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29 avril 2007 7 29 /04 /avril /2007 15:56

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2ème partie :




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LA CORDE

(ROPE - 1948)
 
 



FARLEY GRANGER et JOHN DALL
A deux, c'est mieux.


Ce film est avant tout un tour de force puisqu'il est constitué de 8 plans de 101948-Corde.jpg minutes (le contenu d'un chargeur de pellicule) tournés de façon ininterrompue. Cela a nécessité non seulement de nombreuses répétitions, mais également une organisation phénoménale et un décor escamotable révolutionnaire. Les arrières plans de New York sont particulièrement réalistes, ainsi que la lumière extérieure dont l'intensité décroît au fur et à mesure du déroulement de l'action. Pour son premier film en couleurs et en tant que producteur, Hitchcock a bien fait les choses.
L'histoire est assez simple et fait plus penser à du théâtre filmé respectant l'unité de temps, de lieu et d'action puisque le film se déroule en temps réel : deux amis Brandon (John Dall) et Philip (Farley Granger) étranglent David un de leur camarade de classe, de façon tout à fait gratuite et pour le seul plaisir du geste. Ils enferment son cadavre dans un coffre trônant au milieu de la pièce principale et invitent un groupe de connaissances ainsi que leur ancien professeur et maître à penser Rupert Cadell, (James Stewart) à un dîner se déroulant sur les lieux même du forfait. Au fil de la soirée, Cadell finit par découvrir leur crime et ne partage pas leur point de vue sur la "beauté" du geste et le droit de mort sur les êtres prétendument inférieurs. Il leur reproche d’avoir dénaturé ses propos et de s’en servir comme prétexte de leur crime. Il finira par alerter la police en tirant un coup de revolver par la fenêtre.
Les deux amis étant manifestement homosexuels, bien que cela n’apparaisse jamais explicitement dans le film, ils se trouvent être assez complémentaires. John Dall dans le rôle de Brandon est de façon claire le dominant, sûr de lui et sans doute initiateur de la mise en scène macabre, même si on peut voir au tout début du film, que c'est Philip qui serre la corde et ainsi commet le meurtre. Il est maître de ses nerfs et volontiers manichéen. Farley Granger alias Philip quant à lui est nettement plus fragile, on le voit se dégrader au fil de l’intrigue et il boit plus que de raison pour essayer de supporter le poids de la culpabilité. Il a clairement été manipulé par son ami et semble le regretter.
Si John Dall dans son rôle de maître de cérémonie démoniaque paraît parfaitement crédible, Farley Granger semble exagérément nerveux. On a plus envie de le secouer afin qu’il se reprenne, tant il à l’air de sursauter au moindre geste. Ses expressions faciales sont souvent jouées à outrance.

John Dall en bref : acteur américain né en 1918 et mort en 1971, il a eu une assez piètre carrière au cinéma, ne tournant que dans une demi-douzaine de films pour le grand écran et dans plusieurs téléfilms ou séries télévisées. On ne le reverra plus sous la direction d’Hitchcock.



 

 

 

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LES AMANTS DU CAPRICORNE

(UNDER CAPRICORN - 1949)
 
 
 
 

MARGARET LEIGHTON
Milly… Danvers


1949-Amants-Capricorne-Margaret-leighton.jpgFilm en costumes se déroulant en Australie en 1835, Les Amants du Capricorne a été un échec assez cuisant, mettant fin à la société de production qu’Hitchcock avait créée avec son ami Sidney Bernstein.
Sam Flusky (Joseph Cotten) et son épouse Henrietta (Ingrid Bergman) reçoivent chez eux Charles Adare (Michael Wilding) qui est le cousin de la jeune femme. Celle-ci semble absente, comme sous l’emprise de l’alcool. Flusky confie à Adare que son épouse lui est restée fidèle alors qu’il a tué son frère qui refusait qu’elle l’épouse. Il a d’ailleurs pour ce geste été condamné à 10 années de bagne et ils se sont mariés à sa libération. Adare tombe rapidement amoureux d’Henrietta mais Flusky se montre jaloux, alors que son épouse semble de plus en plus étrange. Il se trouve qu’en fait c’est elle qui a tué son propre frère et que son mari s’est accusé pour elle, alors que la dévouée servante Milly (Margaret Leighton) éprise de son maître, empoisonnait lentement sa concurrente. Le couple sera sauvé et l’employée révoquée.
A l’instar de Mme Danvers dans Rebecca, Milly, également employée de la maison, veut nuire à sa maîtresse, cette fois par amour pour son mari. Margaret Leighton n’a pas un air aussi terrifiant que Judith Anderson, elle se montre toutefois plus brutale puisqu’elle fait régner la terreur sur les femmes de cuisine qu’elle a sous ses ordres, n’hésitant pas au besoin à les frapper avec un ceinturon. Manipulatrice, jalouse, commère et foncièrement mauvaise, elle use de tous les stratagèmes pour arriver à se faire apprécier de son maître qu’elle aime plus que tout, et ceci au détriment des autres. Elle sait aussi se montrer indispensable. Son visage, moins glacial que celui de Judith Anderson permet à Margaret Leighton de jouer une Milly paraissant plus humaine bien qu’étant au moins aussi perverse. Semblant aux petits soins pour sa maîtresse, elle organise en fait son empoisonnement progressif ajoutant à cela des mises en scène, comme la tête humaine réduite placée dans le lit pour terroriser Henrietta.

Margaret Leighton en bref : actrice anglaise née en 1922 et morte en 1976, principalement comédienne de théâtre où elle débute dès l'âge de 16 ans, sa carrière au cinéma fût moins riche mais elle a malgré tout partagé l'affiche avec de grands noms. Elle a également tourné dans des téléfilms ou des séries télévisées. Elle signe ici sans doute un de ses meilleurs rôles, le seul tourné pour Hitchcock.




 
 
 
 
 
 
  Grand-Alibi.jpg
LE GRAND ALIBI

(STAGE FRIGHT - 1950)
 
 



RICHARD TODD
Faible et sans consistance.


