'année 1980, lui-même étant sacré meilleur réalisateur.

 

Il nous a quittés prématurément à l'âge de 52 ans, le 21 octobre 1984 des suites d'une douloureuse maladie.

 

Pellicule-Hitch4.jpg
 

 

1963
LES OISEAUX : L'ATTAQUE FINALE c'est pas du cinéma !  


 

Pour son 1er film, Tippi Hedren, actrice débutante repérée par Hitchcock dans une publicité télévisée ne se doutait pas des conditions de tournage qui l'attendaient pour la scène finale d'attaque des oiseaux.

Il lui avait été affirmé que cette scène serait réalisée avec des oiseaux mécaniques et était donc sans danger. Malheureusement, cela n'a pas été possible car le résultat n'était pas assez réaliste.

Au matin du début de tournage de cette scène clé, Hitchcock qui comme toujours a reculé devant un affrontement direct, a laissé le soin à l'un de ses assistants d'aller annoncer la nouvelle à Tippi.

Le cauchemar a commencé dès le début, l'actrice étant enfermée dans une sorte de grande cage dans laquelle se trouvaient de nombreux oiseaux, principalement des corbeaux et des mouettes qui étaient jetés sur elle par les techniciens sous le regard attentif de représentants de la cause animale.

Cette scène de 2 minutes à l'écran a nécessité 5 jours de tournage durant lesquels la pauvre Tippi a reçu un véritable bombardement d'oiseaux lui occasionnant un nombre considérable de coups de becs ou de griffes qui l'ont profondément meurtrie.

Pour les plans rapprochés, certains oiseaux étaient même retenus par un fil cousu à ses vêtements afin qu'ils ne puissent pas s'envoler.

L'un d'eux lui provoqua une blessure juste au-dessus de l'œil manquant de peu de lui causer une grave blessure.

Seul le holà des représentants de la SPA, qui jugeaient chaque soir lorsque les oiseaux étaient fatigués, mettait un terme à son calvaire.

A l'issue des 5 jours, Tippi était complétement exténuée et son corps lardé de plaies plus ou moins profondes.

Cary Grant de passage sur le plateau, loua son courage auprès d'Hitchcock.

Elle n'a aucun souvenir du week-end qui a suivi mais le lundi matin, alors qu'elle se trouvait dans sa loge prête à finir le tournage, elle a été retrouvée si profondément endormie qu'il a été impossible de la réveiller.

Elle a donc été raccompagnée chez elle et durant une semaine a été sous contrôle médical en raison de son épuisement physique et des conséquences psychologiques de ce tournage si traumatisant.

Une doublure a d'ailleurs dû être employée pour le tournage des dernières scènes, lorsque Mitch la porte dans les escaliers et que sa mère la soigne sur le canapé.

 

 

                                                                              

 

 

Le déroulé de la scène : alors qu tout le monde se repose au salon, Melanie, intriguée par un bruit venant de la chambre située à l'étage, s'y rend seule pour savoir ce qui s'y passe. Alors qu'elle ouvre la porte et pointe sa lampe torche, elle aperçoit un trou béant dans le toiture et un grand nombre d'oiseaux posés sur le lit. Apeurés par sa présence, ceux-ci l'attaquent et lui donnent de nombreux coups de bec et de griffes sur tout le corps. Ne pouvant lutter, Melanie s'effondre au sol mais la violence des oiseaux ne cesse de croître. Mitch vient à son secours mais Melanie, étendue inanimée au sol empêche l'ouverture de la porte. Ce n'est qu'après des efforts que Mitch, attaqué à son tour, parvient à l'extraire de la chambre et l'amène inconsciente au salon, suivi par sa mère qui va la soigner.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


hitchcroquis-gris5.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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