L’intérêt essentiel de ce film, aux yeux d’Hitchcock, était le fait qu’il se situe 1950-Grand-alibi-Richard-Todd-.jpgdans le milieu du théâtre. C’est à peu près le seul point positif qu’il en tirait car il considérait ce film raté. Il est vrai que ce n’est pas le meilleur, loin s’en faut et comme j’ai déjà pu le signaler en préambule, c’est lui, ou plutôt son méchant atypique qui m’a donné l’envie de cette chronique.
Truffaut abondait lui aussi dans le sens de son mentor et ajoutait avec justesse que si l’on ne s’intéresse pas beaucoup à l’histoire, c’est parce que personne n’est véritablement en danger et Hitchcock ajoute qu’en plus ce sont les méchants qui ont peur !
Ajoutons à cela un flash-back qui se révèle mensonger, lorsque Jonathan est censé retourner chez Charlotte chercher une robe.
Jonathan Cooper (Richard Todd) est accusé d’avoir tué le mari de sa maîtresse, la grande vedette Charlotte Inwood (Marlène Dietrich), chanteuse réputée. Son amie Eve Gill (Jane Wyman), qui est secrètement amoureuse de lui, accepte de le cacher et l’aide à fuir mais apprend à la fin que Jonathan, après avoir laissé croire que Charlotte était l’assassin finira par se révéler le vrai coupable, manipulé par sa maîtresse qui a profité de sa faiblesse et de son amour aveugle. Eve apprendra également que Jonathan avait déjà tué avant et il mourra écrasé par le rideau de fer du théâtre tandis qu’elle filera le parfait amour avec Wilfred Smith chargé de l’enquête (Michael Wilding).
Richard Todd révèle bien des faiblesses dans ce film et s’il est vrai que son personnage manque singulièrement d’épaisseur, on peut penser qu’un autre acteur, à la personnalité plus marquée, aurait sans doute donné plus de crédit au rôle.
On ne s’identifie jamais à lui et on du mal à croire qu’un tel personnage ait pu séduire la divine Marlène tant il paraît emprunté et sans grand intérêt. Assurément un des méchants les plus raté de toute l’œuvre d’Hitchcock.

Richard Todd en bref : acteur irlandais né en 1919, il a tourné quelques films en France. A reçu l’Oscar du meilleur espoir masculin en 1950 pour The Hasty Heart de Vincent Sherman avec Ronald Reagan. Il a tourné ce seul film pour Hitchcock.
 





Inconnu-Nord-Express.jpg
L’INCONNU DU NORD-EXPRESS

(STRANGERS ON A TRAIN - 1951)



ROBERT WALKER
Sympathique psychopathe.


1951-Inconnu-Walker.jpgComme toujours lorsqu’il est en difficulté, Hitchcock sait rebondir de façon magistrale et c’est une nouvelle fois le cas après la déception du Grand alibi. Il adapte un roman de Patricia Highsmith qui est une histoire très intéressante sur l’échange de meurtres entre deux inconnus qui se rencontrent par hasard. Guy Haines (Farley Granger), étoile montante du tennis rencontre dans un train un personnage sympathique, Bruno Anthony (Robert Walker). Au cours de la conversation, Guy parle de ses déboires avec sa femme Miriam (Laura Elliot). Bruno lui propose alors de l’assassiner et demande à Bruno de faire de même avec son père qu’il déteste. Ainsi en l’absence de mobile, aucun des deux ne sera inquiété puisqu’il aura commis le meurtre d’un parfait inconnu. Bruno considère bien vite que Guy accepte sa proposition, il tue son épouse et demande au tennisman de remplir son contrat également. Guy refuse et se rend compte qu’en fait il a affaire à un homme dangereux et déterminé qui finira par vouloir le rendre responsable, et après beaucoup de suspense, Bruno mourra dans un accident de manège, final échevelé, d’une bagarre avec Guy. La pièce à conviction, le briquet aux initiales de Guy, tenue dans la main du Bruno fournissant la preuve de l’innocence du tennisman.
Robert Walker réalise une performance en tous points remarquable. Il est bien plus sympathique, séduisant et attachant que Farley Granger, pourtant le héros positif, et donne une dimension très humaine à son personnage. On ne découvre que progressivement qu’il est en fait un psychopathe dangereux qui, lorsqu’il se trouve dans certaines situations ne peut plus se contrôler, comme par exemple lorsqu’il fait une démonstration d’étranglement sur une femme et manque de la tuer pour de bon. Il devient au fil du film un véritable cauchemar pour Haines, le poursuivant sans cesse. Tout en nuances et subtilités, il joue sans doute son meilleur film avant de mourir prématurément quelques mois après. Assurément un des meilleurs méchants de toute la filmographie d’Hitchcock, en tout cas un des plus abouti.

Robert Walker en bref : acteur américain né en 1918 et mort en 1951, il succombera malheureusement quelques mois après ce film, n’ayant pu terminer le suivant My son John qu’il tournait sous la direction de Leo Mc Carey. Certains plans de L’Inconnu du Nord-Express ont d’ailleurs servi à finir le film. Spécialisé dans les rôles de type sympathique, il incarne là avec justesse un rôle certes à nouveau aimable, mais à double facette.





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LA LOI DU SILENCE

(I CONFESS - 1953)



O. E. HASSE
Au nom du père.

 
 
 Le film part d’un fait assez exceptionnel : Keller, un sacristain habillé en1953-Loi-Hasse.jpg prêtre (O. E. Hasse) assassine un homme pour le dépouiller de son argent. Il s’avère que cet homme faisait chanter le vrai prêtre, le père Logan (Montgomery Clift) qui avait eu une liaison avec une femme Rose Grandfort (Ruth Roman) avant d’être ordonné. Le sacristain va se confesser auprès du père Logan et lui avoue son crime. Logan se retrouve accusé parce qu'il avait de bonnes raisons d’en vouloir au mort et tout le suspense réside en ce fait : le père Logan va-t-il trahir le secret de la confession, seul moyen pour lui d’être innocenté ? Il ne le fera pas, bien sûr, mais une des faiblesses du film est que la finalité n'est acceptable que par les seuls catholiques qui connaissent ou pratiquent la confession et le secret indéfectible qui lie le prêtre au pécheur. Au final, alors que Logan bénéficie du doute et est innocenté, la femme de Keller accuse son mari avant que d’être à son tour tuée par ce dernier qui se réfugie dans un hôtel où il est abattu par la police mais a le temps d’avouer son crime.
O. E. Hasse dans le rôle de Keller, réfugié qui doit tout aux prêtres qui l'ont accueilli est convainquant. Il semble fragile lorsqu'il avoue à sa femme Alma (Dolly Haas) qu'il a commis l'irréparable pour lui donner une vie meilleure et paraît sincère lorsqu'il se confesse auprès du père Logan. Sa lâcheté l'empêchera toutefois de s'accuser de son acte, préférant prendre le risque de voir mourir un innocent qui, par surcroît l'a aidé et recueilli. A la fin du film, il n'hésite cependant pas à abattre Alma et, devenu fou perd complètement pied et meurt, tué par la police.

O. E. Hasse en bref : acteur polonais né en 1902 et mort en 1978, il a joué dans plusieurs films français et obtenu en 1956 l’Oscar du meilleur acteur étranger pour son rôle dans Canaris de Alfred Weidenmann. Il était également connu sous le pseudonyme de Otto Hasse et n’a pas retourné de film pour Hitchcock.













 
Crime-etait-presque-parfait.jpg
LE CRIME ETAIT PRESQUE PARFAIT

(DIAL M FOR MURDER - 1954)



ANTHONY DAWSON et RAY MILLAND
Des amis de vingt ans.


1954-Crime-Milland-Dawson.jpgLa tendance étant à l'innovation pour lutter contre la prédominance de la télévision, Le Crime était presque parfait a été tourné en relief, les spectateurs étant dotés de lunettes bicolores lors de l'achat de leur place. Hitchcock dut donc s'adapter et le tournage fut singulièrement compliqué, ce qui contraignit le réalisateur à rester dans un périmètre restreint et en conséquence le film s'apparente à du théâtre filmé.
Un ancien champion de tennis, Tony Wendice (Ray Milland) est l'époux d'une riche et belle femme, Margot (Grace Kelly) qui le trompe. Craignant que celle-ci demande le divorce et l'éloigne donc de sa fortune, Tony envisage de programmer son assassinat en contraignant une de ses anciennes connaissances de lycée, Swan Lesgate (Anthony Dawson), à accomplir le forfait, il se livre pour cela à un chantage, le passé de Lesgate n'étant pas exempt de reproches.
Les choses ne se passent pas exactement comme prévu et Margot tue Lesgate avec une paire de ciseaux dans une scène d'anthologie. Tony change donc ses plans et tente de pousser la police à démonter la légitime défense mais il finira par être confondu et Margot innocentée.
Anthony Dawson, au physique assez inquiétant, son visage est très émacié, n'est que le bras armé de la machination mise au point par Ray Milland. Il se laisse assez facilement convaincre qu'on peut tuer contre une somme d'argent, ne s'embarrassant pas de principes inutiles. La scène de son assassinat par Grace Kelly est l'une des plus connues de l'œuvre d'Hitchcock, avec raison, elle montre, en effet, toute l'imagination du réalisateur qui a notamment insisté pour que les ciseaux brillent fortement dans la pénombre, l'effet est saisissant.
Ray Milland représente assez bien le méchant "type" du metteur en scène, en ce sens qu'il est distingué, élégant, poli mais malheureusement pour lui, il est financièrement dépendant de son épouse. Il est donc très déterminé, agit avec beaucoup de sang froid, en particulier lorsqu'il se rend compte que le meurtre ne s'est pas déroulé comme prévu, il parvient alors à retourner la situation en s'employant à faire condamner sa femme, sans que celle-ci en ait conscience. Il échouera finalement de peu et sera lui-même inquiété, la morale est donc sauve.

Anthony Dawson en bref : acteur écossais né en 1916 et mort en 1992, essentiellement habitué aux rôles de complément, son physique lui a valu d'interpréter le Professeur Dent dans James Bond contre Dr No en 1962. Il ne jouera plus pour Hitchcock.

Ray Milland en bref : acteur gallois né en 1905 et mort en 1986, il a eu une longue carrière qui a débuté aux débuts du parlant. Il avait déjà tourné dans de nombreux films avant celui-ci mais on ne le reverra pas dirigé par Hitchcock.








 

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FENÊTRE SUR COUR

(REAR WINDOW - 1954)




RAYMOND BURR
Pas vu mais pris.


Fenêtre sur cour pourrait être considéré à première vue comme un film1954-Fenetre-Burr.jpg malsain, mettant le spectateur en position de voyeur. Il n'en est rien ! Tout le talent d'Hitchcock consiste à faire de ce film tout à fait autre chose, une étude approfondie sur nos relations avec les autres. Le métier de photographe du héros Jeff (James Stewart) fait qu'il se sent comme obligé de regarder le monde qui l'entoure au travers du téléobjectif de son appareil photo. Il faut aussi dire qu'il n'a pas grand'chose d'autre à faire puisqu'il est cloué dans un fauteuil roulant avec une jambe dans le plâtre. Il soupçonne un de ses voisins d'en face Lars Thorwald (Raymond Burr) d'avoir assassiné et fait disparaître son épouse, malade et acariâtre. En effet, alors qu'il pouvait très bien la voir alitée dans sa chambre, il découvre un matin qu'elle n'est plus là. De plus, son époux range soigneusement une scie et de grands couteaux, et se sert de ses valises de représentant de commerce pour effectuer de mystérieux allers et retours entre son appartement et une destination inconnue.
Aidé de sa fiancée Lisa (Grace Kelly), Jeff parvient à résoudre cette énigme et finit par confondre Thorwald et à le faire arrêter juste après que celui-ci ait tenté de l'assassiner en voulant le jeter par la fenêtre de son appartement.
Le rôle de Thorwald n'est pas très développé et on le voit le plus souvent de loin et il a peu de dialogues, mais Raymond Burr parvient à le rendre inquiétant, il ne sourit jamais et on n'a pas franchement envie de passer des vacances avec lui.
Il est non seulement un assassin mais aussi un être dépourvu de scrupules et un parfait manipulateur, il a presque réussi à brouiller les pistes, en faisant croire que sa femme lui avait envoyé une carte postale de son lieu de villégiature. Il est aussi un monstre de sang froid qui découpe son épouse en morceaux et dissémine son cadavre sans vergogne.
Une des scènes du film, qui peut paraître anodine de premier abord montre au contraire tout le génie d'Hitchcock : il s'agit de celle où le couple découvre son petit chien mort, tous les voisins sont à leur fenêtre, compatissants, seul Thorwald reste invisible. Il attend en retrait, sans se montrer, on voit juste l’extrémité incandescente de sa cigarette briller dans le noir lorsqu'il tire dessus. On comprend instantanément que c'est lui qui a tué le chien qui fouillait dans le jardin, menaçant de trouver ce qu'il ne faudrait pas.

Raymond Burr en bref : acteur canadien né en 1917 et mort en 1993, si on l'a peu vu dans des rôles conséquents au cinéma, il a été omniprésent à la télévision puisqu'il a tenu les rôles titres dans deux séries fleuves : Perry Mason et L'Homme de fer qui ont débuté dans les années 60. C'est sa seule collaboration avec Hitchcock.






Main-au-collet.jpg
LA MAIN AU COLLET

(TO CATCH A THIEF - 1955)
 
 


BRIGITTE AUBER et CHARLES VANEL
Bataille de chats. 


1955-Main-collet-Auber-Vanel.jpgComédie légère dont le principal but est de magnifier la beauté de Grace Kelly, La Main au collet nous mène sur la Côte d'Azur française où un ancien cambrioleur, depuis longtemps retiré des affaires, est accusé d'avoir repris du service.
En effet, de nombreux vols réalisés selon un mode opératoire identique au sien sont perpétrés chez de riches victimes. John Robie (Cary Grant), surnommé "le chat" car il faisait preuve de dons d'acrobatie hors du commun n'aura d'autre but que de prouver son innocence et de démasquer le vrai coupable. Il est aidé en cela par France Stevens (Grace Kelly), fille d'une riche veuve victime du monte en l'air.
Bien que tout l'accuse, il finira par tendre un piège et par confondre la coupable, Danielle Foussard (Brigitte Auber), qui travaille sous les ordres du vieil ami de Robie, Bertani (Charles Vanel). Il la contraint à avouer sa culpabilité devant tout le monde, alors qu'il la tient en équilibre sur un toit et menace de la laisser tomber dans le vide.
Brigitte Auber, jeune et athlétique jeune fille jouant le rôle de Danielle par ailleurs amoureuse de Robie et lui suggérant de fuir avec elle en Amérique du Sud, met ses talents d'acrobate au service de Bertani, un ami de son père. Sa frimousse d'adolescente la rend insoupçonnable, c'est pourtant elle qui avec une dextérité sans pareille détrousse les richissimes vacancières se faisant bronzer sur les plages de la Riviera. Elle se tire très honnêtement de son rôle et on ne la soupçonne pas d'être capable de tels agissements.
Charles Vanel, acteur déjà réputé, campe le restaurateur Bertani, patron d'un établissement de luxe que l'on ne pense pas capable de contraindre la jeune fille à travailler pour lui. Il semble agir, non pas par besoin, mais par seul appât du gain. Ses grosses difficultés avec la langue anglaise ont contraint Vanel à être entièrement doublé, tant son élocution était médiocre. Cela n'a sans doute pas favorisé son jeu d'acteur et c'est vrai qu'il peut paraître un peu statique, voire emprunté par moments.

Brigitte Auber en bref : actrice française née en 1928, elle a été retenue principalement pour son allure athlétique, sans savoir qu'elle pratiquait aussi l'acrobatie, ce qui fut bien utile pour ce rôle. Elle n'a hélas pas eu la carrière que l'on pouvait espérer et malgré, semble-t-il, deux projets inaboutis, elle ne tournera plus sous la direction d'Hitchcock.

Charles Vanel en bref : acteur français née en 1892 et mort en 1989, il a eu une carrière d'une longévité exceptionnelle, commencée en 1910 et riche de 175 films dont le dernier Les Saisons de plaisir de Mocky a été tourné à 95 ans. Il gardait un très mauvais souvenir du tournage de La Main au collet en raison de ses difficultés avec l'anglais. Il n'a donc jamais retourné avec Hitchcock.












 
 
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L'HOMME QUI EN SAVAIT TROP (2ème version)

(THE MAN WHO KNEW TOO MUCH - 1956)
 
 


REGGIE NALDER, BERNARD MILES et BRENDA DE BANZIE
Une balle et une cymbale.
 


Fait exceptionnel dans le milieu du cinéma, Hitchcock a tourné, 22 ans après, 1956-Homme-Miles-Banzie-Nalder.jpgun remake de son propre film.
Si la trame et l'intrigue sont sensiblement les mêmes, les lieux sont différents et les personnages également. Des moyens plus conséquents ont permis au réalisateur de transposer le point de départ du film de la Suisse au Maroc et la scène à l'Albert Hall est filmée de façon beaucoup plus fastueuse.
Pour ce qui est des personnages, le couple de touristes Ben et Dot Mc Kenna (James Stewart et Doris Day) remplace avantageusement les héros de la première version et leur enfant n'est plus une fille mais un garçon, Hank (Christopher Olsen).
L'espion assassiné est toujours interprété par un Français, mais cette fois-ci Daniel Gélin au lieu de Pierre Fresnay.
Le rôle du tireur d'élite tenu par Frank Vosper dans la première version est incarné par Reggie Nader nommé Rien. Il a un visage assez inquiétant et fait froid dans le dos. Sa tentative d'assassinat sur le diplomate au cours du concert de l'Albert Hall sera déjouée par Dot qui par un cri perçant le déstabilisera au point qu'il manque sa cible et ne fasse que l'effleurer. Il mourra en s'écrasant au sol dans sa tentative de fuite.
Peter Lorre était très satisfaisant dans la version originale et il est ici remplacé, dans un rôle différent par un couple assez odieux, les Drayton (Bernard Miles et Brenda de Banzie). Leurs personnages sont plus intéressants car plus fouillés, ils se font d'abord passer pour de nouveaux amis des Mc Kenna avant que de kidnapper leur fils pour les contraindre au silence. La scène se passant dans Ambrose Chappell, quand Ben les surprend en train de prêcher est particulièrement réussie.
Si Drayton semble particulièrement déterminé et prêt, au besoin, à sacrifier l'enfant sans scrupules, il n'en est pas de même pour son épouse qui l'a pris en affection et l'incite à hurler pour attirer l'attention de ses parents, afin qu'ils viennent le délivrer.
Cela rend son personnage au fond assez humain. Elle tente de faciliter l'évasion du jeune garçon retrouvé par son père mais sera empêchée in extremis par le retour de Drayton qui lui ne l'entend pas ainsi et essaie de les emmener en menaçant le père et le fils avec un revolver. Elle se montrera soulagée lorsque Drayton poussé par Mac Kenna fera une chute mortelle dans les escaliers, libérant du même coup le garçonnet.
 

Bernard Miles en bref : acteur anglais né en 1907 et mort en 1991, avant tout acteur de théâtre, il a quand même interprété quelques rôles intéressants au cinéma, il sera notamment à l'affiche de Moby Dick de John Huston, juste après cet unique rôle dans un film d'Hitchcock.

Brenda de Banzie en bref : actrice anglaise née en 1915 et morte en 1981, elle a eu une carrière assez peu remplie dont elle a mis fin en 1971. Il s'agit là de son unique apparition dans un film du Maître.
 
Reggie Nalder en bref : acteur autrichien né en 1907 et mort en 1991, sa carrière a été uniquement composée de seconds rôles ou d'apparitions pour le petit écran. Nul doute que son physique si particulier a été pour beaucoup dans cet état de fait. Il n'a joué que ce film pour Hitchcock.








 
 
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LE FAUX COUPABLE

(THE WRONG MAN - 1956)
 
 
 
 

RICHARD ROBBINS
Mon double et moi.


1956-Faux-coupable.jpgTiré d'un fait divers réel, filmé à la limite du documentaire tant le scénario est fidèle à la réalité, Le Faux coupable revient à nouveau sur le thème si cher au réalisateur de l'innocent accusé à tort. Christopher Emmanuel Balestrero (Henry Fonda), surnommé Manny est musicien dans un club sélect de New York. Alors qu'il rentre chez lui au petit matin, il est arrêté par deux policiers et apprend qu'il est suspecté d'avoir commis des vols à main armée. Persuadé qu'il n'en a que pour un moment et que son innocence sera rapidement prouvée, Manny va en fait vivre une descente aux enfers qui le conduira en prison et finira par rendre folle son épouse Rose (Vera Miles). Les principales victimes témoins des forfaits l'ont formellement reconnu et il se trahit lui-même en faisant la même faute d'orthographe que le coupable. Ce n'est qu'en fin de film que son innocence apparaîtra au grand jour quand, alors qu'il est en plein procès, un autre vol est réalisé et le vrai coupable arrêté. La ressemblance entre les deux hommes est troublante et est formidablement dévoilée par la superposition à l'écran des deux visages.
Daniel (Richard Robbins), le vrai coupable a un rôle peu développé, le thème du film étant axé sur le long calvaire vécu par Manny et impeccablement rendu par Henry Fonda. Robbins n'étant pas à proprement parler un acteur, tout son rôle est basé sur son physique dont les traits du visage sont similaires à ceux de Fonda, la corpulence longue et élancée également et enfin, l'habillement et principalement le chapeau sont très proches chez les deux hommes.

Richard Robbins en bref : acteur américain né en 1918 et mort en 1969, il participe là à son seul et unique long métrage. Il avait juste auparavant, en 1949, joué dans un épisode de la série télévisée Studio One. Nul doute qu'il doit sa présence dans ce film à sa ressemblance avec Henri Fonda.











 
 

Sueurs-froides.jpg
SUEURS FROIDES

(VERTIGO - 1958)
 



TOM HELMORE
Débarrasse-moi de ma femme.


Sans aucun doute un des films les plus aboutis d'Hitchcock, tant au niveau de1958-Vertigo.jpg l'histoire que de la qualité des prises de vue avec un jeu des couleurs particulièrement réussi. Gavin Elster (Tom Helmore) riche industriel, monte un stratagème assez alambiqué afin de se débarrasser de sa femme. Il demande à un ancien ami, John Ferguson surnommé Scottie (James Stewart), policier réformé en raison d'une peur du vide invalidante, de suivre sa femme Madeleine (Kim Nowak) qu'il soupçonne de sombrer dans la folie au point de craindre pour sa vie. Scottie tombe amoureux de Madeleine mais à son grand désespoir ne peut l'empêcher de se suicider en tombant du haut d'une tour, n'ayant pu la suivre. Il sombre alors dans une profonde dépression jusqu'au jour où il rencontre une femme ressemblant à s'y méprendre à Madeleine. Il n'aura de cesse de la transformer physiquement pour qu'elle devienne une seconde Madeleine, mais alors qu'il parvient à ses fins, il découvre qu'il s'agit en fait de la même femme. Il n'a servi que d'alibi pour qu'Elster puisse tuer son épouse pendant que Judith (le vrai nom de Madeleine) se faisait passer pour elle.
Bien que le scénario du meurtre puisse paraître un peu tortueux, le film est surtout basé sur les relations du couple artificiellement formé et sur la recomposition d'une femme disparue, et sur ce point, c'est une extraordinaire réussite.
Tom Helmore, en époux machiavélique n'a qu'un rôle assez secondaire mais il est parfaitement crédible en riche armateur. On croit certes assez difficilement que sa machination puisse fonctionner tant elle paraît compliquée et aléatoire mais après tout, on s'en moque, l'essentiel est ailleurs. Il semble de bonne foi en tentant de disculper Scottie lors du procès qui conclut à un suicide mais fait preuve d'un cynisme certain en quittant sa maîtresse une fois le forfait réalisé et la fortune de son épouse empochée.

Tom Helmore en bref : acteur anglais né en 1905 et mort en 1995, il avait déjà précédemment tenu deux rôles de moindre importance dans des films d'Hitchcock et pour lesquels il n'était pas crédité au générique, dans Le Masque de cuir (1927) et Quatre de l'espionnage (1936).










 

Mort-aux-trousses.jpg
LA MORT AUX TROUSSES

(NORTH BY NORTHWEST - 1959)



JAMES MASON
Un méchant à trois facettes.


1959-Mort-Mason-Landau-Williams.jpgFormidable divertissement familial, riche en suspense et en rebondissements, La Mort aux trousses est précurseur des actuels "road-movies". L'éternelle histoire de l'innocent poursuivi sert de trame à l'intrigue. Un publiciste sans histoires, Roger Thornhill (Cary Grant), est pris par une bande d'espions pour un certain George Kaplan qui n'est autre qu'un personnage fictif créé de toutes pièces par les Services secrets américains. Il est également soupçonné du meurtre d'un diplomate des Nations Unies. Poursuites, rebondissements, action, amour, tous les ingrédients chers au réalisateur sont présents et font mouche. Au cours de son périple, Thornhill fait la connaissance d'une charmante jeune femme, Eve Kendall (Eva Marie-Saint) peu farouche et ils s'éprennent l'un de l'autre. Il se trouve qu'Eve est la maîtresse du chef des espions Philip Vandamm (James Mason), lequel est toujours entouré de sa bande de gros bras avec notamment son secrétaire Léonard (Martin Landau), personnage efféminé et visiblement épris de son patron, ainsi que Valerian (Adam Williams) l'exécuteur des basses œuvres et véritable meurtrier. Thornhill finira par sauver Eve, qui appartient en fait aux Services secrets, des griffes des espions après une course épique au Mont Rushmore, sur les visages d'ex-présidents américains taillés dans la pierre, à même le flanc de la montagne. Les scènes d'anthologie sont légion dans ce film, outre celle-ci, on peut bien sûr citer la fameuse attaque de Thornhill par un avion dans un champ de maïs, que l'on revoit toujours avec le même plaisir.
Vandamm incarné par James Mason, est un personnage ambigu, élégant et raffiné mais capable de toutes les brutalités dont, bien évidemment il ne se charge pas lui-même. Pour se faire, il délègue Valerian. Par ailleurs, Léonard son secrétaire, fait preuve de toutes les attentions pour son maître. Il est visiblement homosexuel et très épris de Vandamm, c'est d'ailleurs avec une jubilation certaine qu'il dévoile à ce dernier le double jeu dont se livre Eve et qu'il a découvert.
Lors des entretiens qu'il a tenus avec François Truffaut, Hitchcock a précisé que la personnalité de Vandamm était en fait divisée en trois : Vandamm lui-même, personnage distingué et recommandable, son secrétaire Léonard, figurant sa part d'homosexualité et enfin Valerian, le brutal. Un méchant très complet donc, et parfaitement réussi.
 
James Mason en bref : acteur anglais né en 1909 et mort en 1984, il a eu une carrière très éclectique puisqu'il a incarné avec le même bonheur Gustave Flaubert dans Madame Bovary en 1949, le Maréchal Rommel dans Le Renard du désert en 1951, Napoléon dans la série télévisée La Vie amoureuse de Napoléon en 1953 et le Capitaine Nemo dans 20 000 lieues sous les mers en 1954. Il interprétera même Maxim de Winter dans un remake de Rebecca pour le petit écran en 1962.
Il était l'archétype même des méchants vénérés par Hitchcock, tout en élégance et bonnes manières. On ne le reverra malheureusement pas dans un autre rôle sous sa direction.
 







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PSYCHOSE


(PSYCHO - 1960)




ANTHONY PERKINS
C'est maman qui m'a dit...


 

 

Après ses nombreux très gros succès, Alfred Hitchcock avait besoin d'un 1960-Psychose.jpgnouveau défi. Il l'a trouvé en réalisant Psychose avec un très petit budget (800 000 $) et dans les conditions d'un film de télévision. Le résultat est l'un des plus gros succès de l'histoire cinématographique et sans doute le film le plus rentable puisqu'il a rapporté plus de 20 millions de dollars. Succès phénoménal, boosté par une campagne de publicité géniale, Psychose a fait frissonner des générations de spectateurs et de téléspectateurs.
Norman Bates (Anthony Perkins) vit avec sa mère malade et tient seul un motel situé au bord d'une route délaissée. Une jeune femme Marion Crane (Janet Leigh) en fuite après avoir volé une forte somme d'argent s'arrête un soir pour passer la nuit et est assassinée dans sa douche après avoir sympathisé avec Norman Bates. La scène est toujours vue avec le même bonheur et la même surprise. Le reste relève de l'enquête réalisée d'abord par un détective privé, Arbogast (Martin Balsam) lui aussi assassiné, puis par la sœur de Marion, Leila (Vera Miles) et son fiancé Sam (John Gavin). Il est préférable de ne pas dévoiler la fin, bien que très peu de monde l'ignore encore. Les décors et surtout la maison baroque tiennent une place prépondérante dans le film, ainsi que la personnalité tourmentée de Bates. La performance d'Anthony Perkins est en tous points remarquable, sous ses dehors avenants et son visage angélique, il interprète un des psychopathes les plus réussis du cinéma. Physique élancé, sourire facile, voix doucereuse, égards attentifs envers sa mère à qui il voue un amour sans bornes, attitude gauche avec les femmes, il EST véritablement Norman Bates et ce rôle lui collera tellement à la peau qu'il ne parviendra jamais à s'en défaire totalement. Si le film est une telle réussite, nul doute que Perkins y est pour beaucoup.

Anthony Perkins en bref : acteur anglais né en 1905 et mort en 1995, il obtient là son plus grand rôle, mais aussi celui qui marquera sa carrière à jamais. On ne lui proposera pratiquement plus, en effet, que des personnages de psychopathe ou de détraqué et il ne parviendra jamais à sortir vraiment de cette image. Il interprétera à nouveau Norman Bates dans trois suites du film, de 1983 à 1990 et il réalisera lui-même le troisième opus. Il est passé directement de jeune premier à malade mental permanent dans l'image des réalisateurs. Il a malgré tout reçu, dès 1961, le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes pour son rôle dans Aimez-vous Brahms ? qu'il jouait aux côtés d'Ingrid Bergman et Yves Montand.










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LES OISEAUX

(THE BIRDS - 1963)




LES OISEAUX
Des méchants à perte de vue.


1963-Oiseaux2.jpgNouveau défi, basé cette fois-ci sur les effets spéciaux, Les Oiseaux a été inspiré à Hitchcock par une nouvelle de Daphné du Maurier qui lui est revenue en mémoire après deux attaques inexpliquées d'oiseaux sur les côtes américaines.
Une jeune et jolie jeune femme, Melanie Daniels (Tippi Hedren) se rend un week-end à Bodega Bay, chez une de ses connaissance Mitch Brenner (Rod Taylor) avocat vivant chez sa mère Lydia (Jessica Tandy) avec sa jeune sœur Cathy (Veronica Cartwright). Alors qu'elle a pris place sur un canot et qu'elle arrive chez Mitch, elle est victime de l'attaque d'une mouette qui la blesse au front. Au fur et à mesure que le film avance, les oiseaux de toutes sortes sont responsables de dégâts de plus en plus importants et causent la mort de plusieurs personnes. Melanie, désignée par la vindicte comme la responsable de ces troubles et l'incarnation du diable sera finalement une des principales victimes dans une attaque mémorable durant laquelle Tippi Hedren sera blessée pour de bon et épuisée moralement après le tournage.
Hitchcock a voulu préserver le mystère et on ne sait pas ce qui a motivé ces attaques ni ce qui adviendra ensuite.
Les oiseaux, véritables "premier rôle" du film sont omniprésents (près de 400 plans sur les 1500) et à une époque où les effets spéciaux n'avaient rien de comparable avec ce qu'ils sont aujourd'hui, la performance est phénoménale et le film fonctionne encore très bien. Hitchcock a su utiliser tous les moyens mis à sa disposition, notamment pour l'incrustation dans l'image et les techniques de prise de vue. La grande majorité des oiseaux employés étaient vivants et dressés, l'utilisation d'oiseaux mécaniques n'étant pas satisfaisante et celle de volatiles empaillés forcément limitée en raison de leur caractère statique. Les attaques vont crescendo tout au long du film et celle se déroulant à la sortie de l'école est particulièrement angoissante, ainsi bien sûr que celle lorsque Melanie est enfermée au grenier tout à la fin. Rayon effets spéciaux, l'incendie de la station service est un bijou démontrant qu'un seul oiseau peut déclencher une catastrophe. Le point de vue aérien de la mouette qui semble signifier qu'elle est maîtresse du jeu est spécialement intéressant.

Les oiseaux en bref : vivants, empaillés ou mécaniques, que sont-ils devenus ?
 
 
 
 
 
 

 

LE RIDEAU DÉCHIRÉ Rideau-dechire.jpg

(TORN CURTAIN - 1966)

 

 

WOLFGANG KIELING
Avec les compliments de la Stasi
 

    
 
 
 
Film sur fond de guerre froide, Le Rideau déchiré raconte le passage à l'est d'un savant américain, le professeur Michael Armstrong (Paul 1966-Rideau-Wolfgang-Kieling.jpgNewman) accompagné de sa fiancée et assistante Sarah Sherman (Julie Andrews). On découvrira qu'en fait, loin d'être un traître, il avait pour mission de récolter des renseignements très importants que seul le professeur Lindt (Ludwig Donath), savant Est-Allemand pouvait lui fournir.
Durant tout son séjour, Armstrong sera flanqué d'un encombrant "guide" et garde du corps Hermann Gromek (Wolfgang Kieling) qui ne le lâchera pas d'une semelle, y compris lorsque l'Américain prendra contact avec son complice sur place.
Gromek ayant découvert ses intentions, Armstrong n'a pas eu d'autre solution que de le supprimer, aidé en cela par la fermière locale, épouse de son contact. La scène du meurtre a tout spécialement inspiré Hitchcock qui voulait démontrer combien il peut être difficile et long de tuer un homme. En effet, obligés d'agir en silence, les deux meurtriers auront toutes les peines du monde à parvenir à leur fin, après avoir tenté de lui planter un couteau dans la poitrine puis frappé à coup de pelle, ils seront contraints de l'asphyxier en lui maintenant la tête dans le four à gaz de la cuisinière.
Le film souffre certes d'un anticommunisme légèrement primaire mais le mode de vie locale est parfaitement rendu.
Hermann Gromek personnage rond et sympathique de premier abord est superbement incarné par Wolfgang Kieling. Toujours vêtu d'un long manteau de cuir, mâchouillant sans cesse un chewing-gum, il colle aux basques de son hôte et ne le lâche pas.
Il personnifie magistralement l'idée que l'on se fait de l'hospitalité par-delà le rideau de fer à la grande époque du communisme et le sentiment d'être épié dans ses moindres faits et gestes. Même s'il semble aimable, on sent bien qu'à tout moment Gromek peut être sans pitié, formaté qu'il est par un système où seul l'intérêt national prime, au delà de l'humain. Pour détendre malgré tout l'atmosphère, ses ennuis permanents avec un briquet récalcitrant viennent mettre la touche d'humour indispensable et si chère à Hitchcock.
Il n'hésite toutefois pas une seconde à vouloir dénoncer Armstrong et ses complices lorsqu'il découvre leurs intentions. Il fait preuve également d'une résistance physique sans égale avant de mourir, survivant de longues minutes aux assauts répétés des deux protagonistes.
 
 
 
 
Wolfgang Kieling en bref : acteur allemand né en 1924 et mort en 1985, il interprète là son seul rôle dans un film non germanique. Une scène, tournée mais finalement coupée au montage, le voyait incarner également le frère d'Hermann Gromek, que rencontre Armstrong en visitant une usine après que le meurtre ait eu lieu. Il avait donc la sensation de se retrouver nez à nez avec celui qu'il avait eu tant de mal à tuer.
 
 




Etau.jpg
L'ÉTAU
 
(TOPAZ - 1969)
 
 
 
 
 
 

JOHN VERNON et MICHEL PICCOLI
Des méchants, encore des méchants...


 1969-Etau-Vernon-Piccoli.jpgA dire vrai, il y a beaucoup de méchants dans L'Étau, sans doute trop ! L'intrigue est confuse et la multiplicité des lieux et des personnages ajoute encore à la difficulté de compréhension. Il s'agit d'une histoire d'espionnage se déroulant aux Etats Unis, à Cuba et en France, mêlant des espions de toutes les nationalités. Rico Parra (John Vernon) proche collaborateur de Fidel Castro et amant de la veuve d'un héros de la révolution, Juanita de Cordoba (Karin Dor) découvre la trahison pour laquelle elle était aidée par un agent américain André Devereaux (Frederick Stafford) dont elle est amoureuse et la tue. Jacques Grandville (Michel Piccoli) agent français et traître à son pays qui appartient également au réseau finira, lui, par se suicider quand il sera démasqué en toute fin de film.
Toutes ces carences, ajoutées à l'absence de stars, ont valu un échec cuisant dont Hitchcock ne se remettra jamais tout à fait.
Malgré ces insuffisances, on peut remarquer qu'une fois de plus, les méchants se sortent plutôt bien de la situation.
John Vernon en véritable clone de Fidel Castro dans le rôle de Rico Parra fait froid dans le dos. Toujours armé et vêtu d'un treillis militaire, ses yeux d'un bleu profond ajoutent encore à l'angoisse provoquée par son regard perçant. Il tue sans vergogne celle qui l'a trahi, d'un coup de revolver alors qu'il l'enlace dans un élan amoureux. Ce plan est particulièrement beau, lorsqu'elle tombe au sol la robe de Juanita s'ouvre comme une fleur.
Michel Piccoli, dans un rôle moins développé incarne un espion dans l'entourage du général de Gaulle profitant de sa situation haut placée. Surnommé Colombine, il est infiltré par les services secrets russes et trahi son pays sans états d'âme. Coureur de jupons portant beau, il entretient une liaison avec l'épouse de Devereaux (Dany Robin) qu'il reçoit dans sa garçonnière. Il sera contraint de se suicider, acculé par les preuves de sa culpabilité.
 
John Vernon en bref : acteur canadien né en 1932 et mort en 2005, il a eu une riche carrière, bien que basée essentiellement sur des films de télévision. Il a tourné jusqu'à ses derniers jours.
 
Michel Piccoli en bref : acteur français né en 1925, son impressionnante carrière, riche de plus de 200 films en France mais aussi à l'étranger dans une moindre mesure, se poursuit encore aujourd'hui. Il a tenu de grands rôles avec les meilleurs réalisateurs.
Son destin à la fin du film a évolué plusieurs fois car Hitchcock ne parvenait pas à trouver une issue satisfaisante. Il a tour à tour quitté la France dans un avion russe ou été abattu en duel par Devereaux. Faute d'impact auprès du public, ces scènes n'ont pas été intégrées et remplacées par le suicide qui n'est en fait pas montré mais uniquement suggéré en un rafistolage de dernière minute.




 

Frenzy.jpg
FRENZY
 
(1972)


 
BARRY FOSTER
Maniaque sexuel repoussant.
 
 
 
 
De retour à Londres, sur les lieux de son enfance et principalement à Covent Garden, Hitchcock brosse dans Frenzy le portrait d'un maniaque1972-Frenzy-Foster.jpg sexuel qui viole et étrangle des femmes avec une cravate qu'il laisse en guise de carte de visite.
Richard Blaney (Jon Finch) barman fraîchement renvoyé se trouve soupçonné car il a été vu sortant du bureau de son ex-épouse qui a été peu après assassinée selon le mode opératoire habituel. Blaney soutenu par sa petite amie Babs (Anna Massey) et par une vague connaissance Bob Rusk (Barry Foster) qui est détaillant en fruits et légumes au marché de Covent Garden, essaie d'échapper à la police lancée à ses trousses.
Le coupable se révélera être Rusk, détraqué dangereux, frustré de ne pouvoir obtenir par la séduction le type de femme objet de ses fantasmes. D'apparence peu avenante, rouquin hypocrite, il fait croire à Blaney qu'il va l'aider mais l'accable dans son dos. Bien qu'inconnu, Barry Foster est parfait dans ce rôle, une des trouvailles d'Hitchcock. Il est plus convainquant que les autres acteurs, tous Anglais comme lui. Lorsqu'il commet ses meurtres, il paraît possédé, dans un état second, il transpire, son visage se transforme, le rendant particulièrement repoussant. Il parvient malgré tout, dans certaines situations, à nous être plus sympathique que Blaney qui tient pourtant le rôle positif.
Une des scènes les plus cocasses du film est celle où Rusk se rendant compte qu'il a oublié sa pince à cravate marquée de ses initiales dans la main de sa victime, entreprend de la récupérer alors que le cadavre est enfermé dans un sac de pommes de terres et que le camion part en livraison. Il est obligé de casser les doigts déjà raides de la victime et nul doute que le craquement qui en découle a été une douce volupté macabre pour Hitchcock. Un des détails savoureux dont il raffolait.
 
Barry Foster en bref : acteur anglais né en 1927 et mort en 2002, sa carrière s'est cantonnée à la Grande Bretagne où il est apparu principalement dans des réalisations pour la télévision.





Complot-de-famille.jpg
COMPLOT DE FAMILLE
 
(FAMILY PLOT - 1976)



 
KAREN BLACK et WILLIAM DEVANE
Couple diabolique.


1976-Complot-Black-Devane.jpgPour ce qui s'avérera être son dernier film, le vieillissant Alfred Hitchcock nous raconte les destins croisés de deux couples.
D'un côté George Lumley (Bruce Dern), chauffeur de taxi et Blanche Tyler (Barbara Harris), prétendument voyante extralucide, et de l'autre Arthur Adamson (William Devane) et son épouse Fran (Karen Black) lui étant joaillier et avide de diamants.
Blanche est chargée de retrouver, pour le compte d'une riche vieille femme, le neveu qu'elle a abandonné il y a de nombreuses années afin de le faire hériter. Il se trouve que ce neveu n'est autre qu'Adamson qui a pris une autre identité et qui, en plus de son métier de joaillier, a comme passe temps favori de kidnapper avec l'aide de Fran des personnalités afin d'obtenir une rançon versée sous forme de diamants de grande valeur. Blanche aidée de son ami parviendra à retrouver Adamson et à le confondre avec son épouse.
Malheureusement pour ce qui aurait dû être son testament cinématographique, Hitchcock nous gratifie d'un film pas franchement mauvais mais qui souffre de la pauvreté de sa distribution. En effet il n'a réuni là que des acteurs de série B et certains, notamment le couple de méchants ne sont pas à la hauteur.
Karen Black s'en sort à peu près convenablement, malgré un physique assez quelconque (elle souffre notamment d'un strabisme assez marqué) en négociatrice grimée en blonde. Elle est une épouse qui semble se livrer aux exactions de son mari plus par jeu que par réel appât du gain.
Quant à William Devane, sa moustache trop bien taillée et les mimiques exagérées qu'il fait en permanence avec sa bouche, notamment pour montrer sa satisfaction paraissent bien surannées. Il est trop précieux et semble surjouer en permanence.
Comme on peut le voir hélas, pour son dernier film, Hitchcock nous propose sans doute les méchants les moins réussis de sa filmographie.
 
Karen Black en bref : actrice américaine née en 1939 et disparue en 2013 à l'âge de 74 ans, elle a réalisé une belle carrière outre-Atlantique, qui lui a valu de nombreuses nominations dont une aux oscars en 1970 pour son rôle dans le film Five easy pieces aux côtés de Jack Nicholson.
 
William Devane en bref : acteur américain né en 1937, il a remplacé au pied levé Roy Thinnes (le David Vincent du feuilleton Les Envahisseurs) qui a été renvoyé après quelques jours de tournage, Hitchcock n'appréciant pas sa façon de jouer. Malgré une prestation en demi teinte ici, il réalise une carrière honorable qui continue à ce jour.
 
 
 
 
hitchcroquis-gris5.jpg
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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commentaires

Tietie007 19/07/2017 10:23

Beau travail ! A noter que Martin Landau, qui avait joué dans la Mort aux Trousses vient juste de décéder !

Mike Guffin 20/07/2017 11:12

Merci. Je viens effectivement de consacrer un petit article à Martin Landau dans la rubrique "Petite actu hitchcockienne".

microneedle roller for stretch marks 01/07/2014 14:11

James Stewart and Alfred Hitchcock had created a fair share of classic thrillers for the audiences around the world with their magic. Almost all these movies are spectacular ones. Specially vertigo, north by northwest, rear window and rope.